Les Mots Dits au Théâtre Rougemont: savoureux clin d'oeil dans le rétroviseur

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J'aime être surprise. J'aime les spectacles qui sortent de l'ordinaire. J'aime les lieux, les gens et les œuvres décomplexées, où les auteur(es), comédiens(nes) se permettent d'être eux-mêmes, sans flafla, les mains dénudées du «politically correct» si avilissant. J'aime les gens vrais et simples, et c'est ce que j'ai trouvé dans ce spectacle intitulé Béatrice & Marie-Josée en Mots Dits, présenté les 27 et 28 août derniers au Théâtre de Rougemont.

On sort du cadre et on se divertit de façon simple et saine, sans se retourner le cerveau de dix mille questions inutiles, nées du présent millénaire... On tourne le miroir vers les années 1950 à 1990, au Québec de Rue des Pignons, de Symphorien, de Marie-Josée Longchamps et de Béatrice Picard... On retrouve intacte l'énergie débonnaire de ces belles femmes qui ont su occuper les longues soirées d'hiver de notre jeunesse. Tant de souvenirs s'y rattachent!

Dans un spectacle intelligent et sans prétention, on revit le Québec du 20e siècle à travers ses poètes, ses chansonniers et ses écrivains, qui l'ont si bien marqué, de leur plume passionnée et indélébile. Accompagnées au piano et à la guitare par le compositeur Jean-Jacques Bourdeau, les deux comédiennes nous interprètent les chansons et les poèmes de nos plus grands : Gilles Vigneault, Félix Leclerc, Raymond Lévesque, Jean-Pierre Ferland, Clémence Desrochers, Saint-Denys Garneau, Joséphine Bacon, Pauline Julien... pour ne nommer que ceux-là. Et ça commence en grand, avec le poème « Nègres blancs d'Amérique », de Michèle Lalonde!... Je me suis dit tout de go : « Ces gens-là ne sont pas des incultes ni des amuseurs publics », (comme on en rencontre trop souvent, maintenant, chez nos vedettes...)

Durant une heure et demie – qu'on ne voit pas passer - on voit défiler la quintessence des poèmes et des chansons écrits par nos plus grands, qui ont su témoigner de notre vérité, de notre vécu, de nos rêves et de nos aspirations... La mise en scène de Alain Zouvi est simple et efficace, rendant bien le contenu. A droite de la scène, un immense tableau présente concurremment les figures des auteurs interprétés.

L'énergie de Béatrice Picard est contagieuse. Debout, bien ancrée sur ses deux jambes de 92 printemps, elle danse, elle chante, elle récite, elle nous fait rire et elle s'éclate vraiment, de toute sa folie de jeunesse restée intacte. Elle n'a pas changé, notre Béatrice Picard! On la retrouve telle qu'on l'a connue dans tous nos téléromans... On voit qu'elle prend un plaisir immense à être sur scène et à réciter avec grand talent les mots dits de nos poètes. Intense et dynamique, elle reste elle-même, avec son allure bon enfant, ses gestes spontanés, ses sparages desquels on rit affectueusement avec elle... Cette spontanéité presque disparue de nos écrans aseptisés : j'adore!

On retrouve également une Marie-Josée Longchamps telle qu'on l'a connue : comédienne talentueuse, espiègle et très versatile. Elle forme un excellent duo avec Béatrice Picard.

Un tel spectacle est rafraîchissant. Il est devenu très rare de retrouver sur scène les mots de nos chansonniers et poètes. Le contenant a maintenant généralement pris le pas sur le contenu; le paraître, sur l'être. La matière brute s'est effacée sous l'enrobage.

Il est agréable de retrouver ce diamant pur que sont les mots, rendus simplement, magnanimes, dans leur forme dépouillée, dits et racontés avec passion par des comédiennes chevronnées.

En espérant que ce spectacle puisse partir en tournée à travers le Québec.

https://theatrederougemont.com