Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne, Spielberg a tout compris

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C'est officiel, Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne est sorti ! Difficile de ne pas tomber dans le dithyrambe quand on parle de ce film. Disons-le franchement, Steven Spielberg a fait fort avec cette adaptation des histoires du plus célèbre reporter. En tant que fils de tintinophile averti, j'ai lu les aventures de Tintin alors qu'elles étaient encore en 2D, c'est dire ! Je ne suis pas spécialiste, loin s'en faudrait, mais cet univers m'est disons plutôt familier. Quand j'ai appris que Tintin allait être adapté pour le grand écran, j'ai eu un temps d'arrêt et le doute m'a traversé. Mais après la séance, il faut reconnaître que maître Spielberg est grand et a réussi le tour de force de rendre l'univers de Tintin « filmesque » sans en dénaturer néanmoins l'âme. Spielberg a tout compris.

Hâletant
Le seul reproche que l'on puisse faire à Tintin est paradoxalement ce qui constitue une de ses grandes forces : le rythme. Une fois les dix premières minutes passées, qui servent à mettre en place l'action et donner quelques clés aux spectateurs, tout s'enchaîne à un rythme effréné, sans aucun temps mort, mais vraiment aucun. Voir ce film m'a rappelé l'attraction Space Moutain de Disneyland. Le train se met en route lentement, on grimpe doucement la montagne et arrivé au sommet quelques secondes plus tard, on plonge à la verticale et tout défile à 200 km/h. Pas le temps de regarder sa montre, à peine celui de reprendre son souffle que l'on retient la plupart du temps d'ailleurs. Ça va vite, très vite, trop vite diront certains. Soit, l'oncle Steven ne fait pas dans la nuance question rythme, c'est pied au plancher tout du long et son Tintin a des allures d'Indiana Jones voire de John McLane (Die Hard) dans les scènes de poursuite. Le titre n'est pas mensonger, on est au coeur de l'aventure, que ce soit en pleine mer, dans le désert africain, dans le ciel à bord d'un hydravion, à moto ou à pied. Ok, je vous l'accorde la grandiloquence hollywoodienne dans laquelle verse le film au fur et à mesure peut faire grincer des dents les plus puristes, mais il n'en reste pas moins que ce petit gars à la houppette nous fascine et qu'on prend un malin plaisir à le voir courir, sauter, plonger, se battre, réfléchir... Adapter c'est toujours trahir d'une façon ou d'une autre l'oeuvre originelle, on le sait, ce n'est pas nouveau. Spielberg a choisi son camp, celui de l'action. Tintin a bouffé des vitamines, quelques amphétamines et il court plus vite que sur les planches d'Hergé. On aime ou pas. Le Hulk de Ang Lee avait ravi certains, fait vomir d'autres...

Bon usage de la 3D ?
Nous en sommes arrivés à un stade où les réalisateurs qui utilisent la 3D ne le font plus pour « faire de la 3D ». Au début, on a eu le droit à des effets de 3D qui étaient parfois là juste pour montrer au public comment c'était génial la 3D et regardez le bâton qui vous arrive carrément dans la face, et voyez cet objet qui est tellement proéminent qu'on dirait qu'il touche la tête de votre voisin de devant... C'était cool mais on est passé à autre chose et Spielberg l'a bien compris. La technique 3D n'est plus une fin en soi mais un simple élément narratif qui met en valeur l'histoire exactement comme le fait la musique du John Williams.

Un vieux rêve pour Spielberg
L'intérêt du célèbre réalisateur américain pour le reporter à culottes courtes ne date pas d'hier. Au début des années 80, alors que sortait le premier volet de la tétralogie Indiana Jones, un journaliste aurait fait remarquer à Spielberg que son aventurier archéologue lui faisait au héros de Hergé. Le cinéaste s'est alors penché de plus près sur la question et a acheté les droits de la bande dessinée. Grand admirateur du travail du bédéiste belge et de la culture européenne en général (il était un fan fini de François Truffaut notamment), il a pris le temps de la réflexion et a finalement attendu que la technique soit au point pour adapter l'oeuvre du maître.

Un univers respecté
Les puristes ne devraient pas être déçus par la transposition au grand écran qui fonctionne à merveille. Les personnages sont très proches de ceux de la BD et ils prennent vie avec un réalisme troublant obtenu grâce à la technique du "Performance Capture" ; tout simplement bluffant. Dupont et Dupond sont idiots et naïfs à souhait, le capitaine Haddock alcoolique jusqu'à la dernière de ses cellules, les méchants ont des gueules a la Marlon Brando (jeune) et ils défouraillent au moindre bruit. D'ailleurs, avis aux plus petits, si le film est très grand public il y a quand même quelques morts et un peu de sang.

L'histoire
Spielberg s'est accommodé librement de la stricte chronologie des épisodes de Tintin et a concocté une histoire à partir de trois albums Le Crabe aux pinces d’or, du Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge. Tintin achète sur un marché aux puces la maquette d’un bateau, la Licorne, et se retrouve plongé bien malgré lui dans une aventure qui le mènera peut-être (préservons le suspens) au fabuleux secret que cache ce bateau miniature.

Le cas Milou
Parmi les nombreuses questions qui agitent depuis des décennies tous les tintinophiles de la planète, comme de savoir si Tintin avait une sexualité, ou si les Dupond et Dupont étaient un couple gay, celle du sexe de Milou revient fréquemment au milieu des débats. Femelle ou mâle ? Sans vouloir être trop indiscret quant à l'intimité du compagnon à quatre pattes de Tintin, je puis affirmer, après avoir scrupuleusement observé l'entrejambe du célèbre canidé, que malgré les nombreuses roulades, les sauts dans le vide et autres cascades... rien ne balance de ce côté-là.

Comme on s'y attend avec ce genre franchise, il y aura une suite à ce premier volet et même deux. D'ici là, on patiente avec ce Tintin survitaminé.

Texte de David Nathan (david@davidnathan.ca // www.twitter.com/davidnathan)