Les affres du coup de foudre

Catégories:

«Les amours imaginaires» prend l’affiche le 11 juin dans les salles québécoises, après avoir reçu un accueil favorable au Festival de Cannes. Ce second long-métrage de Xavier Dolan a en effet remporté le prix Regards jeunes, distinction qu’il avait également récolté l’an dernier avec son premier film, «J’ai tué ma mère». Le jeune cinéaste mûrit et évolue de sublime manière en scrutant, avec un esthétisme remarquable, les troublantes facettes du triangle amoureux.

Banal, le thème des amours ambigus et unidirectionnels? Possible, mais la fascination qu’exerce la tension suscitée par les relations contaminées et destructrices en font une source d’inspiration inépuisable. Par ailleurs, il semble que Dolan fasse vibrer cette corde sensible grâce à une approche stylisée et des personnages à fleur de peau.

Marie (Monia Chokri) et Francis (Xavier Dolan), deux amis de longue date, ont simultanément le coup de foudre pour Nicolas (Niels Schneider), dont le charisme est évanescent et la beauté, statuesque. L’objet des désirs s’amuse, sans se compromettre, de l’attention que les deux amis lui procurent presqu’en rampant. À l’inverse, ceux-ci dérivent dans une lutte mesquine et irrationnelle, aveuglés par la passion.

Les références aux grands maîtres y sont nombreuses et assumées - Almodovar, Allen, Ozon - pour ne nommer que ceux-là. La direction photo de Stéphanie Weber-Biron illumine chaque scène de teintes séduisantes et de plans saisissants. Le visage de Monia Chokri crève l'écran, baignant dans une lumière enveloppante, laissant en mémoire une empreinte marquante. L’actrice interprète avec beaucoup de subtilités le personnage de Marie, jeune femme sensible et cultivée, dont le look vintage, étudié jusque dans les moindres détails, évoque l’image d’une Audrey Hepburn contemporaine.

Le réalisme des dialogues a autant d’impact que les longs silences oppressants. L’abondance de 'slow motions' sert bien le propos, où les regards doux ou acérés suggèrent efficacement toute l’intensité obsessionnelle qui habite les personnages. Cet équilibre entre les paroles et les non-dits permet de saisir la force des sentiments d’espoir, de jalousie, d’humiliation et de douleur qui bousculent les tréfonds de ces âmes amoureuses. Par ailleurs, l’insertion de fausses-entrevues à la manière documentaire insufflent une touche de d’humour grinçant - chapeau aux excellents comédiens qui donnent réellement l’impression d’avoir été croqués sur le vif (mention particulière à Anne-Élizabeth Bossé).

L’une des grandes forces du film, c’est d’être solidement ancré dans le Montréal d’aujourd’hui, tout en explorant un sujet universel et intemporel. Cet équilibre imprègne l’ensemble du film, qu’il s’agisse du montage, de la direction artistique ou de la trame musicale, (tantôt actuelle, tantôt rétro). Il en résulte une oeuvre sensuelle et raffinée, où les déboires amoureux d’une jeunesse aux préoccupations intellectuelles et charnelles sont exposés dans tous leurs états, en un habile mélange de réalisme et de poésie.

Partager

Facebook icon
Twitter icon
Instagram icon