L'Édit de Milan

Introduction

Les événements de "l'Édit de Milan" s'inscrivent dans la continuité de ceux qui ont suivi l'édit de tolérance, qui fut déclaré sous les auspices de l'empereur romain Galère en 311 de notre ère et qui confirmant la légitimité de la religion chrétienne. La récente prise de conscience des autorités impériales à l'égard de la légitimité de la religion chrétienne avait permis ce que l'on peut convenir d'interpréter comme les premiers balbutiements de l'affranchissement des chrétiens jadis persécutés dans toute l'étendue de l'empire romain avant la division de l'empire en 312 entre deux territoires distincts sous Constantin et Licinius. Quelques années plus tard, lors de la déclaration par les deux empereurs de "l'Édit de Milan", les autorités romaines viendront renforcir cette volonté de tolérance en légalisant la religion chrétienne pour en faire une religio licita et en accordant à tous les fidèles le droit de pratiquer librement et sans contraintes, l'exercice de leur religion, ce quelle qu'elle soit,y compris la religion chrétienne. "L'Édit de Milan" s'inscrit donc à l'histoire du christianisme, comme l'un des événements qui ait le plus marqué le devenir et la viabilité de la religion chrétienne en terre d'Orient et d'Occident. Ce texte demeure un témoignage fondamental nous permettant de bien saisir l'envergure et l'impact tangible de cette déclaration impériale sur les moeurs religieuses de l'Antiquité à nos jours .

Analyse interne

"L'Édit de Milan" est un acte officiel qui est parvenu jusqu'à nous par le biais des écrits de Lactance qui publia en 313 dans De la mort des persécuteurs, un extrait d'une ordonnance que Licinius fit rendre public en 313 à Nicomédie le 3 juin 313, extrait qui trouvait sa source dans une ordonnance que Licinius adressait alors au Gouverneur de Bithynie. Il est donc impératif de reconnaître que "L'Édit de Milan" ne repose pas sur une source textuelle et qu'il ne s'agit pas d'une source primaire littéraire mais bien d'un document révélant la politique adoptée par les empereurs d'Orient et d'Occident à l'égard des chrétiens et de leurs pratiques cultuelles.

L'extrait que nous livre Lactance de son récit des événements de "l'Édit de Milan", demeure une source historique des plus pertinente puisqu'il témoigne de la déclaration des empereurs Constantin et Licinius devant une assemblée de fidèles réunis à Milan en l'an 313 de notre ère. L'auteur nous livre ici, un extrait du témoignage de Constantin, qui en son nom et en celui de Licinius Auguste, vient affirmé sa volonté de reconnaître la validité du culte chrétien. On peut lire en ces quelques phrases, l'essentiel du propos solennel de Constantin Auguste, soit la reconnaissance dans le respect et l'indulgence du culte de la religion chrétienne et de toutes les religions pratiquées sur l'étendue du territoire de l'empire romaine alors divisé entre l'empire d'Orient et l'empire d'Occident.

Analyse externe

L'essentiel de l'ordonnance que nous reconnaissons aujourd'hui comme "L'Édit de Milan" repose sur trois fondements, soit:

- la concession de la liberté de religion et de culte à tous les citoyens de l'empire;
- la restitution de toutes les propriétés de l'Église et la reconnaissance de la propriété
ecclésiasitique;
- la reconnaissance légale de tous les chrétiens.

Ainsi, "L'Édit de Milan" vient entériner une ligne de parti qui se veut globalisante pour l'ensemble de l'empire Romain alors que deux Augustes, Licinius et Constantin se partagent un vaste territoire sur lequel on retrouvait, quelques années auparavant, des mouvements de persécutions massives à l'égard des chrétiens. Les historiens sont en accord sur le principal fondamental qui fait de Constantin, après Galère, l'un des premiers empereurs favorable à la cause chrétienne. L'on sait de source officielle, qu'Auguste Constantin fut baptisé peu de temps avant sa mort, par Eusèbe de Nicomédie un évêque aranisant.

Quant au rôle qu'ait joué Licinius dans l'élaboration des nouvelles politiques conçernant le droit des chrétiens, il semble avoit été de moindre investissement. Nous savons qu'Auguste Licinius fut présent lors de la proclamation de "L'Édit de Milan" et que par le fait même, sa présence confirmait son adhésion à la nouvelle ligne de conduite à l'égard des chrétiens de l'Empire. Il semble toutefois plus probable que le geste de Licinius fut marqué d'avantage par le sceau de la compromission que celui d'une volonté pleine et éclairée. On se souviendra par exemple que Licinius dès 314 adoptera une attitude diamétralement opposée à la ligne de consuite consignée par "l'Édit de Milan" puisque la mésentente s'installant entre les deux empereurs à partir de cette même année engendrera des hostilités grandissantes provoquant un état de guerre entre les deux Auguste pour le partage des pouvoirs. Constantin sortant vainqueur des affronts engendrés par le poids des hostilités, fut d'avantage en position de faire valoir ses positions quant au sort des peuples qui avaient choisi d'honorer le Christ sous l'égide de la religion chrétienne. L'on peut donc affirmer à la lumière de ces éléments, qu'Auguste Constantin qui règna sur l'ensemble de l'empire Romain de l'an 314 à l'an 337 de notre ère, fut l'artisant en chef de la politique contenue dans "L'Édit de Milan", ce qui fait de lui le grand protecteur des chrétiens. Sans l'intervention impérial de Constantin, des milliers de chrétiens auraient été persécutés au IVe siècle de notre ère, ce peut-être même pour des siècles à venir dans l'histoire du monde chrétien.

Conclusion

En somme, "L'Édit de Milan" constitue une ouverture des plus affirmée au monde chrétien, au culte qui lui est propre et aux institutions qui en découlent. On peut ainsi affirmer que cet ordonnance a contribué de façon évolutive et fondamentale à l'essor de la religion chrétienne à l'échelle du globe. Si le culte chrétien qui naquit en Terre Sainte a pu se propager de par le monde, c'est sans contredit grâce à cette volonté de tolérance et de compassion dont a témoigné l'empereur Constantin, volonté accompagné de la volonté moins affirmée de Licinius, que la religion chrétienne est parvenu aujourd'hui jusqu'à nous.

BIBLIOGRAPHIE

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THL-11803, Université Laval, 1999.

par Annie Fraser (1969-2001) @ copyright, 1998

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