Le Tribunal latinoaméricain de l'eau s'ouvre à Mexico City

Mexico City, 13 mars 2006 - En marge et à quelques jours de l´ouverture officielle du 4e Forum mondial de l´eau débute aujourd´hui les activités du Tribunal latinoaméricain de l´eau (TLA) pour ceux qui ont "soif de justice".
Fondé en 1996, le TLA n´a pas de dents légale mais se veut une instance alternative de conscientisation et d´éthique pour aider à solutionner les sérieux conflits hydriques provoqués par une rareté grandissante de
l´or bleu en Amérique latine, incluant le Mexique.
"L´eau n´est pas destinée à des seules fins touristiques et aux besoins des entreprises", explique Javier Bogantes, avocat, philosophe d´origine costaricaine, et président du TLA. Les communautés impliquées dans treize situations conflictuelles
originant de la Terre de feu jusqu´au pays de Pancho Villa seront entendues du 13 au 20 au 20 mars.
«Ce sera une première car ce tribunal a tenu deux scéances en 2000 et 2004 où les cas discutés originaient seulement d´Amérique centrale". Premier cas sur la sellette en 2006, le déversement á Veracruz le 22 décembre 2004 de 5000 barils de PEMEX, l´entreprise pétrolière de l´ Etat Mexicain et sixième producteur
mondial. "L´entreprise n´a aucun plan d´urgence ni ne fait aucunes études toxicologiques sur les populations affectées", estime le Dr Lorenzo Lozada, un résidant du port de Coatzacoalcos á Veracruz. Deux mois plus tard, une autre explosion dans une autre des installations voisines de PEMEX, a affecté 1000 autres pêcheurs pour un total de 2500 en plus de détruire 2500 hectares de mangloves.
En guise de dédommagements, 1400 pêcheurs ont reçu une somme de US 630,00 à condition "de signer une décharge dans laquelle nous nous engagions de ne pas poursuivre l´entreprise", explique Angel Martinez Lopez, président de l´Association des pêcheurs
de la rivière Coatzacolalcos. M. Lopez est au nombre d´une soixantaine de pêcheurs recrutés par Lico Ambiantal S.A. pour décontaminer la plage et les sites affectés. Toutefois, ces derniers disent ne pas avoir été rémunérés par l´entreprise, un sous- contractant de PEMEX. Dans une lettre adressée au TLA, le directeur de la Sécurité industrielle et de la protection environnementale de PEMEX , Constantino Fernandez Cabrera, stipule que l´invitation au TLA aurait dû transiter par les canaux officielles du Secrétaire des
Affaires étrangères.
Les jugements des 13 cas exposés au TLA seront rendus le 20 mars. Le tribunal multidiscplinaire est formée de huit sommités internationales dont l´expertise varie des droits de l´homme á l´ingénérie civile. En plus du TLA et du 4 e Forum mondial sur l´eau la ville de Mexico sera l´hôtesse des
Journées de défense de l´eau auxquelles participeront plusieurs personnalités dont Danielle Miterrand, veuve de feu François Mitterand et de Maude Barlow, du Conseil des Canadiens.
L´or bleu fait l`objet d´une intense polémique entre les tenants d´une eau marchandable comme n´importe quel bien au sein des accords de l´Alena et de l´OMC et
ceux qui décrivent l´exilir de la vie comme un "bien fondamental". Selon les chiffres officiels, quelque 77 millions d´habitants d´Amérique latine n´ont pas accès à de l´eau potable. Moins de 14 % des eaux sont traìtées dans des usines d´épuration, s´écoulant contaminées directement dans l´environnement. Les maladies occasionnés par la diahrée tuent chaque année 153 000 enfants dont la majorité a moins
de cinq ans.
Et la seule ville de Mexico, qui compte plus de 18 millions d´habitants, connaîtra une soif sans précédent lorsque ses sources d´approvisonnement locales se
tarieront d´ici 2020.
Texte de Nicolas Mesly, Envoyé du CIMAC au Mexique

Partager

Facebook icon
Twitter icon
Instagram icon