Le Théâtre français du CNA salue le départ de Jean Herbiet

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Le Théâtre français du Centre national des Arts (CNA) pleure le départ de Jean Herbiet, le deuxième directeur artistique de son histoire, celui qui a préfiguré ce qu’allait devenir le Théâtre français tel qu’on le connaît aujourd’hui. Puisque toute institution repose sur une âme qui se reconnaît à travers ceux qui sont passés avant, le CNA portera à jamais la mémoire de Jean Herbiet.

Décédé des suites d’une défaillance cardiaque dans la soirée du 31 mars 2008 à l’âge de 77 ans, il laisse dans le deuil, en plus de sa famille et de ses proches, toute la communauté théâtrale francophone du pays.

Jean Herbiet, prodigieux catalyseur artistique
Dans la région de la capitale nationale, Jean Herbiet aura été un prodigieux catalyseur artistique au sein de la communauté théâtrale en établissant de hauts standards artistiques pour le Théâtre français du CNA, en faisant de ce théâtre un lieu d’échanges internationaux et intégrant des artistes locaux – dont Gilles Provost, Claire Faubert, Guy Mignault, Edwige Herbiet, Robert Marinier, Louison Danis, Pierre Collin – à ces grandes aventures théâtrales.

Jean Herbiet demeure encore, pour plusieurs et à juste titre, le metteur en scène de deux productions fameuses réalisées avec le marionnettiste Félix Mirbt, le Woyzeck de Bu.chner (1974) et Le Songe de Strindberg (1977), productions qui, les premières, ont porté à l’étranger le nom du CNA. Que ce soit avec La Double Inconstance de Marivaux avec laquelle il a inauguré son mandat ou avec son Andorra de Max Frisch (1980), il a laissé le souvenir d’un metteur en scène au sens esthétique sûr, soucieux de mettre en lumière le discours sous-jacent des textes qu’il montait. Jean Herbiet, dans les années 1980.

Comme directeur artistique, il aura eu le flair de faire advenir au Théâtre français des créations d’importance (dont celle de Bonjour là, bonjour de Michel Tremblay en 1974) et de permettre à des metteurs en scène encore jeunes de déployer leur style dans des conditions de créations admirables : pensons particulièrement à André Brassard qui a signé des productions audacieuses de La Fausse Suivante de Marivaux (1974) et de La Maison de Bernarda Alba de Garcia Lorca (dans une traduction révolutionnaire de Michel Garneau, 1975) et à Olivier Reichenbach qui, en tandem avec le scénographe Guy Neveu, a livré de somptueuses mises en scène de grands textes du répertoire dont L’Échange de Claudel (1973), Tartuffe de Molière (1976) et La Mouette de Tchekhov (1978). Finalement, Jean Herbiet est celui qui, tout au long de son mandat, a exploré l’espace théâtral en expérimentant avec les possibilités nouvelles du Studio du CNA, la première salle modulable construite au Canada. Son audace dans ce domaine a encore des répercussions dans l’ensemble de la pratique théâtrale canadienne.

Notes biographiques
Né le 16 décembre 1930 à Namur, en Belgique, Jean Herbiet s'est installé à Ottawa à la fin des années cinquante. Il a complété en Belgique des études en administration à l’Institut polytechnique et, parallèlement, en théâtre vivant à l’Institut belge du théâtre.

En 1971, appelé par le CNA à la direction artistique du Théâtre français, il a inauguré une série de programmes de productions, d'échanges culturels et de tournées qui conduisent ses spectacles d'un océan à l'autre de même qu’en Europe (Angleterre, France et Belgique). Également metteur en scène (il a dirigé environ 25 productions au cours de son mandat), il est resté à la barre du Théâtre français jusqu’à la saison 1981-1982. Lui ont succédé André Brassard, Robert Lepage, Jean-Claude Marcus, Denis Marleau et maintenant, Wajdi Mouawad.

En 1981, Jean Herbiet est nommé directeur général du Centre culturel canadien de Paris pour un mandat de quatre ans. De retour à Ottawa, il a réintégré ses domaines privilégiés : mise en scène et enseignement, principalement comme professeur auxiliaire au Département de théâtre de l’Université d’Ottawa; puis, il a créé un théâtre documentaire muséal et d'animation sous forme de vignettes bilingues tant au Musée canadien des civilisations (800 représentations) ainsi qu'au Parlement du Canada (8 000 représentations).

Jean Herbiet a poursuivi sa collaboration avec le Théâtre français du CNA jusqu’à la toute fin de sa carrière, dirigeant les soupers-lectures présentés au tournant des années 2000 et, en 2007, entreprenant un important projet d’informatisation de la théâtrographie détaillée du Théâtre français, devoir de mémoire dont il s’est acquitté pour l’honneur de sa profession, et pour ne pas que soient envoyés « ses créateurs, ses artistes et ses artisans aux oubliettes de l’Histoire ».

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