Le Moyen-Âge: pas si noir que ça comme époque

On nous présente généralement une idée d'ensemble sombre de la période médiévale, il semblerait que c'est un "long sommeil de l'intelligence entre la civilisation latine et la Renaissance"1. Certes, cette société n'a pas assuré entièrement la survie de ses habitants, la culture possédait un caractère statique et se voulait vraisemblablement élitiste mais sur ces points comme sur tant d'autres on a confondu la période dite du XI au XIII siècle: la révolution industrielle médiévale.

En effet , "pour bien saisir le Moyen Age, il faut le voir dans sa continuité et dans son ensemble"2. C'est pourquoi cette époque est passablement plus difficile à étudier que d'autres car il faut en démêler la complexité et suivre son évolution. Ce qui frappe principalement l'étudiant c'est la forme sociale médiévale qui possède des instincts communautaires, la conviction solide en la notion de progrès, l'unité idéologique de l'ensemble des pays européens attachés à une même foi religieuse: le christianisme.

De plus, dans le cadre étroit de cette dissertation, nous tenterons d'expliquer les grandes mutations structurelles de cette société; logiquement, bien sûr, mais de manière à en tirer une prise de position claire et ordonnée. Ce qui nous amène à poser véritablement le sujet: la révolution industrielle du Moyen Age est-elle le mirage d'une époque féconde en invention ou bien la réalité d'une période d'intense activité technologique? Nous ne tenterons pas de faire une apologie de cette révolution mais nous essaierons d'analyser les différentes conceptions qui ont forgé l'Europe médiévale. Donnons donc une définition globale à ce que l'on a convenu d'appeler la révolution industrielle.

I- Aspect conceptuel

On saisira tout de suite l'importance de l'aspect conceptuel pour situer l'état de la société. En soi, c'est un changement brusque et important dans l'ordre social et moral où se manifestent un engouement pour l'ensemble des opérations qui concourent à la production et à la circulation des richesses.

Pour posséder une vision globale de cette période, tous les thèmes de la recherche seront comparés avec le parralélisme de la révolution industrielle du XVIII et du XIX ème siècle. Notre cheminement se réalisera donc comme suit: dans la première partie du travail, tout d'abord, nous ferons une approche de l'activité technologique et des ressources énergétiques, en second lieu nous décrirons l'exploitation des richesses
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1 A. Lagarde et L. Michard, Moyen Age , Paris, Bordas, 1963, p. V
2 Régine Pernoud, Lumière du Moyen Age, Paris, Grasset, 1981, p. 16

minières puis nous étudierons la révolution agricole du XI, XII et XIII ème siècle. Dans une deuxième partie, nous verrons que la révolution industrielle est avant tout une révolution sociale. En effet, nous approfondirons la condition des travailleurs, la révolution silencieuse de l'horloge mécanique, l'exaltation intellectuelle et scientifique, le poids des malheurs de la civilisation médiévale. Toute cette recherche aboutira donc à une synthèse de la révolution industrielle médiévale, à une conclusion personnelle qui reconnaîtra la difficulté de prononcer un jugement objectif sur l'importance d'une époque par rapport au déroulement général de l'histoire de l'humanité.

II- Intense activité technologique et ressources énergétiques européennes.

Alors que l'époque du plein épanouissement de l'ordre féodal ( XI ème siècle) est atteint, plusieurs signes nous font voir que la société vit une mutation. Le tiers-état démontre son extraordinaire capacité d'absorber des transformations notoires et intellectuelles, il révèle un élément de souplesse et de volonté de changement. Ce sont les monastères qui stimulèrent tout d'abord l'économie. Ces institutions faisaient fonctionner les "usines" les plus modernes d'Europe, elles créèrent "un empire économique reposant sur une excellente administration et de solides compétences dans des domaines techniques divers"3. Les moines jouèrent ainsi un grand rôle dans le développement de l'énergie hydraulique et plus particulièrement de l'exportation de la laine. L'activité technologique en tant que tel s'installait dans ce qu'on appelle les fermes-modèles cisterciennes, premières véritables industries.

Tout comme au XVIII ème siècle, on exprime une admiration pour la force de l'eau. C'est ainsi que l'on assiste à la construction de moulins hydrauliques, au développement de l'énergie fluviale: "5634 moulins dénombrés en Angleterre"4. De la même manière que l'on avait constaté que le siècle des philosophes avait conçu la machine à vapeur et l'automatisation; le Moyen Age voua un culte à la mécanisation, phénomène adopté sans réserve. Il est ainsi aisé de constater que

" l'essentiel de cette époque réside non seulement dans la technique, dans le nouveau système économique qui en découle, dans les transformations matérielles subies par notre existence quotidienne, non seulement dans le système de trafic et de transmission des nouvelles, mais aussi dans le fait que l'homme a été empoigné et transformé dans son être intime par l'esprit de cette époque jusque dans ses exigences morales, dans l'intimité de ses rapports; dans son impulsion vitale, dans ses désirs, ses rêves et ses névroses"5.

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3 Jean Gimpel, La révolution industrielle du Moyen Age, Paris, Seuil, p.66
4 ibid. , p. 219
5 Max Pietsch, La révolution industrielle, Paris, Payot, p.7

On mentionne à cet effet, dans l'oeuvre de Jean Gimpel, que l'on assiste à la séparation du capital et du travail, à une remarquable ingéniosité de la part des hommes nouveaux du Moyen Age. L'époque industrielle médiévale n'est pas seulement caractérisée par les techniques mécaniques mais encore par des formes économiques totalement différentes, aussi bien que par une transformation sociale. L'exemple le plus concret du leitmotiv médiéval est sans aucun doute la création de la société du Bazacle ( fin XI ème siècle), société par actions de la ville de Toulouse, nationalisée par le gouvernement français au cours de la II ème Guerre Mondiale.

"La poudre à canon pour sa part, représente à la fin de l'époque de la chevalerie la première mise en oeuvre d'une force naturelle, indépendante du vent, de l'eau, en un mot d'un certain lieu et d'un certain temps"6. Les accroissements de production et de productivité se réalisèrent la plupart du temps soudainement car, par exemple, dans l'industrie textile de Flandres au tout début de la période des petites manufactures ( XII ème siècle), la filature se faisaient encore à la main, i.e. avec le fameux rouet. On peut donc affirmer que la révolution industrielle n'a pas introduit ici le véritable principe de l'automation mais plutôt un regoupement , une prolifération humaine plus grande dans les "usines" ( pour l'époque, évidemment) et petit à petit: un certain recul du système artisanal.

III- Exploitation des ressources minières

En Europe, à la fin du Moyen Age, la fabrication de la fonte marque une étape capitale dans l'histoire des techniques. " Il faut rendre hommage aux ingénieurs médiévaux qui, les premiers, surent adapter l'énergie hydraulique à la métallurgie"; et en partant du principe qui dit que l'Histoire se fait à l'aide de documents, nous pouvons mentionner que" le premier fourneau équipé de souffleries hydrauliques est mentionné dans un document de 1323 "7.

Ainsi les activités minières poursuivent leur essor, et ce progrès, lié à la conquête du milieu naturel assure la croissance économique: c'est l'âge de l'expansion. On note aussi que le fer remplace définitivement le bois ce qui tend vers une meilleure productivité qui, elle, se traduit par une augmentation systématique des biens produits. Cette modernisation de l'économie présage donc une époque et une société nouvelles.

Si l'on se réfère une nouvelle fois au contexte du XVIII et du XIX ème siècle, on peut constater la convergence des phénomènes touchant
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6 ibid. , p. 18
7 Jean Gimpel, op. cit. , passim pp. 40-41

l'exploitation des richesse minières. En Europe, de la même manière qu'au
Moyen Age, la fabrication de la fonte marque une étape décisive dans l'histoire de la civilisation occidentale; de la même manière l'apparition du lit de fer au XVIII ème siècle nous prouve que ce sont des choses simples qui marquèrent un progrès dans les villes. Le " confort moderne" est donc le résultat immédiat de la révolution industrielle. Autant "les moines cisterciens jouèrent un rôle important dans la transmission des connaissances car ils étaient aussi savants en technologie industrielle qu'en agriculture"8; autant le type d'hommes nouveaux, vigoureux et pratiques de l'Angleterre du XVIII ème a su contribuer à la puissance métallurgique européenne.

Les applications de la sidérurgie étaient nombreuses au Moyen age, l'exemple de l'apparition de la charrue à socle métallique nous fait voir qu'il est difficile d'évaluer où en serait l'Europe si ces charrues n'auraient jamais pu défricher avec autant de succès les terres vierges et les forêts. Somme toute, les constructeurs médiévaux usèrent davantage du fer que leurs prédécesseurs et, à partir du XI ème siècle, l'exploitation des mines va jouer un rôle de premier ordre dans l'essor des techniques minières en Europe et contribuera à jeter les bases de la révolution industrielle médiévale. Cela nous fait voir que " le progrès des techniques est cyclique comme l'histoire l'est elle-même"9. Par contre nous ne pouvons pas encore affirmer que la révolution industrielle est soit un mirage ou une réalité. Etudions donc à l'instant la révolution agricole du Moyen Age.

IV- La révolution agricole médiévale: similarité frappante avec celle du XVIII ème siècle.

Tout d'abord, il faut bien comprendre que ce mouvement de renouveau au sein de l'agriculture est du en partie à une climatologie favorable. En effet, une période sèche et chaude s'étendant sur deux siècles a joué un rôle déterminant dans les progrès de l'agriculture. La société médiévale devient de façon permanente, dépendante ds conditions atmosphériques, climatiques et végétatives. A cette dépendance où il se trouve à l'égard de phénomènes naturels, l'homme réagit au mieux en adoptant une attitude manifestant sa vitalité.

Ainsi, la promotion du cheval en tant que force motrice fut un des
atouts puissants qui permit l'expansion de l'économie dans le domaine des
labours et dans celui du transport des matériaux lourds. On peut affirmer que les hommes du Moyen Age ont brillamment innové par leurs progrès techniques notables. Les agriculteurs de l'époque constatèrent qu'il était
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8 ibid., p. 41
9 ibid. , p.229

préférable d'atteler les chevaux les uns derrière les autres, que les fers cloués assuraient la protection des sabots en divers terrains. Il appert donc que l'agriculture devient une science: elle gère maintenant les exploitations agricoles, elle adopte des méthodes expérimentales de labourage et plus particulièrement le système de l'assolement triennal. Tous les élémemts que nous venons d'exposer tendent vers un seul but: la mise en valeur des terres arables.

"Mais l'invention qui marqua le plus l'agriculture médiévale est celle de la charrue munie d'une roue"10, c'est un outil fort remarquable qui eu des profondes répercussions dans le domaine agraire. Entre autre, il fallut modifier la topographie traditionnelle et créer des parcelles plus grandes. Les groupements humains durent aussi évoluer vers un mode de coopérative agricole.

Comme nous l'avons mentionné au début du travail, la notion de comparaison avec le XVIIIème siècle doit être présente. Ici, les documents que j'ai en main sont les notes de cours et les textes proposés par le profeseur dans le document. Il n'y aurait pas eu de révolution industrielle sans la révolution agricole, c'était le constat auquel nous étions arrivé après l'étude du sujet en classe. Si nous étudions bien celle de l'Angleterre, nous voyons qu'elle a permis l'amélioration des règles alimentaires de la population. C'est aussi le cas du Moyen Age comme nous le verrons tout à l'heure. La technologie du XVIII ème siècle s'organisait autour de grands centres agricoles. Au Moyen Age elle s'organisait autour d'un modèle assez semblable: la coopérative agricole. L'accroissement de la population et le phénomène de rassemblement des terres est aussi un trait commun des deux révolutions. Provoqué par la régresion de la mortalité ainsi que par l'allongement de la durée de la vie humaine, le renouveau démographique n'eût pas été possible sans l'augmentation des surfaces consacrées à l'alimentation. On peut donc démontrer qu'entre l'industrie et l'agriculture existent des relations fondamentales au plan de la production.

Au point de vue technique, il s'est établit une augmentation de la productivité de la terre tant à l'époque médiévale qu'au siècle de l'industrialisation. Une demande alimentaire plus forte et la construction de nouvelles routes et de canaux qui doivent satisfaire les besoins de la population: c'est un objectif que l'on peut dire de relativement bien atteint par les deux grandes civilisations. Par contre, il faut bien l'avouer et rester objectif: la révolution agricole du Moyen Age n'a pas eu le caractère de transformations institutionnelles qu'a connu le XVIII ème en Angleterre. En effet, il n'y a pas eu d'exode massive des paysans vers les villes et le vieux cadre féodal s'est maintenu jusqu'à la "véritable" rév. industrielle.

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10 ibid., p. 61

Toujours en étant dans l'optique du parralélisme et de la concordance des actions historiques, on peut constater un rapport de cause à conséquence entre le Moyen Age et le siècle des philosophes. Le prolétariat est le résultat de l'action conjuguée de divers facteurs: dissociation d'un ordre social, féodal et patriarcal hérité de la période médiévale, introduction dans l'agriculture de la mentalité et des pratiques d'une économie basée sur le profit ( les "enclosures"), abolition des fameuses corporations caractéristiques à la révolution industrielle du Moyen Age.

Ainsi, le souci majeur du Moyen Age était sans aucun doute celui de nourrir les affamés. Or, les changements de climat et le perfectionnement des techniques agricoles, en augmentant considérablement la production, suffit à nourrir la population sans toutefois atteindre l'abondance. En Europe, tout au moins, les progrès de l'agriculture, la richesse des récoltes, la paix relative et l'apparition de denrées nouvelles expliquent en partie l'explosion démographique, la poussée et la multiplication des villes nouvelles et l'expansion commerciale des XI, XII et XIII ème siècles.

Grosso modo, la diffusion des connaissances nouvelles dans le domaine agricole, le rendement industriel accru, l'entrepreneurship social et l'éxubérance de l'époque ont contribué à démontrer la justesse du titre de notre dissertation car, en effet, il y a une solide part de réalités dans les mirages médiévaux.

II ème partie

V- La condition des travailleurs

La main-d'oeuvre au XI, XII, XIII et XIV siècle fut aussi impitoyablement exploitée par le patronat que le sera au XVIII et XIX ème siècle le prolétariat d'Europe et des Etats-Unis. On assiste à l'accroissement de la production qui exige l'exploitation intensive de la masse ouvrière, la fragmentation poussée du travail et de la mécanisation des méthodes en usage(domination des hommes par le rendement des machines,changement
dans l'échelle du pouvoir).

"Rien n'illustre mieux la philosophie économique de l'âge nouveau que cette conception matérialiste qui évalue l'homme en terme de production et la production en fonction de sa valeur marchande. En un mot, c'est faire de l'ouvrier un simple chaînon dans un engrenage complexe d'investissements. Le travail à la chaîne, tel qu'il est pratiqué, réduit l'ouvrier à n'être que le rouage d'une machine et lui retire même la possibilité de voir le produit fini, résultat de son travail."11

Cela s'explique par le fait que le travail industriel dans les entreprises
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11 A. Hauser cité dans ibid. , p. 103

était fort différent de tout ce que la vie de l'homme avait connu . C'est-à-dire que les prolétaires, après un total déracinement, ont pénétré dans un mode de vie qui n'avait jamais existé: tâches de travail qui doivent être accomplies dans un ordre déterminé, de manière ponctuelle et régulière.

"Les droits et privilèges des mineurs du Moyen Age contrastent étonnament avec le statut des ouvriers de la grande industrie médiévale du textile."12 Les mineurs étaient des hommes libres alors que les ouvriers du textile des villes industrielles de Flandre et d'Italie formaient un véritable prolétariat asservi à un système capitaliste. En page 101 de
l'ouvrage de Jean Gimpel, on mentionne que la Grande-Bretagne était en tête de l'industrie du textile à cause de l'afflux d'ouvriers spécialisés immigrés, à l'utilisation de techniques révolutionnaires comme le moulin à foulon ( drap, étoffe) et le rouet.

De plus, les nombreuses contraintes imposées aux ouvriers du textile en matière de salaires contrastent avec la liberté des ouvriers du bâtiment"se déplaçant d'un chantier à l'autre et libre de refuser le salaire offert"13. Le pire est que l'on assistait aussi à des grèves, à des combats entre ouvriers et que comme de nos jours, on tentait de combattre l'absentéisme. Il est aisé de constater, suite à ces exemples, que la division du travail a commencé avec l'apparition de ces premières machines tel le rouet. Malheureusement, le but était de tirer de l'homme au travail, comme de la machine, les rendements les meilleurs. "À cette conception strictement matérialiste et utilitaire de l'homme considéré comme machine dans le processus de fabrication, correspond la conviction qu'il faut rejeter toute intervention intellectuelle du travailleur dans l'éxécution de sa tâche"14.

Mais on peut aussi se demander si la condition ouvrière des deux révolutions se ressemble en certains points. Certes, je leur dirais. Au XVIII et XIX siècle, on parlait de salaire minimal, de journées de 12 à 15 heures, d'emploi d'enfants pour les travaux précis et dégoûtants, de patrons sadiques et de survie difficile. Selon les lectures faites tout au long de ce travail de recherche, je crois sincèrement que la période médiévale fut autant inhumaine. En effet, bien que la division du travail n'était pas encore entièrement enraciné au sein des industries, on constate la malhonnêteté des travailleurs, par contre "l'analyse des registres de comptes et des rapports de chantier ne nous montre nullement une classe ouvrière vivant dans la crainte du patron" 15 Malgré une situation intéressante de la structure des salaires,le Moyen Age a généralement favorisé la servitude ( opression) de la majorité des travailleurs et particulièrement dans l'industrie du
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12 ibid., p. 99
13 ibid. p. 105
14 Max Pietsch, op. cit, p. 177
15 Jean Gimpel, loc. cit, p. 105

textile contrôlée par les hommes d'affaires et les administrateurs des
grandes capitales et foyers commerciaux ( péninsule italienne, ville portuaire du nord de l'Europe). On peut bien se demander où va le monde quand on s'aperçoit qu'"un homme est contraint de travailler sans une compréhension suffisante de son travail, alors, contrairement à la machine, il a à lutter contre une résistance qui vient de lui-même"16.

VI-La révolution silencieuse: l'horloge mécanique

De même que tous les grands bouleversements historiques, la révolution industrielle du Moyen Age possède ses hypothèses et ses points de départ spirituels. En effet, la société médiévale s'enthousiasma pour la mécanisation et la recherche technique car elle croyait fermement au progrès. C'est la hardiesse d'architectes et d'ingénieurs tels Villard de Honnecourt, Vitruve et Dondi qui engendra le concept du mouvement perpétuel, plus particulièrement celui de l'horloge. Cette "machine" de la technique moderne a d'ailleurs toujours conservé la prééminence dans notre société dite "civilisée et industrielle".

C'est ainsi que se produisit une vogue des pendules astronomiques dans les grandes villes de l'époque; on n'a pas de peine à s'imaginer que cette invention contribua à forger notre manière de pensée occidentale. Les masses se plient volontiers aux exigences des vogues et s'adaptent au mouvement général et " l'Eternité cesse progressivement d'être la mesure et le point de convergence des activités humaines"17. cette nouvele méthode de rationalisation du temps ouvre donc une perspective riche en conséquences intellectuelle, industrielles et économiques. Selon moi, autant le plus grand changement dans l'échelle du pouvoir du XVIII ème siècle fut l'apparition de la machine à vapeur; autant cette nouvelle conception du temps prouvat que l'horloge du monde se conformait à des lois calculables qui pourraient permettre de découvrir, de créer un nouvel ordre de l'existence humaine. L'horloge illustre donc l'idéal de cette époque du Moyen Age . Règlant son propre mouvement, elle fut le premier automate créé par l'homme . D'une part jouet et objet de rêveries sans attaches avec la réalité, elle marqua d'autre part le début de tous les procédés de précision et de mesure d'une future technique industrielle.

Soit, même si "les horloges sont restées longtemps des oeuvres d'art, si dans un sens l'horloge est l'ancêtre du chronomètre"18, ce nouveau mouvement explique en partie la révolution industrielle médiévale et si les

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16 Max Pietsch, op. cit., p. 191
17 Jean Gimpel , op. cit. p. 160
18 J. U. Nef, Essence de la civilisation industrielle, p. 22

bonnes gens, les banquiers et les marchands, avec leur mentalité déjà capitaliste, comprirent rapidement l'intérêt des pendules, c'est qu'il connaissait l'adage " Time is money!".

VII-Exaltation intellectuelle et scientifique.

Les hommes médiévaux appartenaient à une société où la foi était la norme et ils eurent de la vie une conception similaire fondée sur la primauté de la raison. On nous mentionne qu'entre le premier quart du XII ème siècle et le dernier quart du XIII ème ( plus précisément 1277), il y eut un effort pour marier la foi à la raison. Ainsi, un type d'homme aussi pratique et vigoureux que Benjamin Franklin et Wedgwood, apprirent à utiliser la raison et à en disputer intellectuellement. " Cette liberté intellectuelle nouvellement acquise est le point de départ de l'esprit scientifique moderne"19. De plus, elle est la conséquence des échanges multiples que connaît la Chrétienté médiévale suite aux Croisades ( 1095- 1270). Dans un sens , l'époque des Grandes découvertes pourrait être le Moyen Age; l'Europe s'acclimate tranquillement aux fruits bizarres et magnifiques, au riz, à l'utilisation de la boussole et à l'établissement de verreries, de teintureries.

Nous pouvons aussi citer un document écrit par les Réformistes de l'époque: les 158 contradictions trouvées dans les Ecritures et dans les textes des Pères de l'Eglise. On assiste à la naissance d'un anti-intellectualisme qui a pour but de protéger la foi et le mysticisme chrétiens. Un afflux de livres marquent aussi profondément la conception de l'enseignement des arts libéraux, de la rhétorique et de la poésie. Les éclatantes recherches théologiques de Saint-Thomas d'Aquin font preuve d'un désir d'assimilation d'une vaste somme de connaisances nouvelles.

En tout cas on trouve, à ce que j'ai lu, un plein épanouissement de l'esprit français dans les oeuvres d'un Charles d'Orléans, d'un Villon, d'un Rutebeuf et dans l'anonymat des textes médiévaux tels Tristan et Yseut, Le Roman de Renard et La Chanson de Roland. Ainsi, la littérature médiévale est fortement rattachée à son époque, inséparable des réalités qui ont fait la vie quotidienne du temps. Tout est rythmé et rimé dans le grand domaine de la poésie: expéditions militaires, révolution agricole et condition des travailleurs.

On tente donc d'expliquer rationnellement l'Univers et cela accélère la désacralisation de la Nature. Cette désacralisation est donc un des facteurs qui explique l'invention technologique au Moyen Age de la même manière
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19 Régine Pernoud, op. cit. , p. 189

qu'au tournant du XVII et du XVIII ème siècle, Isaac Newton fit l'application de la loi de la gravitation et incita les savants à croire toute l'harmonie préétablie dans l'Univers visible.

Mais, redoutant que toutes ces synthèse ne nuisent à la foi, le pape et les théologiens catholiques condamnèrent en 1277, les 219 erreurs exécrables de la chrétienté. Malheureusement, cette date marque LA FIN DU PROGRES SES SCIENCES ET DE LA RAISON AU XIII EME SIECLE. Si on veut parler de manière abstraite, se manifeste donc "la rupture croissante des liens entre la philosophie et la théologie , entre l'art et les limitations que lui imposait la religion, entre les formes de la souveraineté et leur légitimation religieuse, par la transformations en buts de culture exclusivement humaine,humaniste, de l'objectif du salut dans l'au-delà, autrefois proposé à l'homme."20

Par contre, il ne faut pas se leurrer. Mis à part l'utilisation de la pendule
, " il n'y eut guère de découverte scientifique qui ne passât, d'un façon ou d'une autre, dans la tradition populaire, sous forme de poème, rite religieux ou de secret de métier"21 La science médiévale possède donc en partie un caractère folklorique, ce n'est pas un fait d'ignorance de la population mais plutôt le fait que l'imagination et l'observation scientifique sont mises sur le même plan. Mais ce que l'on sait de précis permet de constater qu'elle fut beaucoup plus étendue qu'on ne l'avait supposé: " Albert le Grand avait fait sur l'acoustique et les tuyaux sonores des recherches qui l'avaient conduit à construire un automate parlant, huit cent ans avant Edison"22. Encore une chance que l'on ne parle pas de la découverte de l'acide sulfurique et chlorhydrique et des conséquences directes des Croisades, entre autres les connaisances astronomiques transmises par les Chaldéens. , Les savants du Moyen Age ont donc entrevu ( et le terme est bien pesé) grâce à leur intuition ce que les scientifiques du XVIII et du XIX ème siècle réalisèrent à cause de la méthode expérimentale.

Somme toute, tout cela n'a rien d'étonnant si l'on considère que le Moyen Age se trouvait par l'intermédiaire des Arabes, en contact avec l'Orient, bénéficiant ainsi de connaissances nouvelles. Malgré qu'elle se présente sous un dehors déconcertant, la science médiévale mérite qu'on lui rende justice et quant à l'exaltation intellectuelle, elle semble saine, le désir de posséder une connaissance plus rationnelle des choses est la preuve véritable du concept de la révolution sociale. En résumé, "l'évolution de la civilisation eût été inconcevable sans l'évolution préalable de l'Europe médiévale"23.

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20 Max Pietsch, op. cit., p. 43
21 Régine Pernoud, op. cit. , p. 183
22 ibid., p. 186
23 J.U. Nef, op. cit. , p. 22

VIII- Le poids des malheurs ( 1300- 1453)

Au coeur du XIII ème siècle, l'invention médiévale atteignit le sommet de son évolution ascendante. A ce point, la conjoncture changea et une série d'événements adverses vint entraver le développement de la technologie. Parralèlement à cela, la société décimée et appauvrie, perdait de son dynamisme. Entre autre la Guerre de Cent Ans ( 1337-1455) qui origine d'une crise de succession, amène un déclin agricole sans précédent et un climat d'insécurité. Des pillages, des disettes et diverses épidémies intermittentes ( 1348-1368) déciment le quart de la population européenne. Le Schisme d'Occident ( 1378-1417) et la grande Peste Noire (vingt millions de victimes) qui s'étend de 1347 à 1353, annonce malheureusement le déclin du monde médiéval.

Le Grand Schisme commença à miner l'unité du monde chrétien dominé à une certaine époque par trois papes ( Rome, Avignon et Constantinople) dont on ne sait lequel est le vrai. Les fondements théologiques furent remis en question et " si certains situent la séparation de la philosophie et de la théologie comme le départ de la science moderne, d'autres y voient le moment où la religion chrétienne dévia vers le mysticisme sentimental"24. La société médiévale voit alors son dynamisme ravagé et les changements climatiques hostiles, qui apparaissent à partir du XIV ème siècle, affectèrent grandement l'économie.

Par contre, la misère de la peste, les grands désastres qui engendrèrent une catastrophe démographique furent la cause de l'amélioration du niveau de vie des survivants. Car il y avait raréfaction de la main-d'oeuvre disponible, des revendications des travailleurs et une baisse générale des prix. Le principe qui dit " Fad quod vis" a donc pour conséquences des émeutes paysannes( à Florence paticulièrement), un esprit de contestation plus fort du tiers-état, une dévaluation de la monnaie courante ( pratique établie depuis 1252 à Gênes) : un véritable chaos financier. " Les variations du cours des changes entre l'or et l'argent empoisonnèrent l'histoire monétaire de l'Europe et de l'Islam, de l'an Mille jusqu'à 1500, L'or et l'argent tendent à se substituer l'un à l'autre, i.e. glisser d'une zone à monnaie dépréciée vers une zone à monnaie forte"25.

Ainsi, les ravages et les déséquilibres économiques causés par les guerres diminuèrent considérablement ce que nous appelons le R.N.B. Donc, certains facteurs économiques comme l'agriculture et les sources d'énergie devront attendre le XVIII ème siècle pour dépasser vraiment le niveau atteint au Moyen Age. En établissant finalement une synthèse de cette révolution industrielle, car nous croyons que maintenant c'est une
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24 Jean Gimpel, op. cit. , p. 190
25 ibid., p. 213

réalité, on peut constater que "les XI, XII et XIII ème siècles ont créé une technologie sur laquelle la révolution industrielle du XVIII ème siècle s'est appuyée pour prendre son essor"26 . C'est à partir de l'ensemble des découvertes relatives à la navigation, à l'imprimerie et à la Prise de Constantinople que la culture occidentale retrouvera sa vigueur; c'est le phénomène des Grandes Découvertes...

IX- Conclusion personnelle: perspective nouvelle

J'ai donc essayé, au meilleur de mes connaissances et de mes lectures de tisser des liens entre les huit grand thèmes du travail de synthèse. Je ne crois pas avoir employé un langage toujours truffé de pâtisseries françaises mais du moins j'ai tenté d'être un émetteur à l'aise. En tout cas j'ai rassemblé quelques éléments du cours d'histoire de la civilisation occidentale et les ai intégrés à mon texte. Je termine en disant que c'est en fortifiant le passé que l'on peut se perfectionner et que ce n'est pas en racontant que le Moyen Age était une période obscure que les manuscrits enfouis dans les bibliothèques européennes pourront nous éclairer sur ce que j'appelle la REVOLUTION INDUSTRIELLE DU MOYEN AGE.

Bibliographie

Arondel. M. et al., Rome et le Moyen Age jusqu'en 1328, Paris, Bordas, 1964, p. 132 à 289.

Gimpel, Jean, La révolution indutrielle du Moyen Age, Paris, Seuil, 1975, 244 pages

Pernoud Régine, Lumière du Moyen Age, Paris, Grasset, 1981, pp. 9 à 71, 112 à 166, 183 à 190 et 232 à 240

Pietsch, Max, La révolution industrielle, Paris, Payot, 1961, pp. 5 à 109, 167 à 191.

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26 ibid., p. 9

Texte de Patrick White. copyright 1987 @

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