Le Centre Pompidou présente la première rétrospective de l’œuvre de Richard Rogers

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Le Centre Pompidou présente la première rétrospective de l’œuvre prolifique de son architecte et concepteur, Richard Rogers. L’exposition s’ouvre sur 40 ans de labeur artistique et scientifique rassemblés en quelque centaines d’œuvres complétées ou inachevées.

Photographies, croquis, témoignages, vidéos et inspirations créatives occupent l’espace baignée d’une abondante lumière naturelle, concept phare de la vision architecturale de Rogers. Une cinquantaine de maquettes des réalisations de la starchitecte Rogers sont présentées sur des tables formant des îlots disparates qui représentent autant de quartiers d’une ville imaginaire. Chacune des enclaves correspond à un des sept thèmes centraux de l'Agence Rogers Stirk Harbour + Partners (RSHP) : transparence, lisibilité, environnement, public, légèreté, systèmes et urbain.

Les premiers travaux de Rogers témoignent de l’importance accordée à la flexibilité et l’économie de construction, telle qu’en fait preuve la maison conçue pour ses parents en 1968-1969 sur un modèle Zip-Up (prêt-à-monter).

Image maison zip-up
La conception du Centre Georges-Pompidou (1971-1977) avec Renzo Piano sert ensuite de base réflexive sur l’intégration du bâtiment à l’échelle urbaine, concept phare des œuvres de l’architecte. D’autres réalisations majeures sont à l’honneur, notamment le Palais de Justice de Bordeaux (1992-1998), construit sur un site médiéval et investi de fortes préoccupations environnementales. Le Dôme du Millénium (Londres, 1996-1999) n’est pas en reste; sa toile de Téflon qui recouvre une surface de 100 000 m2 tendue sur des mâts d’acier, est présentée comme un véritable monument du génie civil. L’œuvre est l’essence même du concept de légèreté chez Rogers.

Les statuts de l’Agence RHSP stipule que «la pratique de l’architecture est indissociable des valeurs sociales et économiques des individus qui l’exercent et de la société qui la cautionne». Cette conception d’une architecture au service de la collectivité prend toute son importance dans la réalisation de l’École de Minami Yamashiro au Japon (1995-2003). L’établissement scolaire, situé dans le sud de Kyoto, a été commandé pour endiguer l’exode croissant de la population locale. L’école est maintenant un espace fédérateur qui accueille 400 élèves et un centre de services citoyens.
«Le choix d’une trame de 8,1 mètres, inspirée du tatami traditionnel, a donné un bâtiment évoquant l’élégance sobre qu’on associe généralement au Japon». La simplicité de l’école Minami Yamashiro n’est d’ailleurs pas sans rappeler un des témoignages marquants de l’exposition Rogers: «Un concept de l’Agence Rogers + Partners doit s’élaborer en cinq (5) minutes». La simplicité est à coup sûr intégrée, mais elle n’empêche nullement la créativité…

Autre œuvre clé de l’exposition, le Palais de Justice d’Anvers (1998-2005), présente une maquette à l’échelle 1/200 de l’établissement belge de quelque 77 000 mètres carrés. Les huit «doigts» effilés de la structure se déploient depuis un corps central et sont reliés par d’étroites passerelles (cf. photo). La stratégie environnementale a misé sur l’abondante lumière du jour et une ventilation naturelle, complétée par une ventilation lente dans les salles d’audience.
Par ailleurs, l’Agence est la propriété d’une Fondation, et des règles conventionnées dictent le salaire des Directeurs associés, qui ne peut être six fois supérieur à celui d’un architecte débutant sa carrière. Les bénéfices sont ensuite redistribués sous forme de dons à des associations caritatives.

La conscience et l’intégration sociale sont d’ailleurs au centre des travaux de Richard Rogers, pour qui l’architecture doit être comprise à juste titre en tant que véritable pilier du développement de nos sociétés.

Par Étienne Langlois

Photo : Palais de Justice d’Anvers 1/200

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