L'Amérique d'Ellroy

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26 juin 2010 - 15:10
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Ellroy est un génie dont les talents se déploient dans l'art mineur, celui du polar. Underworld USA est le dernier volet d'une trilogie qui est la suite de American Tabloid (1995) et American Death Trip ( 2001). L'auteur nous décrit une Amérique violente, glauque, raciste et homophobe. Il nous invente un monde où personnages historiques et personnages de fiction se rencontrent pour nous raconter une histoire complètement fantasmagorique. Car il faut le souligner à gros trait, nous sommes dans la pure fiction ici. Ellroy s'amuse avec l'Histoire et on aime ça.

Ce pavé de plus de 800 pages est impossible à résumer. Underworld USA s'ouvre avec un braquage d'un fourgon blindé dans un quartier populaire de Los Angeles qui tourne mal. Nous sommes le 24 février 1964. Quatre convoyeurs tués, trois braqueurs morts et le quatrième se tire avec seize sacs remplis de billets de banque et quatorze mallettes contenant des émeraudes. Cet événement reviendra habiter les personnages du roman : Scottie Bennett, un officier du LAPD, Don Crutchfield, un détective à la recherche de sa mère, Dwight Holly qui fait des rapports à Hoover, et Wayne Tedrow Junior, un ex-flic qui a fomenté le meurtre de son propre père.

Roman dense et cauchemardesque où s'échauffent Hoover, patron du FBI, les vieux parrains de la mafia, le multimillionnaire Howard Hugues, la CIA, le Ku Klux Klan, les trafiquants de drogue, les anti-castristes, les pervers de tout acabit, les flics violents, les gauchistes, les Black Panthers. Ellroy brosse ainsi un tableau d'une Amérique pourrie dont le mot d'ordre est la suprématie d'une droite dure et blanche. Corruption, meurtres, manoeuvres politiques, trahisons, assassinats, tout est en place pour nous faire croire, nous lecteurs, au complot.

Sur fond d'une Amérique en révolte où hippies, noirs, militants de gauche sont en clash avec les provocateurs de droite, Ellroy manipule habilement son lecteur avec son style incisif mêlé d'argots. La narration est nourrie de documents confidentiels, de dossiers de police, de transcriptions de conversations enregistrées et d'extraits de journaux intimes qui viennent soutenir l'aspect vraisemblable de cette histoire complexe à souhait. Car il faut le dire, ce roman est parfaitement labyrinthique. Il faut prendre des notes pour s'y retrouver, mais voilà la beauté de la chose : on se plaît à croire à ce complot tellement Ellroy maîtrise son art.

Underworld USA
de James Ellroy
Rivages/Thriller, 2010, 841 p.

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