«La Probabilité du Néant» : le street-dance au cœur de nos obsessions

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Sur la scène épurée du grand plateau du Théâtre Maisonneuve, Alexandra ‘Spicey’ Landé, chorégraphe montréalaise fondatrice de Bust A Move et de la compagnie EBNFLŌH, invite 8 danseurs de talent à exprimer à travers un street dance contemporain sa vision de la résilience.

Nindy Banks, Ja James ‘Jigsaw’ Britton Johnson, Jaleesa ‘Tealeaf’ Coligny, Kosisochukwu ‘Kosi’ Eze, James-Lee ‘Kiddy’ Joseph, Christina ‘Hurricane Tina’ Paquette, Alexandre ‘Bibiman’ Philippe-Beaudoin Elie-Anne ‘Rawss’ Ross occupent l’espace nu encadré de toiles de grande dimension permettant la projection d’ombres et d’images, et ce, dans une dimension sonore créée par Richard ‘Shash’U’ St-Aubin.

Trois mouvements dirigent cette création, la 6e d’Alexandra ‘Spicey’ Landé.

Dans un premier temps, il sera question d’individualisme à l’état pur. Les danseurs, déambulant parallèlement d’une extrémité à l’autre de la scène, vivent leurs vies, leurs émotions, leurs troubles, sans jeter le moindre regard à leurs voisins. Dans leurs mondes, ils ressassent. Les mouvements sont obsédants, répétitifs. Et les expressions des danseurs nous permettent de voir à chaque instant l’émotion intérieure ressentie : étonnement, crainte, joie…

Ce cycle sans fin est brisé par l’un des danseurs qui interpelle à voix haute les autres personnes présentes sur scène. Tour à tour ou ensemble, ils s’expriment. Les démons jaillissent : on a l’impression d’être les spectateurs d’une sorte de transe où, en l’espace de quelques minutes, les danseurs passent d’un silence intérieur à une surexpression de sentiments refoulés depuis trop longtemps.

Ce n’est que dans un troisième temps que la poussière retombe, du moins en apparence. Les vies se balancent grâce à un mélange de rencontres et de moments individuels. Les démons sont toujours présents dans certains gestes routiniers. Mais la vie continue.  

Alexandra ‘Spicey’ Landé réalise un travail remarquable. Elle nous ramène à nos vies d’isolement, à ce désir inexorable de partager et de vivre des moments à plusieurs, tout en gardant en tête qu’il y a quelque chose d’irréparable qui s’est produit et qui laissera une trace indélébile.

Personnellement, j’ai trouvé l’interprétation exceptionnelle. Attendez-vous à être touchés par chaque être unique qui, grâce à une maitrise parfaite du street-dance, parvient à exprimer des émotions profondes et sans filtre.

Petits bémols par contre. Le grand plateau du Théâtre Maisonneuve de la Place des arts est mal conçu pour la présentation d’œuvres dansées. La hauteur des sièges et la séparation des rangées a pu causer certains torticolis aux personnes plus petites notamment. Dommage.

Dommage également que les toiles encadrant la scène soient disposées librement. Au lieu d’un rendu brut, rappelant efficacement les histoires contées par chaque danseur, on a plutôt l’impression que trois draps de grande taille ont été étendus quelques minutes avant le spectacle. Au lieu d’être en présence d’un décor dramatique, on a l’impression de se réunir dans un sous-sol pour une projection entre amis.

Je vous invite à passer outre ces points négatifs et à découvrir La Probabilité du Néant, création présentée par Danse Danse jusqu’au 9 octobre à la Place des arts.

Pour en savoir davantage : https://www.dansedanse.ca/fr/ebnfloh-la-probabilite-du-neant

Crédit photo : Melika Dez.