"La poétique des ruines" de Diderot

1. a) Diderot nous présente principalement dans cette première partie son esthétique émotionnelle. C'est-à-dire que la critique d'art doit mesurer la beauté d'une oeuvre à son pathétisme donc à l'intensité de son émotion.

Cette critique de l'art se concrétise d'ailleurs dans le passage suivant: "L'étonnante dégradation de lumière! comme elle s'affaiblit en descendant du haut de cette voûte, sur la longueur de ces colonnes! comme ces ténèbres sont pressées par le jour de l'entrée et le jour du fond". Diderot dit que la peinture critiquée rend l'oeil muet, ainsi elle bouleverse et effraie. Cet élément de la critique d'art nous fait voir que c'est en présence d'un objet beau que l'homme éprouvera une intuition de son humanité totale, que les sentiments se concilient avec les idées, les intérêts des sens avec les lois de la raison. Diderot fait donc appel à son esthétique émotionnelle et à la beauté, accord vigoureux de toutes les facultés de l'homme.

L'autre élément de la critique d'art relevé dans cette deuxième partie est certes l'approche plus rationnelle de la peinture. En effet, Diderot décrit ici le fait que le peintre doit adapter exactement l'ouvrage à son objet, il mentionne entre autre que " c'est une grande galerie voûtée et enrichie intérieurement d'une colonnade qui règne de droite à gauche". C'est donc une analyse sommaire de la disposition convenante des objets de l'oeuvre du peintre que Diderot affectionne . En résumé, l'expérience nous fournit ici un exemple où les facultés rationnelles semblent réduites dans la mesure où les facultés sensibles se manifestent plus ardentes.

b) Je crois sincèrement que ces deux éléments de la critique d'art , s'ils sont pleinement développés, doivent être sous l'influence de la beauté et ainsi se limiter mutuellement car le rationnel empêche l'émotionnel d'exercer sa contrainte ( passion de l'âme). Dans ce sens, la beauté de l'oeuvre est un cadeau de la nature transmis par l'instinct du peintre. Diderot disait à cet effet que " La poétique des ruines" était d'une beauté qui rendait muettte. Par contre, il faut bien avouer qu'une personne pourrait au contraire dire que cette peinture ne l'attendrit pas, qu'elle n'est pas l'adaptation convenante à son objet: le beau est donc un sentiment relatif. Diderot présente ainsi une constatation personnelle sur la critique d'art. C'est pourquoi je respecte l'esthétique de Diderot car il juge de manière pathétique, il ne s'en remet pas à autrui. ( Il est intègre!)

2. Le ton de ces lignes est fort sarcastique, il est même mordant. Diderot se révolte contre les gens riches et stupides qui ne savent profiter de la richesse émotionnelle des peintures. Il s'étonne que ces charmes puissent être négligés par un propriétaire indolent. En fait, j'approuve le raisonnement de Diderot, je crois que généralement les personnes riches ( et profanes) s'approprient un chef-d'oeuvre de l'art dans le seul but de renforcer leur digne orgueil. J'apprécie le commentaire qui sous-entend qu'une personne indigente peut elle aussi apprécier la force de l'émotion de la même manière qu'un docte esprit l'apprécierait.

Ces considérations de Diderot nous sont amenées par le rythme de la phrase et par le choix des détails. En effet, la structure des deux premières lignes repose sur des exclamations, sur la légèreté des termes . C'est donc une notion de contraste que Diderot exploite ici, autant il louange les belles et sublimes ruines; autant il est dégoûté par les gestes des riches stupides.

4. Dans cette deuxième partie, plusieurs thèmes sont présentés. Tout d'abord, Diderot propose une considération humaine: le principe de la continuité de la vie. Cette réflexion se résume à ceci: l'homme est si passager, que là même où il a la certitude de son existence, il doit s'effacer et disparaître. Ainsi, le poète montre son inquiétude quant à la vie, il veut être immortel et se compare aux objets éternels tels les ruines et le flot perpétuel de l'eau. C'est une considération philosophique qui traite du sens du destin humain. Dans un deuxième temps, Diderot compare les ruines à un bon ami, à un témoin. Selon lui, il est rassurant de pouvoir sonder son
coeur à même un objet d'art. Il peut donc se promettre liberté de l'âme, des sentiments et des émotions: la contemplation d'un chef-d'oeuvre permet ainsi le recueillement. Finalement Diderot rompt " avec tous les embarras de la vie", il peut établir une relation avec la peinture, une relation calme, solitaire et douce. Tous ces thèmes s'enchaînent donc librement et traduisent les divers mouvements de la sensibilité du philosophe.

Pour terminer sur une note esthétique, nous pouvons citer un passage de Schiller qui disait que " l'oeuvre d'art est comme l'univers un être autonome, un organisme qui n'obéit qu'à sa propre législation, c'est-à-dire la règle de la beauté"1

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Schiller, Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme, Paris, Montaigne, 1943, p.25

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Le traité d'Aix-la-Chapelle

L'accession de Marie-Thérèse d'Autriche sur le trône de son père, Charles VI, décédé en 1740, plonge l'Europe dans une guerre. Ce mouvement de violence qui conteste la succession au trône d'Autriche met le feu aux poudres en Amérique. Les hostilités ne commencent vraiment qu'en 1744 lorsque la France déclare officiellement la guerre à l'Angleterre.

Louisbourg, sur l'Ile Royale, apprend la déclaration deux mois avant Boston. Les Français, voulant profiter de l'effet de surprise pour reprendre le territoire acadien perdu en 1713 (Traité d'Utrecht), passent à l'attaque contre le fort anglais Canso et tente vainement d'assiéger Annapolis. En mai 1745, la forteresse de Louisbourg, réputée comme étant imprenable par la métropole, subit un siège par terre ( 4500 soldats) et par mer. Entre 1746 et 1747, s'organisent, de France, deux expéditions pour tenter de reprendre Louisbourg et la Nouvelle-Ecosse. Deux échecs successifs font avorter la reprise de ces territoires.

Pendant ce temps, sur le continent, les Canadiens et leurs alliés Amérindiens mènent des guerres d'escarmouches dans les villages anglais frontaliers. Avec le traité d'Aix-la-Chapelle en 1748, mettant fin à la guerre de Succession d'Autriche, on retrouve en Amérique la même situation territoriale qu'avant la guerre, c'est-à-dire que le Cap Breton et Louisbourg reviennent à la France. Malheureusement, la Nouvelle-France est toujours dans une situation précaire car l'entrée du golfe Saint-Laurent demeure à la merci des Anglais et de leur puissante marine.

@ copyright 1986 Patrick White

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