«La métamorphose» de Kafka au TDP: un appel à la réflexion

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Du 22 septembre au 16 octobre 2021, le Théâtre Denise-Pelletier présente La métamorphose, d'après la nouvelle de Franz Kafka, écrite en 1912 et publiée en 1915. Dans une mise en scène dépouillée de Claude Poissant, la pièce raconte la métamorphose en monstrueux insecte d'un jeune représentant de commerce.

Le synopsis

Un matin, le jeune Gregor Samsa, représentant de commerce tenant un magasin de tissus, est littéralement incapable de sortir de son lit... C'est que, durant la nuit, son corps s'est transformé en insecte monstrueux. Ainsi, son thorax s'est transformé en cuirasse de scarabée, ses pieds en mille pattes et sa voix est devenue « une voix de bête ». Cependant, sa pensée demeure humaine... Il se fait beaucoup de soucis pour son retard au travail. Sa famille (son père, sa mère et sa jeune sœur Grete), de même que son associé - qui arrive en trombe - tentent désespérément de le faire sortir de sa chambre aux portes verrouillées... Son associé lui reproche son manque de productivité et le fait que son retard lui fasse perdre de l'argent. Après de longues minutes, Gregor parvient à passer la tête par l'entrebâillement de la porte, et c'est alors l'effroi pour tous : son associé part en courant, sa mère s'évanouit et son père chasse violemment Gregor, à coups de canne, dans sa chambre...

Parallèlement, la situation de la famille nous est présentée. Le père, qui a fait faillite, demeure inactif à la maison, tel un poids mort, et s'endort souvent directement sur sa chaise. La mère ne travaille pas, tandis que la scolarité musicale de Grete lui est refusée, faute d'argent. Tout le fardeau financier de la famille repose donc sur les épaules de Gregor. Ainsi, sa transformation – et son incapacité à travailler – bouleversera toute la situation de la famille.

Gregor se transforme de plus en plus en insecte rebutant et malodorant. Sa famille l'enferme dans sa chambre, redoutant qu'on sache qu'ils hébergent un tel monstre. Même si Gregor réapparaît à plusieurs reprises dans la même pièce que sa famille, il est maintenant devenu « invisible » pour eux. Ils ne lui adressent plus la parole et l'ignorent complètement. Seule sa sœur continue à le nourrir, en posant un bol par terre. Un soir, alors que Gregor sort de sa chambre, son père tente de le tuer en le bombardant de pommes. Il ne parvient qu'à le blesser et la blessure s'infecte de plus en plus. Son état se détériore. Il ne mange plus. Grete propose de se débarrasser de l'insecte : ce qui est très bien accepté par la famille. Gregor, désespéré, meurt, et son cadavre desséché est retrouvé le lendemain par la femme de ménage. La famille est soulagée et entreprend alors un nouveau départ.

Face à l'invalidité de Gregor – et à son incapacité de rapporter de l'argent à la maison - sa famille revit et recommence à s'activer. Le père devient banquier, la mère fait de la couture et Grete reprend le violon. Ils prennent également des locataires. Grete se marie et la famille déménage, pour rompre avec les mauvais souvenirs ainsi que la puanteur qu'a laissés Gregor...

Quelques pistes de réflexion

Ouf! Quelle histoire! Comment interpréter tout cela? Car, bien sûr, l'histoire ne doit pas être regardée et comprise qu'au premier degré. Ainsi, des centaines d'interprétations ont été formulées au cours des cent dernières années...

Voici quelques-unes de mes réflexions... Est-ce que le mal-être d'un individu au sein de sa famille peut aller jusqu'à le rendre malade, invalide? Est-ce que l'invalidité serait une façon de se libérer du joug qui pèse sur un individu qui n'en peut plus de subir les pressions sociales et familiales? Est-ce bien de la métamorphose de Gregor qu'il est question ici ou plutôt de celle de sa famille? Serait-ce Gregor, l'individu sain, et sa famille qui est malade?

Il est intéressant de constater que c'est seulement à la mort de Gregor que sa famille revit, qu'elle se prend en mains... Gregor, par sa transformation, rejette violemment son carcan social et familial. C'est, en quelque sorte, un suicide social, personnel et familial.

Et la société reprend alors ses droits... sans les éléments contestataires de celle-ci...

La mise en scène est sobre. Il est préférable de connaître l'histoire avant d'aller voir la pièce. Personnellement, j'aurais apprécié que Gregor (Alex Bergeron) porte certains accessoires, lorsqu'il se transforme en insecte, car cela aurait permis de distinguer les moments où il est lui-même de ceux où il est un insecte. Il faut souligner la performance du comédien, lorsqu'il se transforme sous nos yeux en insecte. Des scènes « d'Aliens » nous reviennent en mémoire.

AVEC GENEVIÈVE ALARIE
ALEX BERGERON
MYRIAM GABOURY
ALEXANDER PEGANOV
SYLVAIN SCOTT

Durée : 1 h 30

Crédit photo : Gunther Gamper

La Métamorphose - Théâtre Denise-Pelletier