«La Grande Mêlée», le dernier livre de Michel Tremblay: la fin du puzzle.

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Michel Tremblay a lancé lundi La Grande Mêlée, son dernier livre. Trait d'union entre La Saga des Desrosiers et les Chroniques du Plateau Mont-Royal, La Grand mêlée est l'indispensable pièce qui achève un puzzle littéraire commencé il y a plus de 40 ans. L'histoire ou plutôt LES histoires de ces 28 personnages qui se rencontrent à l'occasion du mariage de Nana et Gabriel. Mais est-ce vraiment la dernière pièce du puzzle ? Nous avons rencontré le principal intéressé pour le savoir.

Michel Tremblay, le point au bas de la page 273 est-il un vrai point final ?

C'est un point final... pour le moment. Le squelette est là et sérieusement, c'est une question que je me pose. Quand un peintre sait-il que son tableau est fini ? On peut toujours donner un dernier coup de pinceau. C'est la même chose pour un livre, c'est difficile de savoir quand c'est vraiment fini. Je peux toujours mettre de la nouvelle « viande ».

Vous vous laissez donc l'option d'écrire à nouveau sur ces familles

Oui, comme disent les Américains, il y a toujours la possibilité de faire un spin-off, de partir d'un personnage et de continuer l'histoire autour de lui.

Votre roman se situe en 1922, comment vous êtes-vous approché de la réalité de ce Québec que vous n'avez pas connu ?

Je fais appel à deux recherchistes qui travaillent avec moi depuis les débuts de la « Diaspora ». Ils me trouvent des tas de détails: ce qui se jouait au théâtre, au cinéma, ce qui se vendait, combien coûtaient les choses etc. Je pars chaque année à Key West avec une tonne de documentation et je passe trois semaines à les lire. C'est par ces détails-là que j'arrive à décrire et à construire mes personnages. Ces détails d'époque sont très important pour donner l'illusion de la vraisemblance. Grâce à leur documents j'ai appris que le Paris pâté existait déjà au début du XXe siècle. Je m'en suis servi dans le livre. Ça donne de la crédibilité à l'action. Je lis aussi beaucoup sur la période concernée.

Essuyez-vous encore des reproches d'écrire en joual ?

Ça arrive rarement, mais ça arrive encore, surtout de la part des professeurs de Français. Mais j'ai trouvé la réponse. Je leur dit «Je vous comprends, vous enseignez le Français, mais moi non, je suis un témoin de mon époque, alors laissez-moi faire ma job et faites la vôtre. Nous ne fréquentons pas la littérature pour les mêmes raisons».

Le Plateau Mont-Royal que vous avez décrit de nombreuses fois a bien changé, il vous plaît aujourd'hui ce quartier ?

Il n'a rien à voir avec le quartier que j'ai connu bien sûr. Je suis triste d'une certaine façon, mais je m'y suis habitué disons. C'est un phénomène normal d'évolution d'une ville. Les quartiers pauvres se gentrifient, comme Harlem à New York qui est devenu un quartier à la mode ou les quartiers autour du Canal Lachine à Montréal.

Vous dites souvent devoir beaucoup à votre tête de cochon. Mais est-ce qu'elle vous a aussi fait rater des opportunités cette tête de cochon ?

Rien. J'ai toujours assumé ce qui m'était arrivé grâce ou à cause d'elle. Comme tout le monde, je me pose des questions, mais je ne suis pas tuable, en plus d'avoir frôlé la mort deux fois, et les mauvaises critiques ne me découragent pas. Je sais où je m'en vais, et rien ne peut m'arrêter. Ce n’est pas une qualité, c'est une chance...

Pour ceux qui voudraient se plonger dans ce puzzle de façon chronologique, Michel Tremblay donne à la fin de La Grande Mêlée la liste complète des oeuvres qui le composent. Quelques heures de lecture en perspective vous attendent...

La Grande Mêlée de Michel Tremblay
Leméac / Actes Sud

Texte et photo : David Nathan
david@davidnathan.ca
www.twitter.com/davidnathan