«La Goûteuse d'Hitler» : un roman à lire comme un film

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Margot Woelk

En apercevant le titre de ce roman, j’ai aussitôt été intriguée par son histoire, par l’Histoire de ce pan tant connu de la Seconde Guerre mondiale et pourtant si peu exploité dans les œuvres en général.

La Goûteuse d’Hitler, roman écrit par Rosella Postorino, m’a alors accompagnée cette semaine; j’ai été transportée par une foule d’émotions qui ont brouillé de temps à autre la juste valeur de cette œuvre littéraire… Je vous expliquerai pourquoi!

Une histoire tirée de faits réels

Rosella Postorino s’est inspirée de la vie de Margot Wölk qui, à l’âge de 96 ans, a dévoilé en 2012 une sombre époque de sa vie durant laquelle elle était prisonnière comme goûteuse d’Hitler.

Juste au moment où j’ai trouvé son adresse et que je lui ai écrit pour qu’on puisse se rencontrer, elle est décédée. Donc, je n’ai pas écrit son histoire : je n’aurais jamais pu sans la connaître. Mais je pouvais inventer l’histoire d’un personnage inspiré de son témoignage, et c’est ce que j’ai fait.

— Rosella Postorino, romancière

L’histoire de Margot Wölk

En 1942, Margot Wölk avait 24 ans et fuyait Berlin qui croulait sous les bombardements. La jeune femme dont le mari était parti à la guerre a été accueillie chez sa belle-mère à Groß-Partsch. Cependant, peu de temps après son arrivée, Margot Wölk fût choisie comme goûteuse d’Hitler et se retrouva prisonnière avec 14 autres femmes ayant le même devoir : goûter chaque plat du Führer afin de vérifier qu’il n’est pas empoisonné.

On vivait dans la peur et celles qui au début étaient convaincues par cette idéologie ont vite perdu leurs illusions.

— Margot Wölk, goûteuse d'Hitler

Margot Woelk

Allez à la fin de l'article pour visionner le reportage qui a été tourné en sa compagnie.

Reconstitution historique

Étant donné que Margot Wölk est décédée avant que Rosella Postorino n’ait pu lui parler de son passé, l’auteure a fait de nombreuses recherches et visité les lieux historiques où Margot a vécu… autant vous dire que la reconstitution historique est enveloppante! J’ai été plongée dans ce roman et je ne comptais pas les pages. C’était comme si je regardais un film; les personnages se définissent au fil des péripéties et les lieux se distinguent à chaque aller-retour de Rosa Sauer, la protagoniste.

Le seul point que je n’ai toujours pas digéré, c’est le fait qu’on oublie pratiquement le danger guettant Rosa à chaque bouchée. Au début, tout est décrit de sorte qu’on surveille à chaque page laquelle des goûteuses sera empoisonnée en premier. Après un moment, cet élément central où tourne le titre même du roman est écarté et laisse place à une histoire d’amour ce qui n’est pas tout à fait judicieux, à mon sens. Comme lecteur, nous devrions avoir peur pour les personnages et ce n’est pourtant pas le cas.

L’amour pendant la guerre

Rosa parle de son mari en lui exprimant son amour ou en lui reprochant d’être parti à la guerre : on se demande si elle le reverra un jour, s’ils vivront heureux ensemble, s’ils auront un enfant et, alors qu’on se pose toutes ces questions, la protagoniste tombe sous le charme du commandant Albert Ziegler.

Cette relation, qu’elle soit amoureuse ou seulement physique, ne m’a fait ni chaud ni froid – je n’étais pas capable de m’investir pleinement comme lectrice. Le roman tourne pendant quelques pages autour de Rosa et Albert qui vivent des instants de complicité comme d’éloignement, mais c’est comme si cette histoire d’amour n’était pas assez forte pour avoir un réel poids avec le vrai sujet du livre : les goûteuses d’Hitler.

Par contre, je pense que l’auteure souhaitait à la fois souligner la bravoure de ces femmes tout en montrant aussi que la vie continue même si elle est parfois teintée de nostalgie et de regrets.

La narration

J’ai particulièrement aimé le style d’écriture de Rosella Postorino; sa narration m’a plongée dans cet univers de survie et de peur où prédominent malgré tout des amitiés sincères, vitales.

La narratrice, Rosa, nous raconte son histoire. À travers son périple de saveurs, elle nous tient par la main, nous apporte partout où elle va en nous décrivant les lieux ainsi que les autres personnages. Nous avons l’impression d’y être, de suivre sa vie comme si nous étions dans la peau de Rosa; nous apprenons à mieux connaître les autres goûteuses au fur et à mesure que la jeune femme apprend elle aussi à les connaître. Grâce à cette proximité qui est établie entre la protagoniste et le lectorat, j’ai rapidement lu le roman en me sentant consternée par les événements de la guerre.

Rosella Postorino

En somme

La Goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino a été pour moi une découverte surprenante dotée de passages littéraires parfois délicats, parfois insolites. Je me suis laissée porter par cette histoire tirée de faits réels et elle a su me captiver du début à la fin.

Certains choix narratifs m’ont toutefois laissée perplexe comme la quantité de personnages; il manquait une attention particulière à certaines amies de Rosa et je m’y perdais par moment. Aussi, je me suis demandé si certains passages étaient plausibles comme les débuts de la relation amoureuse entre Rosa et Albert… je vous laisse en juger par vous-même.

Malgré ces points qui n’ont été finalement que des détails lors de ma lecture, je vous recommande ce livre que ce soit pour sa reconstitution historique remarquable, sa narration immersive ou sa morale à la fin qui met l’accent sur les réels questionnements importants à se poser sur notre propre existence – à commencer par : ai-je fait le bon choix?

Résumé du roman

1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisée à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa. Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité des autres goûteuses. Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir.

Pour se procurer un exemplaire, cliquez ici : https://www.leslibraires.ca/livres/la-gouteuse-d-hitler-rosella-postorino-9782226401854.html.

Citation de Rosella Postorino tirée de l'article suivant : https://www.journaldequebec.com/2019/07/13/risquer-sa-vie-pour-un-monst….