La désinformation au Brésil sous le gouvernement de Jair Bolsonaro durant la pandémie de Covid-19

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La désinformation au Brésil

Par Eddy Célestin[1], sous la supervision de Patrick White, professeur de journalisme, École des médias, Université du Québec à Montréal (UQAM), dans le cadre du stage de recherche Mitacs Globalink.

@ copyright 2021 - Eddy Célestin et Patrick White - Aucune reproduction sans autorisation.

Résumé

Depuis l’arrivée de Jair Messias Bolsonaro comme président du Brésil et même avant cela, c’est-à-dire durant la période des élections de 2018; la désinformation est devenue de plus en plus présente au pays. Cette désinformation s'effectue principalement sur les réseaux sociaux, certains auteurs parlent même d’une épidémie de fausses nouvelles qui se serait emparée du Brésil. Et avec le développement de la pandémie de Covid-19, la situation est devenue plus préoccupante. Le président Bolsonaro, connu pour son autoritarisme, ses attaques racistes, sexistes et ses fausses accusations de corruption; utilise les mêmes techniques pour décrédibiliser l’approche scientifique dans le combat contre la Covid-19. L’objectif de cette recherche consiste en l’analyse et la compréhension du mécanisme derrière ce processus de désinformation, au Brésil, en temps de Covid-19 sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie instantanée comme WhatsApp.

Mots-clés: Désinformation. Brésil. Covid-19. Jair Bolsonaro. Réseaux sociaux, Fake News

Abstract

Since the arrival of Jair Messias Bolsonaro as president of Brazil and even before that, that is to say during the period of the elections of 2018; disinformation has become increasingly prevalent in the country. This disinformation is carried out mainly on social networks, some authors even speak of an epidemic of Fake News which has taken hold of Brazil. And with the development of the pandemic linked to Covid-19, the situation has become more worrying. President Bolsonaro, known for his authoritarianism, his racist and sexist attacks and his false accusations of corruption; continues to proceed by the same techniques to discredit the scientific approach in the fight against Covid-19. The objective of this research is to analyze and understand the mechanism behind this process of disinformation, in Brazil, in times of Covid-19 on social networks and instant messaging applications such as WhatsApp.

Keywords: Disinformation. Brazil. Covid-19. Jair Bolsonaro. Social networks, Fake News

Introduction

Un mensonge 1000 fois répété devient « vérité », cette phrase illustre bien la situation de la propagation de «Fake News» dans la campagne présidentielle de Jair Bolsonaro en 2018; une perspective inspirée de Joseph Goebbels, chef de la propagande nazi (WEBB; PALMEIRA, 2018). La campagne présidentielle de Jair Bolsonaro a été mise à profit par l’utilisation puissante de fausses nouvelles insérées dans des publications et des vidéos sur les réseaux sociaux numériques tels que YouTube, Facebook, WhatsApp et Twitter (BAVA, 2020).

Parmi les fausses nouvelles, celles liées au «kit gay» et à «l'idéologie du genre» se sont démarquées. Deux jours après le second tour de l'élection présidentielle, le magazine Veja a rapporté que le Tribunal Superior Eleitoral (Tribunal Suprême Electoral) (TSE) avait ordonné la suppression des fausses nouvelles disséminées par Bolsonaro concernant un prétendu « kit gay ». Selon le périodique, le candidat à la présidentielle de l'époque avait publié sur YouTube et Facebook des vidéos, images et discours dans lesquels il critiquait le livre Aparelho Sexual e Cia. (Appareil Sexuel et Co.), le liant malhonnêtement au projet Escola Sem Homofobia (École Sans Homophobie), surnommé péjorativement le « kit gay » (MARANHÃO FILHO; COELHO; DIAS, 2018).

Dans une vidéo YouTube, Jair Bolsonaro a déclaré que le livre stimulerait un intérêt sexuel précoce chez les enfants, comme la pédophilie, ce qui visait évidemment à provoquer chez son public un sentiment de terreur sociale et de diabolisation de l'ennemi à combattre : le livre fallacieusement lié au « kit gay ».

Jair Bolsonaro a utilisé de manière systématique les fausses nouvelles durant sa campagne électorale pour la présidentielle au Brésil en 2018 (WEBB; PALMEIRA, 2018). Son élection au pouvoir a un impact dévastateur sur la société brésilienne (WEBB; PALMEIRA, 2018), avec des politiques qui ciblent les plus marginalisés. Le président cimente sa propre base de pouvoir, qui se situe au sein des trois blocs au Congrès national, ces blocs sont répartis de la manière suivante: «Bœuf, Bible et Balles». Bœuf pour le secteur agroalimentaire et ses lobbyistes. Bible pour les chrétiens évangéliques. Et enfin, Balles qui concerne le lobby sur les armes à feu au Brésil, cette branche est représentée au parlement par les députés fédéraux désireux d’assouplir la législation sur les armes à feu.

Avec l’apparition de la pandémie de Covid-19, loin de s’améliorer, la situation s’est aggravée au pays et la propagation systématique de fausses nouvelles s'est accru, souvent avec l’aide de Jair Bolsonaro (FALCÃO; SOUZA, 2021). L’objectif de cette recherche consiste en l’analyse et la compréhension du mécanisme derrière ce processus de désinformation, au Brésil, en temps de Covid-19 sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie instantanée. Il s’agit de voir aussi, comment le président Jair Bolsonaro a participé à ce processus qui a eu et continue d’avoir un impact considérable sur la société brésilienne. Mais quand on dit désinformation, Fake News, de quoi parle-t-on? Il est important de délimiter le sujet pour bien se situer dans le débat.

Revue de la littérature sur le sujet

Parmi les auteurs qui ont travaillé sur la désinformation et les fausses nouvelles, on retrouve ceux qui font une distinction entre les fausses nouvelles, en général, et l’étude des fausses nouvelles, en particulier (VENTURINI, 2018). Il existe aussi des auteurs qui préfèrent parler de manipulations de l’information et qui voient cette manipulation comme un défi pour les démocraties (VILMER et al. 2018). Igounet et Reichstadt (2018), considèrent le négationnisme et le complotisme comme des exemples typiques de désinformation. Tandis que certains traitent de la désinformation dans une perspective opérationnelle (KLEN, 2016), c’est-à-dire, basée sur la simulation, l’imitation, l’intoxication et l’art du masque.

Latzko-Toth (2018), propose une réflexion sur l’écosystème des Fake News ou la structure de la désinformation numérique; il réfléchit sur les fausses nouvelles comme des éléments d’un écosystème médiatique alternatif. Alors que Silva et Melo (2020), étudient les  Fake News sous l’angle des frontières du journalisme et de la circulation de la désinformation sur la santé. Proulx (2018), affirme que la propagation des Fake News dévoile une interrogation plus profonde concernant la mutation contemporaine des médias d’information et des conditions difficiles d’exercice du journalisme professionnel actuellement. Ce phénomène est aussi un révélateur social de la crise de confiance en la démocratie représentative qui s’exprime de plus en plus vivement dans les sociétés néolibérales contemporaines.

D’après Trudel et Thibault (2018), il faut souligner les mutations de l’environnement de production et de circulation de l’information produites par la numérisation. Et donc, le fait que les fausses nouvelles présentent de nouveaux visages, et par conséquent, proposent de nouveaux défis aux sociétés contemporaines. Nouveaux défis, pourquoi? L’un des défis est la difficulté d’arbitrer la «vérité». Régulariser les processus qui génèrent les fausses informations devient essentiel dans cet arbitrage. Face aux mutations qui changent aussi radicalement les conditions de consommation, mais aussi les conditions de rentabilité des médias, il devient difficile d’envisager la régulation des contenus en ligne dans le but de prévenir ou au moins d’identifier et de rendre plus risquée la diffusion de fausses nouvelles (TRUDEL; THIBAULT, 2018).

Le débat autour des termes «désinformation» et «Fake News»

Dans l’introduction du livre Les Manipulations de l’information : un défi pour nos démocraties (2018), on retrouve un panorama historique sur l’utilisation de la manipulation de l’information, une explication sur le sujet pour poser les bases de ce qui y est traité et la manipulation de l’information comme enjeu.

Les auteurs commencent par montrer que la manipulation par production, rétention ou déformation est aussi vieille que l’information, que la vie en société, puisqu’elle lui est consubstantielle. Dans les ruses de guerre par exemple, pour le montrer, le texte parle de «la guerre de Qadesh en 1274 avant notre ère, par exemple, les Hittites auraient utilisé de fausses informations transmises aux Égyptiens, pour influer sur le sort du conflit» (VILMER et al., 2018, p. 17). La théorisation sur la manipulation de l’information existe aussi depuis l’Antiquité. Cette théorisation apparaît dans des ouvrages comme l’Arthashâstra indien du IVe siècle avant notre ère, les Dialogues de Platon et la Rhétorique d’Aristote ou encore, plus récemment, L’Art de persuader de Pascal (1660) ou L’Art d’avoir toujours raison d’Arthur Schopenhauer (1830) (Ibid.).

Au XXe siècle aussi, la désinformation a une longue histoire. Les Protocoles des Sages de Sion (1901) constituent un premier exemple très important de cela. Le totalitarisme et la Guerre froide (1946-1989) ont aussi joué un rôle prépondérant dans la propagation de la désinformation. On a des exemples comme, les campagnes soviétiques voulant attribuer à un complot de la Central Intelligence Agency (CIA) l’assassinat de Kennedy (1963) ou l’épidémie du sida (opération Infektion, 1983-1987) ( VILMER et al., 2018, p. 18).

Cette longue histoire fait que le sujet souffre d’une confusion terminologique (VILMER et al., 2018). Confusion terminologique qui trouve sa base dans la profusion des termes non préalablement définis, utilisés comme synonymes. Parmi ces termes on retrouve «propagande», « désinformation », « Fake News » et « post-vérité » mais aussi tous types de « guerre » (de l’information, psychologique, politique, idéologique, subversive, hybride, etc.). Cette confusion rend possible la minoration du problème en expliquant que tout est propagande.

Sur cette base, les auteurs ont jugé opportun et fondamental de procéder à une clarification terminologique comme préalable indispensable. Pour ensuite, défendre la terminologie qui semble le mieux adaptée à la situation, celle de « manipulation de l’information ». Selon eux, il est question de cerner précisément les contours et de démontrer que la question n’est pas un faux débat, puisque ces manipulations sont efficaces et ont une grande capacité de nuisance (VILMER et al., 2018).

Alors, ils posent une question. De quoi parle-t-on? Pour répondre à la question, ils passent en revue les définitions d’un ensemble de notions en rapport avec le sujet, des notions classiques comme (influence, propagande, désinformation) et des néologismes comme (Fake News, post-vérité, fact-checking).

Ils commencent par le terme Fake News, le plus utilisé y compris en français, et traduit comme «fausses nouvelles» alors que selon nos auteurs il serait mieux de parler d’informations falsifiées, contrefaites ou forgées. Les auteurs rejettent ce terme pour deux raisons :

  1. parce qu’il est trop vague et ne permet pas de rendre compte du fait qu’une partie du problème vient aussi d’informations qui ne sont pas « fausses » à strictement parler;
  2. parce que le terme est devenu tellement galvaudé qu’il en vient parfois, et même chez certains chefs d’État comme Donald Trump (2017-2021), à désigner l’ensemble des nouvelles qu’ils n’aiment pas, et finalement à incarner une forme de populisme hostile à la liberté de la presse.

Ensuite, ils passent à la notion de «propagande» définie comme une tentative en vue d’influencer l’opinion et la conduite de la société pour que les personnes puissent adopter une opinion et une conduite déterminée. Cette notion est elle aussi trop vague et, surtout, elle s’applique mal à l'objet, car «elle implique la défense d’une vision du monde alternative, élément qui fait précisément défaut aux phénomènes actuels, essentiellement centrés sur le dénigrement des autres» (op. cit., p. 19).

Ils soutiennent que la désinformation est généralement définie comme la diffusion d’informations délibérément fausses ou trompeuses. Elle se distingue de la «mésinformation» (misinformation), qui n’est pas intentionnelle. Le problème bien entendu est que l’intention n'est pas toujours claire et ne peut être que supposée. Selon eux, la désinformation serait le moins mauvais des vocables courants, mais il est à la fois trop large et trop étroit (VILMER et al., 2018). Trop large parce qu’il inclut aussi la désinformation qui n’a pas vraiment d’intention hostile. Et trop étroit parce que tous les problèmes rencontrés ne sont pas de la désinformation stricto sensu. Parfois, l’information n’est pas fausse mais simplement exagérée, ou biaisée, ou encore présentée de façon très émotionnelle.

Pour aller plus loin, les auteurs utilisent une définition du terme «désinformation» venant d’experts européens de la Commission européenne, une définition qui apparaît dans le rapport intitulé A Multi-Dimensional Approach to Disinformation, Report of the Independent High Level Group on Fake News and Online Disinformation. Cette définition se présente sous la forme suivante : «la désinformation désigne des informations dont on peut vérifier qu’elles sont fausses ou trompeuses, informations qui sont créées, présentées et diffusées dans un but lucratif ou dans l’intention délibérée de tromper le public et qui sont susceptibles de causer un préjudice public».

Pour toutes les raisons présentées, les auteurs préfèrent utiliser le terme générique de «manipulation». Le terme «manipulation» est plus inclusif. Les auteurs affirment que «la manipulation est délibérée (elle suppose l’intention de nuire) et clandestine (ses victimes en sont inconscientes). Ils s'intéressent aux manipulations de l’information cumulant trois critères : une campagne coordonnée, de diffusion de nouvelles fausses ou sciemment déformées, avec l’intention politique de nuire» (op. cit., p. 21).

Certains auteurs établissent une distinction entre les fausses nouvelles en tant que telles, d’une manière générale, et l’étude des fausses nouvelles en particulier. C’est le cas de Tommaso Venturini qui traite de l’étude des fausses nouvelles.

Venturini (2018) présente cinq raisons «pour ne pas parler de fausses nouvelles». L’auteur soutient qu’il n’est pas honnête de prétendre au titre d'expert des fausses nouvelles, tout simplement parce qu’il n’existe aucun moyen sérieux de délimiter ce champ d’expertise. Les cinq raisons pour lesquelles il soutient que son article ne traite pas des fausses nouvelles sont les suivantes :

  1. L'ambiguïté du terme. Citant la récente étude de Tandoc, Lim et Ling (2018), des auteurs qui ont passé en revue 34 articles qui présentent une définition des fausses nouvelles; Venturini déclare que ces définitions désignent «des phénomènes aussi différents que la satire, la parodie, la fabrication, la manipulation, la publicité intégrée (native advertising) et la propagande» (VENTURINI, 2018, p. 18).
  2. La deuxième raison, c’est le caractère scientifiquement imprécis et politiquement dangereux du terme, pouvant être utilisé comme une arme pour discréditer des sources d’informations adverses. L’ex-président américain Donald Trump en a donné plusieurs exemples durant son mandat (2017-2021), attaquant les informations des médias indépendants en les questionnant et en les réfutant.
  3. L’assimilation des fausses nouvelles à des forces internes de la désinformation, en particulier, à la propagande pose problème. Au lieu de cibler les dangers spécifiques de cette forme contemporaine de désinformation, la montée des fausses nouvelles tend à mobiliser les mêmes préoccupations longtemps soulevées par la propagande classique.
  4. La quatrième raison pour laquelle Venturini considère que son article ne traite pas des fausses nouvelles, c’est le fait de considérer l’avènement des fausses nouvelles comme le début d’une «ère de post-vérité». L’auteur soutient que la notion de «fausses nouvelles» est trompeuse, dans la mesure où elle prétend que les informations malveillantes sont «fabriquées» et que les vraies proviennent directement de la réalité. Cette conception pose un problème sérieux, en ce sens qu’elle nie l’essence de la médiation journalistique consistant à sélectionner, combiner, agencer, traduire et présenter différents éléments d’information.
  5. La cinquième et dernière raison est que les fausses nouvelles véhiculent l’idée que le but principal de ces histoires est d’amener les lecteurs à les croire. Alors que de nombreuses fausses nouvelles circulent sans demander l’adhésion cognitive du public.

Après avoir posé les bases de sa présentation, c’est-à-dire, après avoir désigné le sujet de son article qui est l’étude des fausses nouvelles, écartant les fausses nouvelles en général, l’auteur montre qu’il est possible de parler de façon positive des fausses nouvelles. Il caractérise l'engouement pour les fausses nouvelles comme un effet de mode et déclare même l’avoir testé. Ce test a eu lieu après l'élection présidentielle française de 2017 remportée par Emmanuel Macron.

Mathieu Jacomy, Anders Munk et moi-même avons décidé de suivre l’histoire qui s’approchait le plus de l’archétype de la fausse nouvelle – l’équivalent français du canular « Pope endorses Trump » (www.snopes.com/pope-francis-donald-trump-endorsement/). Nous avons choisi une histoire selon laquelle Emmanuel Macron (qui a fini par remporter les élections) était homosexuel et soutenu par un lobby gai. Chose remarquable, alors que des dizaines de sites Web et des comptes de médias sociaux ont retransmis l’histoire, la grande majorité d’entre eux l’ont fait en l’étiquetant explicitement comme une fausse nouvelle. Outre la publication originale sur le site de l’agence d’information russe Sputnik News (fr.sputniknews.com) et quelques comptes Twitter et pages Facebook assez marginaux, peu de sources ont présenté l’histoire comme étant crédible. La plupart des sites qui ont mentionné l’histoire l’ont fait dans le but de la démystifier et surtout pour présenter un exemple type de fausse nouvelle française (VENTURINI, 2018, p. 22).

Cette histoire sur Emmanuel Macron n’a pas eu beaucoup d’effet, contrairement aux histoires qui circulaient lors des élections américaines de 2016. L’auteur en est venu à un constat, en lieu et place de la «fausseté», c’est la «viralité» qui devrait être considérée comme la signature d’une fausse nouvelle. Selon lui, les fausses nouvelles ne se propagent pas parce que les gens y croient (bien qu’ils y croient souvent), mais parce que les journalistes, les blogueurs et les utilisateurs des médias sociaux aiment en parler.

D’autres auteurs analysent les «fausses nouvelles» comme des éléments faisant partie d’un écosystème médiatique alternatif. La montée de la «désinformation numérique», couramment désignée en anglais par le terme de Fake News, revêt un caractère multifacette et multidimensionnel (LATZKO-TOTH, 2018). Latzko-Toth affirme ensuite que son travail se base sur la recherche empirique sur les fausses nouvelles, menée par Kate Starbird, professeure à l’Université de Washington (Seattle).

Kate Starbird utilise Twitter comme fenêtre pour effectuer une observation de la circulation des fausses nouvelles et «propose une cartographie des instances de leur production et de leur diffusion» (LATZKO-TOTH, 2018, p. 51). À partir de ces éléments, elle arrive à proposer un concept, son nom, «écosystème médiatique alternatif». Qu’entend-elle par écosystème médiatique alternatif? Selon Starbird, dans son texte intitulé Information Wars : A Window Into the Alternative Media Ecosystem (2017), l’écosystème médiatique alternatif est un ensemble de sites Web et de comptes de médias sociaux qui sont, dans une certaine mesure, associés à la diffusion régulière de discours et de récits « alternatifs », en d’autres termes, des récits qui contestent l’interprétation des faits par les médias « officiels ».

Latzko-Toth (2018) propose une réflexion sur l’écosystème des Fake News ou la structure de la désinformation numérique. Il soutient que :

[...] les fake news ne seraient qu’un élément d’un écosystème ; un type particulier de «récits» conçus pour instiller le doute envers les discours prétendant décrire les faits. Ces contenus, produits à la chaîne au moyen d’un répertoire de procédés rhétoriques (thèmes récurrents, attribution trompeuse, techniques de camouflage...), et émis par des sources robotisées (ou des petites mains engagées par des «fermes de clics 2») qui donnent l’apparence de la multiplicité et de la diversité ; peu d’auteurs, peu de contenus originaux, mais recopiés sous différentes formes dans un grand nombre de sites administrés par une poignée d’organisations (p. 54).

Ainsi, on peut remarquer que le concept d’écosystème médiatique alternatif proposé par Starbird, paraît très séduisant. Mais, il comporte des ambiguïtés terminologiques (LATZKO-TOTH, 2018). Effectivement, le terme «média alternatif» présente quelques problèmes, parce qu’il peut porter à confusion et créer des malentendus. L’auteur nous montre que si “on ne peut écarter a priori l’idée que certains sites de Fake News puissent relever des médias alternatifs proprement dits» (LATZKO-TOTH, 2018, p. 55), pour la simple raison qu’ils critiquent les médias traditionnels, il semble que «leur nature diffère fondamentalement du fait qu’il s’agit, pour la plupart des sites identifiés, de médias factices, de canaux faisant partie d’un arsenal de diffusion de faux articles, déguisés en journaux en ligne» (op. cit., p. 55).

Ainsi, Latzko-Toth (2018) propose le terme de «pseudo média» qui, selon lui, serait plus approprié que «média alternatif». Afin de dissiper tout malentendu, et d’éviter qu’une majorité moins visible de médias alternatifs en ligne, cherchant à acquérir une visibilité et une crédibilité à l’ombre de ces pseudo médias, ne leur soient assimilés.

Toujours d’après Latzko-Toth, le terme d’écosystème médiatique alternatif pose aussi problème. Il affirme que:

[...] le concept d’« écosystème médiatique alternatif » renvoie à l’idée d’univers informationnel clos sur lui-même, enfermant avec lui son public, alors qu’il s’agit au contraire d’un dispositif qui prend appui sur l’infrastructure médiatique existante pour prospérer, dans une relation parasitaire. L’étude de Starbird a toutefois le mérite d’en dévoiler l’étendue et la configuration (p. 56).

Dans ce contexte, le monde numérique nous plonge dans une «littératie informationnelle», qui suppose de «désapprendre la confiance en l’autorité du document publié, et la méfiance de principe à l’égard de tout discours trop péremptoire dans l’affirmation de sa véracité» (LATZKO-TOTH, 2018, p. 58). Donc, la seule existence des nouvelles technologies de l’information suffit à instiller le doute envers n’importe quel document présenté comme preuve pour établir des faits. L’incertain et l’instable deviennent la norme.

En résumé, le phénomène émergent des Fake News apparaît comme une nouvelle phase dans le développement du numérique, et comme le symptôme d’un moment important, la fusion entre Internet «infrastructure informationnelle» et l’écosystème médiatique.

La définition de la désinformation retenue pour ma recherche est celle qui se base sur le terme générique de «manipulation» de l’information, parce qu’il est inclusif et qu’il cumule  les critères suivant: une campagne coordonnée, de diffusion de nouvelles fausses ou sciemment déformées, avec l’intention politique de nuire (VILMER et al., 2018).

Jair Bolsonaro, le Donald Trump des Tropiques?

Mais revenons au Brésil. Jair Messias Bolsonaro est souvent présenté comme le Donald Trump des Tropiques (WEBB; PALMEIRA, 2018). Quelles sont les raisons qui poussent certains auteurs à faire une telle déclaration? Pourquoi une telle comparaison?

Jair Bolsonaro a été élu avec 55% des voix le 28 octobre 2018 au deuxième tour, en battant Fernando Haddad, le candidat du Partido dos Trabalhadores (Parti des travailleurs) (WEBB; PALMEIRA, 2018). Quelques années avant son élection, en 2003, Lula da Silva est devenu le premier membre du Parti des travailleurs à devenir président du Brésil. Il passa huit ans au pouvoir, ensuite, sa protégée Dilma Rousseff passa cinq ans au pouvoir, pour ensuite subir une destitution par le Parlement brésilien. Michel Temer est devenu par la suite président par intérim de 2016 à 2018.

 L’un des principaux points d'attaque de Bolsonaro contre son adversaire Fernando Haddad (candidat du Parti de travailleurs) et le sujet des «Fake News» répandues pendant la campagne électorale de 2018 (SZADKOWSKI, 2018), était un soi-disant «kit gay» apparemment enseigné aux jeunes enfants pour avoir des relations homosexuelles (WEBB; PALMEIRA, 2018).

Le «kit gay» fait référence au projet de Escola Sem Homofobia[2] (École Sans Homophobie) que Fernando Haddad a présenté alors qu'il était ministre de l'Éducation (2005-2012). Le projet s’est vu opposer un veto par la présidente Dilma Rousseff (2011-2016), parce que trop controversé. L’attrait que l'histoire a provoqué au cours de l'élection montre le côté conservateur et moraliste de la base des partisans de Bolsonaro.

Peu avant le second tour, Bolsonaro a fait preuve de l'étendue de son intolérance à la politique de l’opposition (WEBB; PALMEIRA, 2018), disant à ses opposants «soit ils vont à l'étranger, soit ils vont en prison»  (WEBB; PALMEIRA, 2018). Il a clairement indiqué qu'il augmenterait considérablement les pouvoirs de la police militaire, ce qui aurait un impact considérable sur la classe ouvrière, majoritairement noire. Et quelques jours après son élection, un de ses alliés politiques de la chambre des députés a proposé des amendements aux lois antiterroristes. Il a déclaré ouvertement vouloir criminaliser certains mouvements sociaux et politiques, tels que le Mouvement des Sans Terres (MST), un mouvement composé de travailleurs agricoles.

Un autre sujet de grande importance pour Bolsonaro était la question de la législation sur les armes à feu. Deux des principaux engagements de campagne de Bolsonaro devaient permettre la possession d'armes à feu par des civils, sans avoir besoin d'obtenir un permis, sous prétexte de « nécessité effective », et baisser l'âge minimum pour la possession d'armes de 25 à 21 ans. Bolsonaro a également promis d'exclure toute punition pour la police militaire si l’un d’eux tue quelqu'un par balle, afin de protéger la propriété publique ou privée, en disant : «Je donnerai à la police carte blanche pour tuer » et « les policiers qui tuent des voyous seront décorés » (WEBB; PALMEIRA, 2018).

Actuellement, il est légal pour les policiers brésiliens de tirer sur quelqu'un s'ils défendent la vie de quelqu'un d'autre ou eux-mêmes. Le Brésil compte parmi les pays avec le plus haut taux de violence policière au monde, avec un des pires taux de résolution des enquêtes sur les violences policières, le tout dans le contexte d'une moyenne de 14 personnes tuées par la police brésilienne par jour.

L'élection de Bolsonaro représente aussi une énorme menace pour la forêt amazonienne. Bolsonaro a déjà dit que les protections environnementales entravent le développement du Brésil et qu’il prévoit de fusionner les ministères de l'Agriculture et de l'Environnement afin que les préoccupations sur la déforestation ne nuisent plus au gouvernement, permettant de «marchandiser» plus efficacement la forêt amazonienne (WEBB; PALMEIRA, 2018). Il a également promis d'interdire l'ingérence présumée d’ONG internationales comme Greenpeace et WWF du Brésil, et a déclaré qu'il « ne doit pas y avoir d’écologistes radicaux au Brésil »  (WEBB; PALMEIRA, 2018). Bolsonaro a confirmé que la ministre de l’Agriculture de son gouvernement sera Tereza Cristina, chef «ruraliste» de la chambre des députés.

Bolsonaro ne représente pas seulement une menace pour la voie de vie des 900 000 indigènes du Brésil (WEBB; PALMEIRA, 2018), mais dans de nombreux cas, une menace pour leur vie eux-mêmes. La Constitution brésilienne de 1988 reconnaît les droits des peuples autochtones à leurs modes de vie traditionnels et la possession de leurs territoires, et cela a été réaffirmé dans un dossier devant la Cour suprême en 2017. Il a également été décrit comme une « menace pour l'humanité » par Dinamã Tuxá, coordinatrice de l’Association des peuples autochtones du Brésil. Bolsonaro a également dit qu'il ne reconnaîtra pas de protections sur les terres autochtones : «pas un centimètre ne sera délimité pour les réserves autochtones» (WEBB; PALMEIRA, 2018).

Comme il a été dit précédemment, on surnomme souvent Jair Bolsonaro le «Donald Trump des tropiques» (WEBB; PALMEIRA, 2018). Même si les deux hommes sont idéologiquement proches et ont des intérêts économiques en commun; selon certains, Jair Bolsonaro est «plus dangereux» que le 45e président des États-Unis d’Amérique (PERRIN, 2019).  Les idées avancées pour étayer cette thèse se basent sur l’absence d’une tradition forte de contre-pouvoir au sein de la politique brésilienne, laissant le champ libre au président pour prendre certaines mesures controversées dans une démocratie relativement jeune (TERVÉ, 2019). En plus de cela, il existe une séparation floue entre les pouvoirs exécutif et judiciaires, d’où les craintes de «voir les pouvoirs de Bolsonaro dépasser leurs limites légales»  (TERVÉ, 2019).

Jair Bolsonaro et Donald Trump défendent les mêmes idées et mènent les mêmes luttes (TERVÉ, 2019). Durant les premières semaines de leur mandat, les deux présidents ont signé des décrets polémiques et controverses. Donald Trump avec les décrets anti-immigration et contre l’avortement. Jair Bolsonaro, par le fait d’exclure «des prérogatives de son nouveau ministère des Droits de l'homme les préoccupations liées aux personnes LGBT» (TERVÉ, 2019). Un fait intéressant, c’est que les deux hommes valorisent des idées comme le nationalisme, l’homophobie, le sexisme. Ce qui montre une proximité idéologique entre les deux (VALLADAO, 2019).

Ils partagent d’autres points de vue comme: «la promotion des armes à feu, le rejet du multilatéralisme, le scepticisme face au concept de réchauffement climatique, la volonté de déménager les ambassades en Israël à Jérusalem, le mépris du politiquement correct ainsi que la reconnaissance de l'opposant Juan Guaido comme président par intérim du Venezuela» (TERVÉ, 2019).

Trump et Bolsonaro sont aussi des habitués des phrases choc et provocatrices. Leur réputation sulfureuse n'est plus à faire: le président Trump envoie quasi quotidiennement des salves de tweets incendiaires à l'égard des médias et/ou de ses opposants, et sa politique migratoire ainsi que ses décisions à propos de la communauté LGBT et du climat ne cessent d'alimenter les critiques à son égard. De son côté, le populiste Bolsonaro, 63 ans, a lancé à une députée brésilienne qu'elle "ne mérit[ait] même pas" qu'il la "viole" car elle était "très laide", de même qu'il serait "incapable d'aimer [son] enfant s'il était homosexuel". Des sorties qui permettent de se faire une idée sur l'état d'esprit du personnage (TERVÉ, 2019).

Malgré tous ses points communs, certains pensent que Jair Bolsonaro ne devrait pas être considéré comme le Trump tropical (MAKARIAN, 2018). Un des arguments avancés est celui selon lequel Donald Trump penche pour le bipartisme, “[...] aucun moment, le bipartisme traditionnel américain n'a été remis en cause par le populisme de Trump, il s'agit même d'un renforcement.” (MAKARIAN, 2018). Alors que Jair Bolsonaro est pour le dégagisme, il a même parlé de prison ou d’exil pour des opposants politiques  (WEBB; PALMEIRA, 2018).

Le bolsonarisme comme néo-fascisme

Il est fondamental de caractériser le régime politique instauré par le président Jair Bolsonaro pour tenter de comprendre son recours systématique à la désinformation et sa gestion catastrophique (LA LIBRE, 2021) de la crise sanitaire du Covid-19. Nous optons pour une caractérisation du bolsonarisme[3] comme néo-fascisme (BOITO JR, 2020). Pourquoi caractériser le bolsonarisme comme néo-fascisme? Où se trouve le fascisme au Brésil?

Avant d’y répondre, Boito Jr (2020) assume son choix conceptuel et déclare qu’il prétend présenter les arguments qui le justifient et marque une différence avec les références qui refusent la caractérisation du bolsonarisme comme néo-fascisme. L’auteur précise au lecteur qu’il parle d’un mouvement et d’un gouvernement néo-fasciste, et non d’une dictature fasciste. Il affirme que certains observateurs et analystes de la politique brésilienne ont soutenu que le bolsonarisme ne peut pas être qualifié de fascisme d’un point de vue général ou comme l'une des variantes de ce phénomène politique car le Brésil est démocratique avec ses élections, et d'autres composantes qui caractérisent la démocratie. Le professeur Armando Boito Junior répond que le Brésil est toujours dans une démocratie bourgeoise, bien que détériorée, cependant, et qu’il est évident qu'il est possible de former un mouvement social fasciste dans un régime démocratique et qu'il est possible d'établir un gouvernement fasciste sans que la transition vers une dictature fasciste se produise.

Citant le cas d’Adolf Hitler, il déclare que ce dernier a entamé le processus de transition vers la dictature moins d'un mois après avoir pris le pouvoir en 1933, mais dans le cas du gouvernement fasciste de Benito Mussolini en Italie, celui-ci, dans ses premières années, est resté dans les limites du régime démocratique bourgeois. Boito junior (2020) cite Palmiro Togliatti (2010) qui, d’après lui, va plus loin dans son évaluation de la trajectoire de ce gouvernement. Affirmant que Togliatti soutient que le Parti national fasciste (PNF) italien n'avait même pas de « projet de dictature » défini lors de son arrivée au pouvoir.

Pourquoi une démocratie bourgeoise? Selon lui, parce que les représentants ont été élus et que le Congrès national continue de fonctionner en ayant une influence effective sur le processus décisionnel, influence certes limitée par l'hyperprésidentialisme brésilien, mais une telle limitation n'est pas nouvelle dans ce contexte.

Pourquoi une démocratie «détériorée»? Fondamentalement, pour deux raisons. Depuis le début de l'opération Lava Jato[4] (Lavage Express) et grâce à la loi dite Lei da Ficha Limpa[5] (Fiche/Feuille Propre), un filtre politique a été créé par la justice brésilienne pour contester les candidatures de gauche ou de centre-gauche avec des chances de victoire, et parce que les institutions politiques, y compris le Supremo Tribunal Federal (Tribunal suprême fédéral) (STF), sont sous la tutelle des Forces armées, en particulier de l'Armée de terre.

Le bolsonarisme est donc, pour l’auteur, un mouvement néo-fasciste et un gouvernement avec une prédominance néo-fasciste, mais pas, du moins jusqu'à présent, une dictature fasciste. Boito Junior (2020) définit le néo-fascisme à la brésilienne au 21e siècle, c’est-à-dire, le bolsonarisme, comme un mouvement formé principalement de la classe moyenne avec la participation des petits propriétaires. Ce mouvement a pour objectif d’éliminer le réformisme bourgeois avec une base populaire désorganisée. En plus de cela, le mouvement fait preuve d’un anticommunisme, du culte de la violence, d’une critique à la vieille politique (démocratique), une politisation du machisme, du racisme et de l’homophobie (systémique). Pour finir, le mouvement montre une organisation qui se fait principalement à travers les réseaux sociaux.

Jair Bolsonaro entre désinformation et gestion de la crise sanitaire du Covid-19

Les premiers cas de contamination par le virus lié à la Covid-19 ont été détectés au Brésil à la fin février 2020. C’est donc au Brésil, en pleine période carnavalesque, que le coronavirus Covid-19 a débarqué en Amérique du Sud. «Le premier cas y a été diagnostiqué le 25 février 2020. Un homme de 61 ans qui revenait d’un séjour de 10 jours en Italie. Plus précisément en Lombardie, une région où le coronavirus circule de manière active depuis plusieurs semaines» (LECOMTE, 2020). Mais, dès le début de la crise, il régnait un climat de déni au plus haut sommet de l’État (LA LIBRE, 2021).

La force du déni scientifique et la normalisation de la mort dans la conduite de la pandémie de Covid-19 au Brésil étaient possibles car, ces dernières années, cela a été attribué au président du Brésil, Jair Bolsonaro, par des intérêts et des autorités chargées de purifier la politique, l'économie et la nation. Cavalcante, professeur du département de sociologie (Universidade Federal de Campinas) et directeur du Centro de Estudos Marxistas (Centre d’études marxistes), montre que c’est parce qu'il a réussi à s'implanter dans ce pôle d'épuration et de rétablissement d'un régime de vérité prétendument perdu que sa stratégie de « faire vivre et laisser mourir » a trouvé un soutien actif ou passif dans une partie importante de la société brésilienne. Il y aurait donc, au Brésil, une gestion néo-fasciste de la pandémie de Covid-19 (CAVALCANTE, 2020).

La désinformation a joué un grand rôle dans l’aggravation de la crise de Covid-19 au Brésil (MALIBEAUX, 2021). Dès le début de la crise le président Bolsonaro a participé à la désinformation au sujet de la Covid-19:

Dans une interview au présentateur Ratinho, le président déclare : « Si une grippe s'y installe [chez les personnes âgées] (...) Alors que se passe-t-il dans une partie de la presse? Le gars est mort. Et il a été testé positif au virus. Et il y avait eu du diabète, je ne sais quoi. « C'est de cela qu'il est mort, le coronavirus ! » Que dois-je faire ? Je ne veux pas affoler la population brésilienne. Ma mission en tant que chef de l'État est d'apporter la vérité et de leur dire que cela viendra. Cela passera. Cela passera, il n'y a aucun moyen. Vous le vivrez à partir de là. Cette vague passera sur vous. Peut-être que je l'ai eu avant, comme je le disais tout à l'heure, et toi aussi, il y a un mois, il y a vingt jours, c'est parti, on est déjà immunisé. Nous aidons à immuniser le Brésil. Parce que le virus nous frappe et ne se transmet pas à des tiers. Vous vous en sortirez. Maintenant, la panique est terrible" (CEPEDISA, 2021, p. 31) (traduction libre).[6]

L’exécutif, en la personne du président Jair Bolsonaro, a projeté un discours de normalisation de la mort face à la Covid-19. Pour comprendre comment la normalisation de la mort dans la conduite de la pandémie est devenue possible dans le pays, il faut remonter, en prenant soin d'éviter tout dispositif téléologique, au processus historique récent. En 2013, bien qu'initiées par des revendications progressistes et avec une base populaire, les manifestations de rue en juin et juillet ont fini par être «confisquées» par un segment plus homogène de la classe moyenne et un programme moralisateur de purification de la politique par la lutte contre la corruption. Une conséquence importante a été le renforcement d'un sentiment patriotique qui a réussi à construire une image d'une nation indivisible, pour la défense de laquelle un seul parti serait autorisé : «le parti du Brésil» (CAVALCANTE, 2021).

Il faut donc purifier la politique, l’économie et la nation brésilienne (CAVALCANTE, 2021). Au-delà des prétentions messianiques et parvenues de certains de ses protagonistes et intérêts extérieurs aux conséquences de ses actions en termes de marché national et international, le scandale de corruption Lava Jato[7] a trouvé une base sociale organique de soutien au sein de la classe moyenne en représentant une idéologie méritocratique radicale, puis élargie pour que la politique remplisse l'utopie libérale du marché, c'est-à-dire qu'elle constitue une relation purement technique et impersonnelle entre l'État et le marché, au sens de ne récompenser que les entreprises performantes (CAVALCANTE, 2021). Pour atteindre les objectifs de cette opération, il était dans le calcul de ses agents[8] non seulement de punir les corrompus et les corrupteurs, par des moyens exceptionnels peu adaptés aux garanties constitutionnelles de défense, mais aussi d'admettre la destruction d'une partie importante du secteur productif national pour créer une nouvelle économie : purifier la politique était le moyen de purifier l'économie (CAVALCANTE, 2021).

Faisant un parallèle avec le nazisme, Cavalcante (2021) raconte que dans un article publié dans l'atmosphère morose de la montée d'Hitler en Allemagne dans les années 1920 et 1930, Hermann Heller, un juriste social-démocrate allemand, décrivait un aspect dont on ne se souvient pas toujours : la normalisation, même dans le bureau de Franz von Pappen[9], de l'autoritarisme libéral qui serait radicalisé dans d'autres directions par les Nazis. Une partie des forces économiques et de la pensée libérale qui leur est associée ont admis voire exigé des gouvernements forts pour assurer ce qui serait le fonctionnement « correct » de l'économie.

Heller (1933) a appelé « libéralisme autoritaire » l'exigence de concentration du pouvoir pour séparer l'État de l'économie, la faisant reculer au point où seule subsisterait ce qui serait la vraie liberté, celle du marché. Quelque chose qui s'est avéré organique et persistant dans la première expérience néolibérale en Amérique latine avec les Chicago Boys de Milton Friedman, réformateurs économiques enthousiastes dans le contexte offert par la dictature d'Augusto Pinochet au Chili à partir de 1973 (CAVALCANTE, 2021, p. 8).

D’après l’auteur, toutes proportions gardées, il est possible d'envisager le même mouvement de fonds d'épuration de l'économie opérant dans la déstabilisation du régime démocratique au Brésil ces dernières années, c'est-à-dire l'utilisation des institutions et des instruments de l'État lui-même pour forcer le libre jeu du marché, qui consiste à criminaliser non seulement les erreurs, mais aussi les politiques gouvernementales qui se présentent comme des inducteurs de développement interne (CAVALCANTE, 2021). Dans son approche, Cavalcante (2021) montre que le coup d'État de 2016 au Brésil et la réorientation forcée, non validée par les urnes, vers le programme néolibéral radical appliqué par Michel Temer peuvent expliquer cette volonté d’épuration de l’économie.

L’implication des factions bourgeoises et néolibérales ont non seulement financé et normalisé la candidature de Bolsonaro à l'application des réformes, mais ont également fourni une base économique au refus des mesures d'isolement, exprimé par le président dans le discours du 24 mars 2020. Ce discours a été prononcé par le président Jair Bolsonaro au moment où l’épidémie s’est déclarée au Brésil, dans un contexte de crise. Bolsonaro voulait rassurer les brésiliens et montrer qu’il était possible de trouver un point d’intersection entre l’économie et la tragédie annoncée (JIMÉNEZ, 2020).

Il ne suffit pas de purifier la politique et l’économie, il faut aussi purifier la nation  (CAVALCANTE, 2021). Donc, le mouvement de masse réactionnaire qui a conduit à la victoire électorale de Bolsonaro, celui-là même qui constitue une base de soutien à son gouvernement, même dans la tragédie humanitaire de la pandémie; trouve dans le conservatisme patriarcal son fondement idéologique le plus solide et le plus socialement enraciné. Il est produit et reproduit dans des pratiques et institutions religieuses d'une partie importante des groupes chrétiens catholiques et évangéliques au Brésil.

Cavalcante (2021) affirme que le discours du 24 mars 2020 a choqué certaines personnes, car, peut-être pour la première fois, Bolsonaro a intégré des caractéristiques importantes du langage qu'il utilise dans les médias sociaux dans le contexte plus large de la communication officielle, pour laquelle il existerait encore certaines restrictions. Bolsonaro avait le plus grand besoin de tracer la ligne de démarcation d'une campagne qui prendrait de nombreux mois : rendre possible son objectif de laisser circuler le virus de la Covid-19. Et, pour cela, la déclaration visait principalement à enrégimenter le mouvement réactionnaire de la masse dirigeante (CAVALCANTE, 2021) et il y a des traces claires, comme indiqué ci-dessous, que ses principaux interlocuteurs étaient la classe moyenne, les travailleurs indépendants et les petits propriétaires terriens.

Impacté par la «déclaration de guerre» qui y est faite contre les mesures de confinement, et non contre le virus, beaucoup l'ont évalué comme, une position autodestructrice pour nier avec véhémence la réalité ou, tout au plus, un signe de déséquilibre psychologique (CAVALCANTE, 2021). Les critiques venant de la classe moyenne portées à l’encontre de Bolsonaro à propos de la gestion de la crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid-19, auraient pu confirmer cette affirmation  (CAVALCANTE, 2021).

Mais ce n’est pas le cas. On ne saurait parler de position autodestructrice ou de déséquilibre psychologique, nous dit Cavalcante. Il y avait là une stratégie rationnelle du président qui profitait de la force de la place d'épuration qu'il occupait. Il y a eu surtout l'incorporation d'intérêts économiques et idéologiques bien établis, qui, même s'ils n'intègrent pas pleinement le ton de la déclaration de guerre, partageaient les valeurs et l'objectif mobilisés par Bolsonaro. Cette déclaration est une étape importante dans la conjonction de ces couches de purification de l’économie et de la politique, enveloppée dans un langage néo-fasciste, appliquée à la pandémie de Covid-19 (CAVALCANTE, 2021).

Désinformation sur les réseaux sociaux au Brésil durant la pandémie de Covid-19

Le 11 juin 2021, en direct sur Facebook, le président a encouragé ses partisans à entrer dans des hôpitaux et filmer l'occupation des lits, affirmant qu'il y avait eu une exagération des décès par Covid-19 dans le pays. Selon les rapports de l'Agence brésilienne de renseignement (Abin), le nombre de cas de la maladie peut en fait être huit à dix fois plus élevé que celui signalé. Après une suggestion de Bolsonaro, cinq députés d'Espírito Santo[10] ont envahi l'hôpital Dório Silva, dans la municipalité de Serra, le 12 juin 2021 (FALCÃO; SOUZA, 2021).

Le président a également ordonné à l'armée d'augmenter la production de chloroquine, sans tenir compte de l'absence de preuve scientifique de son efficacité, ainsi que de ses effets secondaires (VELEDA, 2020 apud FALCÃO; SOUZA, 2021). Les experts avertissent que l'utilisation de la substance ne doit pas se faire sans surveillance médicale directe, à cause de la gravité des réactions possibles au médicament. L'un des principaux effets secondaires du médicament seraient des complications cardiaques (MENDONÇA, 2020 apud FALCÃO; SOUZA, 2021).

Au sujet des traitements possibles de la maladie, le président brésilien a jeté son dévolu sur l’hydroxychloroquine, et ce, en dépit des recommandations contraires de l’Organisation mondiale de la santé. Les recommandations onusiennes se basent désormais sur une accumulation d’études, dont on ne disposait pas il y a un an, mais les partisans de l’hydroxychloroquine, à l’instar de Jair Bolsonaro n’en démordent pas. Si ce médicament a pu susciter l’espoir au tout début de la crise sanitaire, très vite, le sujet est devenu polémique car aucune étude scientifique sérieuse n’est venue valider son efficacité concernant spécifiquement le traitement du Covid-19. Au contraire, les études se sont multipliées pour mettre en garde contre les effets indésirables de cet antipaludéen en traitement ou en préventif dans le cadre de la lutte contre le SARS CoV 2. Ce mercredi 14 avril 2021, la revue scientifique de référence Nature publie un nouvel article sur son site indiquant un lien entre l’accroissement de la mortalité et le traitement des patients covid à l’hydroxychloroquine. Il s’agit d’une méta analyse, c’est-à-dire, une analyse dont la méthode vise à compiler et synthétiser les résultats d’un grand nombre d’études médicales (MALIBEAUX, 2021).

Sur la question des Fake News, Szadkowski (2018) a déclaré que WhatsApp est devenu un vecteur majeur de désinformation au Brésil :

En quelques années, WhatsApp a dépassé son rôle de messagerie privée pour s’imposer comme une solution de communication publique majeure. Ce qui s’est traduit par une utilisation intensive de l’application à des fins de communication politique lors de la campagne présidentielle, sans toutefois remplacer les autres réseaux sociaux : le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro, a bien construit l’essentiel de sa communication sur Facebook, YouTube, Instagram et Twitter, où il cumule près de dix-sept millions d’abonnés.

Le même procédé a été utilisé pour disséminer les fausses nouvelles durant la pandémie de Covid-19 au Brésil.

Il a été répertorié les 10 principales fausses nouvelles véhiculées par les plateformes en lignes ou les réseaux sociaux au Brésil durant la pandémie dans Eu Fiscalizo[11] (Je fiscalise), des sujets qui ont été commentés par la pneumologue et chercheuse d’une école de santé publique brésilienne qui porte le nom de Escola Nacional de Saúde Pública Sergio Arouca (ENSP)[12], Margareth Dalcolmo (GALHARDI et al., 2020).

  1. L'eau bouillie à l'ail sert de traitement contre le coronavirus. Selon Margareth Dalcolmo, jusqu'à présent, il n'existe aucun traitement scientifiquement prouvé avec de l'ail pour le coronavirus. Des tests sont effectués avec des médicaments et non avec de la nourriture, mais il n'y a rien dans la science qui valide l'efficacité de l'un d'entre eux.
  2. Le coronavirus est plus gros que la normale, et, par conséquent, n’importe quel masque l’empêche d'entrer dans le corps. Le coronavirus n'est pas un virus plus gros que la normale, selon la chercheuse. Le masque protège, avant tout, dans les transports collectifs, ascenseurs, entre autres lieux avec plus de gens.
  3. Lorsqu'il est déposé sur une surface métallique, le virus reste vivant pendant 12 heures et dans les tissus pendant neuf heures. Par conséquent, laver les vêtements ou les exposer au soleil pendant deux heures élimine le virus. Le virus reste plus longtemps sur les surfaces en plastique et non en métal. La chercheuse souligne que laver les vêtements à l'eau et au savon est indiqué pour éliminer la contagion. Cependant, l'exposition ou non des vêtements au soleil n'interfère pas avec leur élimination.
  4. Le virus vit dans la main pendant 10 minutes. Non, il n'existe pas de preuves scientifiques qui prouvent combien de temps le virus reste entre les mains, selon Dalcolmo. Il est recommandé de les laver correctement dans la mesure du possible. Et avec de l'eau et du savon.
  5. Exposé à une température plus élevée que 26 degrés, le virus meurt. Il n’existe pas de limite de température à laquelle le virus ne peut résister, dit la chercheuse.
  6. Comme le virus ne peut pas supporter des températures supérieures à 26 degrés, l'eau exposée au soleil peut être consommée sans aucun danger. Puisqu'il n'existe pas de limite de température que le virus ne peut supporter, il est déconseillé de consommer de l'eau exposée au soleil.
  7. Le virus se propage dans l'air. Oui, mais au moyen de gouttelettes ou d'aérosol, causé par la toux, y compris lors d'actes médicaux. D'où la raison pour laquelle tant de professionnels de santé ont été contaminés, selon elle.
  8. Évitez de manger de la crème glacée ou des plats froids. La nourriture froide ou chaude n'interfère pas avec la résistance du virus, selon la chercheuse.
  9. Se gargariser avec de l'eau tiède ou salée empêche le virus de pénétrer dans les poumons. L'eau chaude ou le sel n'empêche pas le virus d'atteindre les poumons. Margareth précise que la mise en danger des poumons dépendra des caractéristiques physiologiques de l'individu infecté.
  10. Le gel hydroalcoolique peut être fait à la maison avec seulement deux ingrédients. Il n'est pas indiqué de produire de produire du gel hydroalcoolique à la maison. La méthode de nettoyage la plus appropriée pour éliminer le coronavirus, selon la chercheuse, est le détergent à vaisselle ou l’eau sanitaire. Un produit de nettoyage peut être fabriqué à la maison, il consiste à diluer l'eau de Javel en proportion de 1 litre à 3 litres d'eau. Cela sert également à nettoyer les surfaces lisses, en particulier les plastiques, où le virus peut rester plus longtemps. Le meilleur moyen de nettoyage est toujours l'eau et le savon. Le gel alcoolisé seul ne peut pas être utilisé tout le temps. Les mains doivent être vraiment lavées, met en évidence la chercheuse.

Les fausses nouvelles liées au SARS-CoV-2  diffusées par les plateformes numériques peuvent influencer le comportement de la population et mettre en péril l'adhésion du citoyen aux soins scientifiquement prouvés (GALHARDI et al., 2020). Les données quantitatives de l’enquête citée ci-dessus prouvent que la diffusion de fausses nouvelles sur la guérison et la prévention, sans aucune base scientifique, est produite soit par ignorance, soit dans l'intention de désinformer et d'inciter les citoyens à se tromper dans leurs décisions personnelles et à prendre soin de leur santé.

Dans un scénario de pandémie, c'est encore plus dangereux, car les sondages montrent que 110 millions de Brésiliens croient aux fausses nouvelles sur le Covid-19 (GALHARDI et al., 2020). À rappeler que selon l’institution nationale chargée des études statistiques au Brésil, IBGE Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística[13] (Institut Brésilien de Géographie et de Statistique), la population brésilienne est d’environ 213 millions d’habitants en 2021. En ce sens, la moitié de la population brésilienne croit aux fausses nouvelles sur la Covid-19, ce qui est alarmant.

Le président Jair Bolsonaro utilise massivement les Fake news, soit pour déconsidérer ou dénigrer l’opposition; soit pour défendre sa politique (BAVA, 2020). Le dénigrement de l’opposition chez certains leaders du XXIe siècle prend la forme d’une dynamique de la dénonciation politique arbitraire basée elle-même sur l’accusation de Fake News (PROULX, 2018). Des politiciens comme Donald Trump et Jair Bolsonaro brandissent cette accusation, pour combattre la vérité des faits (PROULX, 2018). Cette tendance pourrait s’inverser et produire des effets pervers pour la démocratie.

Proulx (2018) soutient que le phénomène de la propagation des fausses nouvelles, qui est la reproduction nouvelle de phénomènes de communication très anciens comme la rumeur, la désinformation ou la propagande, est très particulier parce qu’il est lié aux médias sociaux. Ces dernières années, les médias sociaux (comme Facebook ou Twitter)  sont devenus une principale source d’information de beaucoup de gens à travers le monde (PROULX, 2018), surtout les plus jeunes, ces médias sociaux sont dans une logique basée sur les algorithmes.  Or, les algorithmes des médias sociaux enferment les internautes dans des bulles informationnelles (PROULX, 2018) et sont opaques à bien des égards. Une paresse intellectuelle qui les amènerait à accepter ce que ces médias leur offrent sans chercher à questionner leurs fondements.

Justement, ce type de comportement profite à ceux qui propagent les fausses nouvelles sur les réseaux sociaux. Surtout ceux qui ont la capacité de les diffuser massivement, comme le président Bolsonaro.

M. Bolsonaro utilise massivement les infox (fake news) pour déconsidérer l’opposition et défendre la politique de son gouvernement. Soutenu par plusieurs chefs d’entreprise, ce système est organisé depuis le sommet de l’État. Installé au troisième étage du palais présidentiel, il est appelé le « Cabinet de la haine » et constitue des dossiers contre les adversaires politiques et les opposants. Il s’agit d’un vaste système de production de fake news reposant sur des millions de robots. Déjà utilisé pendant la campagne présidentielle, il fonctionne désormais grâce à un financement public. Selon la députée Joice Hasselmann (Parti social-libéral), ce « cabinet de la haine » est coordonné par les propres fils de M. Bolsonaro, Carlos et Eduardo, et compte dans ses rangs le conseiller spécial de la présidence, Felipe Martins, ainsi que trois assistants de Carlos : Tércio Arnaud Tomaz, José Matheus Sales Gomes et Mateus Matos Diniz. Il diffuse des attaques racistes, sexistes, de fausses accusations de corruption, des calomnies en tout genre, grâce à des cyber-milices et une armée de trolls, cyborgs et bots. La députée Joice Hasselmann estime que M. Bolsonaro dispose de 1,4 million de robots (BAVA, 2020).

Le financement derrière cette campagne de désinformation est colossal, au point d’impliquer le gouvernement fédéral du Brésil:

Une recherche réalisée par l’Université fédérale de Rio de Janeiro et par la Fondation de l’École de sociologie et politique de São Paulo concernant les hommages rendus à M. Bolsonaro, le 15 mars 2020, via le « mot-clic » #BolsonaroDay, a conclu que, sur les 66 000 mentions favorables au président, 55 % étaient produits par des robots. L’étude a identifié 1 700 comptes qui ont utilisé le « mot-dièse » en question et qui ont été désactivés quelques heures après avoir émis le message. Ces faux comptes ont relayé 22 000 messages en faveur de M. Bolsonaro. Cambridge Analytica (CA), la société spécialisée dans la manipulation de l’opinion publique grâce aux données personnelles des utilisateurs de Facebook, aurait également participé à la campagne de M. Bolsonaro, selon Mme Brittany Kaiser, ex-employée de CA. Une commission parlementaire d’enquête (CPI), créée pour étudier l’impact de ces fake news, a révélé que le gouvernement fédéral avait secrètement payé la diffusion de 2 millions d’annonces publicitaires à des chaines de télévision entre le 6 juin au 13 juillet 2019, soit 38 jours (BAVA, 2020).

La plupart de ces fausses nouvelles passent par l’application de messagerie instantanée WhatsApp (OLIVER, 2021). On peut constater le danger que cette situation représente au Brésil, quand on sait que le pays constitue le second marché le plus grand du monde après l'Inde, avec une estimation de 99 à 120 millions d’utilisateurs par mois (OLIVER, 2021).

Parmi les exemples de désinformations diffusés par les partisans de Bolsonaro, surtout durant les élections de 2018, on peut retenir l’affaire des photos falsifiées de membres du Parti des travailleurs célébrant avec Fidel Castro après la Révolution Cubaine (BELLI, 2018). Sa campagne a largement profité des fausses nouvelles sur les réseaux sociaux.

Jair Bolsonaro est aussi connu pour ses attaques contre les médias. Parmi les attaques figurent les délits virtuels et physiques, la censure, l'intimidation, les menaces et même le harcèlement judiciaire. Le président est connu pour ses discours agressifs et directs sur les médias. Il a aussi l'habitude de menacer les journalistes qui lui posent des questions qui le dérangent. Un exemple concret, cette réponse à un reporter du programme Brasil Urgente (Brésil Urgent) de la TV Band (Bande Télé) qui le critiquait sur ses attaques contre la presse: «Je suis un être humain, je frappe»[14] (LOUREIRO, 2021).

En 2020, le Brésil a battu un record d’attaques contre les journalistes et le président Jair Bolsonaro a été l’un des principaux protagonistes de ces attaques (DEUTSCHE WELLE, 2020). Selon la Federação Nacional dos Jornalistas (Fenaj), il y a eu en 2020 environ 428 attaques contre des journalistes et la presse en général. Parmi les attaques figurent des agressions verbales, physiques et virtuelles, la censure, l'intimidation, les menaces, le harcèlement judiciaire, les actes de discrédit de la presse et même les meurtres (DEUTSCHE WELLE, 2020).

Parmi les 76 attaques verbales ou virtuelles contre des journalistes, l'organisation met en avant des discours de Bolsonaro. En février 2020, par exemple, le président a faussement insinué que la journaliste de Folha de São Paulo, Patrícia Campos Melo, avait échangé des faveurs sexuelles contre des informations contre le président. Une attaque sexiste qui a suscité une condamnation généralisée à l'époque (DEUTSCHE WELLE, 2020).

En mai, devant le palais d'Alvorada, le président a ordonné à un journaliste du même journal, c’est-à-dire Folha de São Paulo de « se taire »  (DEUTSCHE WELLE, 2020). Bolsonaro a également commis plusieurs attaques contre des journalistes dans sa vie hebdomadaire. Parmi les cibles régulières du président figurent les journalistes Guilherme Amado, du magazine Época, et Vera Magalhães, qui a travaillé tout au long de 2020 pour le journal O Estado de São Paulo et est maintenant au Grupo Globo  (DEUTSCHE WELLE, 2020).

Parmi les attaques virtuelles, le rapport de la Fenaj met en évidence le cas de la reporter photographe Gabriela Biró, du journal O Estado de São Paulo, qui a vu ses données personnelles divulguées sur les réseaux sociaux par un partisan de Bolsonaro. Les informations sur sa carte d’identité, ainsi que son numéro de téléphone ont été divulguées  (DEUTSCHE WELLE, 2020).

Le 30 avril 2020, Bolsonaro a de nouveau critiqué TV Globo (chaîne de télévision brésilienne) et déclaré qu'il pourrait ne pas renouveler la concession de la chaîne. Dans une interview au Palácio da Alvorada (résidence officielle du président de la République), il a accusé Globo de déformer son discours, quand, dans une interview la veille, le président a répondu “Et alors?” lorsqu'on l'interrogeait sur le nombre de décès par covid-19 au Brésil. Bolsonaro a déclaré qu'il ne voulait pas relativiser le nombre de morts et qu'il s'est contenté de dire "Et alors ?" après que les journalistes "aient insisté pour poser des questions idiotes". "Cette presse indésirable se nomme Globo Déchet. Ou mieux encore, les déchets peuvent être recyclés. Globo n'est même pas un déchet, car il ne peut pas être recyclé", a-t-il déclaré (BBC NEWS, 2020).

La Fenaj a également cité qu'il y avait eu deux meurtres de journalistes en 2020, le même nombre qu'en 2019. Le rapport précise que «le bilan de deux décès de journalistes, pendant deux années consécutives, est une preuve concrète qu'il y a une insécurité» pour la pratique professionnelle. Les journalistes assassinés en 2020 étaient Léo Veras, qui publiait des reportages sur le crime organisé à la frontière avec le Paraguay, et Edney Neves, qui était actif dans la campagne pour la réélection du maire de Peixoto de Azevedo (DEUTSCHE WELLE, 2020).

Jair Bolsonaro se présente comme un véritable ennemi des médias traditionnels, il est contre tous les journalistes qui cherchent à faire un travail professionnel en se basant sur les faits. Tout journaliste ou média qui ne va pas dans le sens du gouvernement de Jair Bolsonaro est, selon lui, un déchet.

Conclusion

Cette recherche portant sur la désinformation en temps de pandémie de Covid-19, sur les réseaux sociaux, au Brésil; se proposait d’analyser et de comprendre le mécanisme derrière ce processus. En se basant sur la littérature disponible à ce jour sur le sujet. Celle qui parle de la désinformation et des Fake News et celle qui traite de la conjoncture brésilienne durant la crise sanitaire de Covid-19.

Parmi les découvertes faites, on peut citer la caractérisation de la désinformation comme manipulation de l’information (VILMER et al., 2018). C’est la définition de la désinformation qui a été retenue pour la recherche. On peut citer aussi la proximité idéologique (OLIVIER, 2019) (TERVÉ, 2019) et les différences existant entre le président Jair Bolsonaro et Donald Trump (MAKARIAN, 2018). Le fait que le régime de bolsonaro soit considéré comme néo-fasciste (BOITO, JR., 2020) et la gestion catastrophique de la crise par le président brésilien, gestion qualifiée de «conduite néo-fasciste de la pandémie de Covid-19 au Brésil», qui vise à purifier la vie et normaliser la mort (CAVALCANTE, 2021).

On a noté aussi le recours à la désinformation massive venant du président Jair Bolsonaro (BAVA, 2020), pour dénigrer ses opposants politiques ou soutenir sa politique (BELLI, 2018).

D’après Venturini (2018), critiquer les fausses nouvelles (et la notion de fausses nouvelles) est mieux que de les promouvoir, mais ça ne suffit pas. Il prend l’exemple de la musique, disant que si nous participons au tam-tam, essayons au moins de faire de la bonne musique. En ce sens, il présente Le Public Data Lab (PDL) qui est un réseau de chercheurs européens travaillant sur les données et les méthodes numériques. Ce réseau se distingue par une approche à la fois pragmatique et interventionniste dans les études sur les médias.

Pragmatique, parce qu’au lieu d’étudier la médiation numérique sur une base théorique, le réseau utilise les traces produites par cette médiation pour enquêter sur les dynamiques sociales en pratique.

Interventionniste, parce qu’en plus d’être l’observation d’une situation externe, c’est aussi un engagement à promouvoir le débat public autour de questions sociales.

L’étude des fausses nouvelles représente une occasion méthodologique pour les sciences sociales, mais pas seulement, selon Venturini. C’est aussi une opportunité pour les chercheurs d’intervenir dans le débat sur l’organisation du système médiatique. Un autre aspect à considérer c’est Internet. Internet offre ce qu’aucun média n’a pu offrir avant lui: une communication de «plusieurs à plusieurs». Alors qu’avant «la communication pouvait être soit bidirectionnelle, mais limitée à quelques personnes (comme dans les rencontres face-à-face, les lettres et les appels téléphoniques), soit ouverte à beaucoup de gens, mais unidirectionnelle (comme dans les mégaphones, les journaux, la radio et la télévision)» (VENTURINI, 2018, p. 29-30).

Face au problème des fausses nouvelles, le devoir des spécialistes de la communication est de dénoncer les solutions réductrices qui créent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. Mais aussi, «de contribuer à susciter un débat sérieux sur le privé et le public dans les systèmes médiatiques contemporains» (VENTURINI, 2018, p. 34).

L’une des solutions pour tenter de diminuer la désinformation dans le monde, en général et au Brésil, en particulier, serait l’éducation civique aux médias. En d’autres termes, former des cybercitoyens éclairés, responsables de demain, capables d’exercer leur «citoyenneté dans une société de l'information et de la communication» (MENJS, 2021) toujours plus complexe.

Une autre solution serait la régulation de l’information. Ce qui veut dire, réguler et encadrer les processus algorithmiques et autres outils des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) qui servent à calculer l’attention des internautes. Selon Trudel et Thibault (2018), l’un des défis est la difficulté d’arbitrer la «vérité». Réguler les processus qui génèrent les fausses informations devient essentiel dans cet arbitrage. Face aux mutations qui changent aussi radicalement les conditions de consommation, mais aussi la crise financière permanente des médias, il devient difficile d’envisager la régulation des contenus en ligne dans le but de prévenir ou au moins d’identifier et de rendre plus risquée la diffusion de fausses nouvelles. Il faut «constater qu’il y a toujours de la régulation : l’enjeu est de déterminer par qui, quoi et comment» (TRUDEL; THIBAULT, 2018)?

«L’information est régulée : même dans l’environnement numérique en ligne que nous connaissons désormais, elle est toujours régulée» (TRUDEL; THIBAUT, 2018, p. 248). Mais il faut savoir si cette régulation est faite par les États ou par les grands acteurs d’Internet. Quand on voit que les lois sur la question mise en place en Allemagne et France «négligent d’intervenir au niveau des processus algorithmiques, ceux-là mêmes qui sont au cœur des processus de création de valeur qui prévalent désormais sur Internet» (TRUDEL; THIBAUT, 2018, p. 251). On voit combien profonds et complexes sont les enjeux sur la création et la propagation des fausses nouvelles.

YouTube a retiré des vidéos de Jair Bolsonaro pour désinformation (Le Monde, 2021), c’est un début. Mais il en faut plus pour réguler ce processus. Plus de volonté politique, plus de prise de position des grandes plateformes comme Facebook, TikTok YouTube, Instagram et WhatsApp. Il faudra agir et aller plus loin pour tenter de raisonner les Bolsonaro de ce monde.

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[1] Étudiant finissant à la Licence en Sciences Sociales (Universidade Federal da Fronteira Sul / UFFS, au Brésil). E-mail: edcelestin94@gmail.com.

[2] Le programme Escola Sem Homofobia (École Sans Homophobie), parfois appelée péjorativement "Kit Gay", était une initiative non gouvernementale proposée pour faire partie du programme Brasil Sem Homofobia (Brésil Sans Homophobie) du gouvernement fédéral brésilien.

[3] Phénomène politique d’extrême-droite qui a éclaté au Brésil avec la montée en popularité de Jair Bolsonaro, notamment lors de sa campagne à l'élection présidentielle brésilienne de 2018, qui l'a élu président.

[4]  Lava Jato est une enquête menée par la Police Fédérale du Brésil qui a commencé en mars 2014. Elle concerne une affaire de corruption et de blanchiment d'argent impliquant notamment la société pétrolière publique Petrobras.

[5] La loi Ficha Limpa (Fiche Propre) est une législation brésilienne ratifiée en juin 2010 rendant inéligible pour huit ans un candidat dont le mandat a été révoqué, qui a démissionné pour éviter la destitution ou est condamné par décision d'un organe collégial, même s'il reste la possibilité de recours.

[6] (Texte original) Em entrevista ao apresentador Ratinho, o Presidente afirma: “Se chegar lá [em idosos] uma gripe qualquer (...) Então o que acontece em parte da imprensa, né? O cara entrou em óbito. E tinha dado positivo para o vírus. E tinha dado lá diabetes, não sei o quê. ‘É disso que morreu, do coronavírus!’ O que é que eu faço? Eu não quero levar o pânico para a população brasileira. A minha missão como chefe de Estado é levar a verdade e dizer para eles que isso vai chegar. Vai passar. Vai passar, não tem como. Você vai viver isso daí. Essa onda vai passar por cima de você. Talvez eu tenha adquirido antes, como eu disse agora há pouco, e você também, há um mês atrás, vinte dias atrás, já acabou, já estamos imunes. Estamos ajudando a imunizar o Brasil. Porque o vírus bate em nós e não passa para terceiros. Você vai passar por isso. Agora, o pânico é terrível”.

[7] Lava Jato (Lavage Express) est un scandale de corruption, le plus grand de l’histoire du Brésil, qui a impliqué des hommes d’affaires et des politiciens du pays. Le 17 mars 2014 marque la naissance de l’affaire (GATINOIS; BOURCIER, 2017), avec le dévoilement du nom de code “Lava Jato”; lors d’une opération menées par 400 agent fédéraux à propos d’un vaste réseaux de blanchiment d’argent atteignant les 10 milliards de reais (3 milliards d’euros)  (GATINOIS; BOURCIER, 2017). En mars 2015, le “procureur général de la République, Rodrigo Janot, rend publique la liste complète des 54 personnalités visées dans l’affaire, levant le voile sur l’ampleur des ramifications et circuits financiers occultes organisés de façon quasi institutionnalisée au sein des principales sphères du pouvoir brésilien” (GATINOIS; BOURCIER, 2017). En juin 2015, Marcelo Odebrecht, une des personnalités visées dans l’affaire, surnommé “le prince des entrepreneurs” est arrêté par la police brésilienne. Puis, en décembre 2015, un processus de destitution est entamé contre la présidente Dilma Rousseff. Fragilisée par le scandale lié à Petrobras (entreprise d’État brésilienne d’extraction et vente de pétrole), scandale qui est lui-même lié au Lava Jato, la présidente Dilma Rousseff est destituée par un vote du Sénat en 2016.

[8]  On compte parmi ces agents les fils du président Carlos et Eduardo Bolsonaro, le conseiller spécial de la présidence, Felipe Martins, ainsi que trois assistants de Carlos Bolsonaro : Tércio Arnaud Tomaz, José Matheus Sales Gomes et Mateus Matos Diniz (BAVA, 2020). On peut parler aussi du juge Sergio Moro qui a condamné l’ex-président Lula da Silva sur la base soupçon de corruption pour l’affaire du duplex.

[9] Franz von Pappen est un officier, diplomate et homme d’État allemand, qui était proche d’Adolf Hitler et du IIIe Reich.

[10] Espírito Santo (Esprit Saint) est l’un des 13 États du Brésil, il est situé dans le Sud-Est du pays.

[11] Application multimédia qui permet d'évaluer la qualité des contenus diffusés dans les médias et dans le milieu du divertissement au Brésil.

[12] École Nationale de Santé Publique Sergio Arouca (en français).

[13] IBGE. https://www.ibge.gov.br/apps/populacao/projecao/index.html. Consulté le: 13 juillet 2021.

[14] (Texte original) ‘‘Sou ser humano, desço o cacete mesmo’’.

 

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