Knock ou le Triomphe de la médecine au TNM : une comédie délicieuse et intelligente!

Quelle bonne idée a eue le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) de présenter la savoureuse comédie Knock en ouverture de saison! Cette véritable vitamine pour l'âme a réjoui la salle tout entière, en cette première, jeudi dernier. Cette comédie d'une heure quarante-cinq passe aussi vite qu'une consultation médicale! Et on rit, allègrement!

Comme le dit si bien le docteur Knock : « Les gens bien portants sont des malades qui s'ignorent. » Et ce génie du marketing fera tout pour vous en convaincre...

Écrite en 1923 par le Français Jules Romains, (de son vrai nom Louis Henri Jean Farigoule) cette pièce, comme un appel de phare, préfigure et dénonce, sous forme de rires et de comédie géniale, la manipulation des masses. L'Histoire signera sa clairvoyance, quelque dix ans plus tard, par le balayage du nazisme et du fascisme qui s'abattront sur l'Europe...

Mais pour le moment, revenons au sens plus léger de la pièce. Écrite dans une langue truculente, colorée et de grande qualité, Knock ou le Triomphe de la médecine met en scène le docteur Knock – joué par Alexis Martin - qui cherche à convaincre ses patients qu'ils sont, au fond, très malades. Ayant hérité de la clientèle du docteur Parpalaid (Pierre Lebeau), dans la petite ville française de St-Maurice, le docteur Knock mettra en place un statagème pour faire en sorte que tous ses patients soient complètement et souverainement dépendants de lui. Et il réussit haut la main! Il offre, tout d'abord, une plage-horaire de consultations gratuites. Au cours de celles-ci, il tente de trouver la faille psychologique sur laquelle il pourra « oeuvrer », et surtout, il s'informe habilement des revenus de ses patients. Il réussira à semer le doute et l'inquiétude, quant à leur santé, chez tous ses patients, qu'il appelle si justement « ses clients ». Il s'alliera, dans sa tâche, la complaisance du pharmacien Mousquet (Didier Lucien), pour donner autant de médicaments qu'il le faut, et également de celle de l'instituteur Bernard (Marie-Thérèse Fortin), pour répandre l'information sur la dangerosité des microbes et des bactéries, qui n'attendent que la seconde fatidique pour nous envahir. Et voilà, les prémisses sont établies pour faire de tous ces gens, en parfaite santé, de grands malades qui doivent subir tests sur tests, se soumettre à de longs traitements et demeurer alités des mois durant... (Cela vous fait-il penser à une certaine situation actuelle?)

Ainsi, lorsque le Dr. Parpalaid viendra visiter le Dr. Knock après seulement trois mois de la reprise de sa clientèle, il retrouvera l'unique hôtel de la place complet, transformé en immense infirmerie, où les infirmières et le personnel ne chôment pas! On projette même d'agrandir cette dernière, tellement il y a de malades... Le Dr. Knock lui montre aussi un tableau de l'accroissement fulgurant de ses revenus et de ceux de ses acolytes. Intrigué, surpris et choqué, le Dr. Parpalaid lui demande s'il ne ressent pas quelque peu de « scrupules » par rapport à tout ce stratagème. Que nenni! Il leur rend plutôt service, de répliquer Knock...

Sous une forme comique, la pièce explore les failles psychologiques de l'être humain – ici, la peur de la mort – et sa propension à « acheter » la paix et la tranquillité d'esprit, quel qu'en soit le prix. L'homme devient alors extrêmement vulnérable par rapport aux vendeurs du Temple, entre lesquels il est prêt à remettre sa vie, pieds et poings liés...

La mise en scène de Daniel Brière est à l'instar du propos de la pièce : joyeuse, efficace, drôle, tout en portant le sens plus profond de cette dernière. Les belles trouvailles y sont nombreuses : entre autres, mettre un vidéo en mouvement derrière la voiture, pour exprimer le mouvement, est tout simplement génial.
La parfaite complicité, sur scène et dans la vie, entre le metteur en scène et le comédien Alexis Martin, servent magnifiquement la pièce. Tout concourt à nous faire voir, à nous faire rire et à nous faire réfléchir sur nos dépendances et sur nos peurs.

Le seul point que j'ai moins aimé de la pièce est la partie où le bon Dr. Vadeboncoeur nous fait une petite morale à la fin... Je trouve que de souligner ainsi au crayon rouge ce que nous avions déjà compris et senti est inutile et quelque peu irritant. Ce brusque retour à la réalité brise le plaisir et la joie bon enfant que nous avait procurés la pièce.

Avec Evelyne de la Chenelière, Sylvie Moreau, Marie-Thérèse Fortin, Pierre Lebeau, Didier Lucien et Alexis Martin.

Knock ou Le triomphe de la médecine, une belle soirée joyeuse, à passer au TNM.
Jusqu'au 12 octobre 2019.

https://tnm.qc.ca/

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