Keith Jarrett à la Salle Wilfrid-Pelletier le 3 juillet 2010, virtuose... y'a pas photo !

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Keith Jarrett est un virtuose du piano. Inutile de pinailler là-dessus, nous serons sûrement tous d'accord. Inutile par ailleurs de revenir sur le parcours de l'artiste aux quarante ans de carrière, reconnu comme l'un des plus prolifiques et talentueux pianiste Jazz de la planète.

Cependant, alors que l'octogénaire Sonny Rollins nous avait épaté la semaine dernière avec son souffle intact et sa bonhomie communicative, que John Zorn -autre grosse pointure programmée au FIJM cette année- nous avait surpris avec son marathon musical éclectique et débridé, jeudi soir au Théâtre Maisonneuve, le trio constitué du pianiste Keith Jarrett, du contre-bassiste Gary Peacock et du batteur Jack DeJohnette n'a jamais livré hier soir qu'une mécanique musicale parfaitement huilée et exempte de surprise.

Certes, Jarrett vit intensément sa musique, arc-bouté sur son Steinway, râlant de bonheur ou de douleur (je me pose encore la question) lors de l'exécution de ses improvisations, ou encore, recueilli devant son clavier tel un adepte de la Méditation transcendantale. Certes, la recherche constante de l'expressivité musicale paroxystique est bien là, l'extrême dextérité aussi, la technique, totale, bien entendu, mais cette musique-là ne finit-elle pas au bout du compte par tomber du côté de la mièvrerie ? Les lumières annonçant l'entracte s'allumaient qu'on se demandait si ce spectacle allait décoller.

De retour de la pause, on eut quand-même droit à une évocation un peu plus guillerette des Feuilles Mortes de Kosma, à un ou deux morceaux tendant vers le swing agrémentés de quelques solos de batterie bien sentis.

Dernier point en guise de conclusion. Qu'on se le dise une bonne fois pour toutes, Keith Jarrett ne supporte pas qu'on le prenne en photo, cela, avant, pendant et même après ses spectacles... Certains spectateurs l'ont appris à leurs dépens hier soir, lors de l'ultime salut sur scène du pianiste de renommée mondiale. En guise de rappel, ce dernier a déclaré à l'intention de certains malotrus (qui avaient au passage payé entre 80$ et 100$ pour venir l'écouter) qu'il ne pointerait pas son nez dans cette salle avant que cette dernière ne soit totalement expurgée de ces maudites caméras.

Départ de l'artiste sous les huées, point final peu flatteur d'un spectacle aussi introspectif que poussif.

Bertrand Breuque - 4 juillet 2010

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