Karina Marceau et Victor Diaz quittent pour l'Inde

La journaliste Karina Marceau quitte pour l'Inde samedi le 27 novembre, avec le photographe Victor Diaz, afin de tourner un documentaire sur l'impact de l'organisation Les Jeunes Musiciens du monde en Inde. Karina explique qu'elle y retourne une deuxième fois car les 2 frères Fortier, de Québec, ont terminé les séries de spectacles au Québec, et retournent en Inde avec l'argent récolté ici...Leur école peut donc survivre une autre année en Inde. Par ailleurs, ce deuxième voyage permettra à Karina de constater comment «sa famille» se porte après presque 3 mois là-bas. Bonne chance à Karina et Vic!

Voici le scénario:

En décembre dernier, l’usine d’Abitibi-Consolidated à La Baie où travaille Alain Tremblay depuis 24 ans ferme ses portes. À quarante-cinq ans, sans emploi, père de quatre jeunes enfants, musicien et conscient des iniquités sociales, Alain Tremblay profite de cette tuile pour réinventer sa vie. Nadine Lavoie, sa conjointe elle aussi musicienne, a toujours rêvé de coopération internationale. Non sans angoisse, le couple vend tout : maison, voiture, meubles et s’embarque pour l’Inde avec toute la famille. Pendant un an, les québécois travailleront bénévolement pour une école bien spéciale dans un tout petit village qui ne figure sur aucune carte. Dans un pays où encore aujourd’hui l’analphabétisme touche près de la moitié de la population, soit 450 millions de personnes, cette école fondée par deux jeunes hommes de Québec, héberge 50 enfants abandonnés, les nourrit, les habillent, leur donne une formation académique en plus de les initier à la musique traditionnelle indienne!
Le 7 septembre 2004, ville de La Baie. C’est la pagaille. Il reste tant à faire pour vider la maison que la famille habite depuis plusieurs années. Bien enracinés à leur coin de pays qu’ils n’ont jamais quitté, dans quelques heures les Lavoie-Tremblay diront adieu à leur coquette résidence avec vue sur le fjord du Saguenay et à tout ceux qui ont partagé leur quotidien depuis si longtemps pour une destination si souvent redoutée. Un long voyage à l’issue duquel la famille débarque à Mombai. C’est le choc : Mombai est une ville étouffante, l’une des plus polluée de la planète qui abrite 15 millions d’habitants dont près de la moitié vit dans des conditions inhumaines. On y parle surtout l’hindi. Les Lavoie-Tremblay à peine un peu d’anglais. Les enfants, de 3 à 8 ans, sont troublés devant autant de misère. Des enfants de leur âge, seuls, doivent se débrouiller comme ils le peuvent pour survivre. Les indiens eux sont estomaqués de croiser quatre petits bébés blonds qui se baladent entre les échoppes, les mendiants et les chiens.
Après quelques jours de repos, la famille prend la route pour Kalkeri, petit village de la province du Karnataka. C’est là, au bout de 18 heures de train, qu’elle trouvera enfin sa nouvelle demeure : une petite maison de douze pieds par huit, faite de bambou et de terre séchée. Les premiers jours sont difficiles. Deux des enfants sont malades. La famille réalise que le seul repas qui est servi ici, est du riz blanc au déjeuner, au dîner et au souper. Pas de douche. Seul le lac boueux où se baignent également les vaches sert d’endroit pour se rafraîchir.
Comment les Lavoie-Tremblay vont-ils s’adapter? D’ici deux mois, seront-ils transportés par la joie de la coopération ou se demanderont-ils ce qui a bien pu les amener là? Outre le service qu’ils rendent, comment au juste l’aide humanitaire transformera-t-elle leur vie à eux? Comment supporteront-ils les frères Fortier dans leur idéal d’aider un peuple qui souffre par le biais d’une école?
Ce qui a amené Mathieu et Blaise Fortier à cet endroit, est le désir d’offrir à des enfants abandonnés quelque chose de plus qu’une formation académique. Un bagage qui assure le mieux-être plutôt que le plus avoir; une discipline qui procure confiance et estime d'eux-mêmes à ceux qui n’ont rien. Arrivé à Kalkeri il y a dix ans, Mathieu Fortier n’en repart plus. Il s’installe là avec sa femme, Agathe, et y fonde sa famille. Ému par l’initiative d’une école en Inde, son frère Blaise les rejoint. L’école Jeunes musiciens du monde est fondée en novembre 2002. Aujourd’hui, elle héberge, nourrit, habille et éduque gratuitement 50 enfants et leur offre une formation musicale de haut niveau.
Cette école innovatrice se démarque des initiatives de développement habituelles. Elle répond, certes, à des besoins de base : l’extrême pauvreté et la difficulté d’accès à l’éducation sont de graves problèmes en Inde. Il y a dix ans, seulement 27% des enfants indiens étaient inscrits en première année d'école primaire. Chez les filles de plus de 7 ans, 61% ne sait ni lire ni écrire. Il y a donc peu de chance pour une grande majorité d’indiens de se créer un avenir meilleur. Pourtant, les indiens valorisent souvent autre chose dans la vie que de bons revenus. Même pour les plus pauvres des pauvres, l’estime de soi et une bonne réputation valent beaucoup. Et c’est là que l’école Jeunes musiciens du monde se distingue : bien plus que de les alimenter pour quelques mois, elle allume la flamme qui donnera un sens à la vie de ces jeunes. Une flamme qui ne vient pas d’ailleurs mais qui se nourrit des valeurs essentielles de leur propre société.
Et c’est ici, au Québec, que ce flambeau s’allume. Le budget de fonctionnement de l’école est exclusivement tributaire des dons recueillis au Canada. Trois mois par année, les frères Fortier reviennent au pays et s’activent comme de vraies abeilles entre Québec et Montréal pour mettre sur pied des activités de financement qui connaissent un succès retentissant. Cette année, leurs spectacles bénéfices au Capitole et au Métropolis présentent les vedettes québécoises de l’heure. Tous ont accepté de participer gratuitement : Ariane Moffat, La bottine souriante et Steffie Shock, pour ne nommer que ceux là! Mais les frères Fortier ne sont pas ici pour la gloire et le jet-set. Dès le dernier spectacle terminé, ils rentrent chez eux, à Kalkeri, où près d’une centaine de personnes les attendent… et dépendent d’eux.
Loin d’être une petite initiative isolée, le projet des frères Fortier est devenu un projet de développement qui vit grâce à l’implication un nombre croissant de québécois. Les frères Fortier consacrent leur vie à ce projet. Des québécois de tous les milieux les y aident par leurs dons ou leur présence. Pour les Lavoie-Tremblay, cette contribution se fait sur le terrain, à partager le quotidien de ceux qu’ils ont choisi d’aider en mettant à profit leurs connaissances : construction de bâtiments et agriculture. Un projet de coopération dont l’impact transformateur ne bénéficie pas qu’à l’Inde.
Bien plus qu’un documentaire sur l’Inde, ce document est un hymne à l’espoir pour nous québécois. L’espoir que nos vies ne s’arrêtent pas à la perte d’un emploi. L’espoir qu’il existe encore des initiatives positives. L’espoir que la musique est un pont entre toutes les cultures. L’espoir qu’on peut faire une petite différence, encore…

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