John Heward - Au Musée national des beaux-arts du Québec, du 13 mars au 24 août 2008

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John Heward est l’un des artistes les plus importants de l’abstraction moderniste au Québec et au Canada. Voilà pourquoi le Musée national des beaux-arts du Québec lui dédie – à la faveur d’une donation de 95 œuvres de la part de l'artiste – une première exposition à caractère rétrospectif.

Né à Montréal en 1934, John Heward compte à son actif une quarantaine d’expositions individuelles, une dizaine d’expositions en duo et quelque 80 manifestations collectives au pays et à l’étranger. Également batteur accompli dans le champ de l’avant-jazz et de la musique d’improvisation, l’artiste aborde dans son œuvre des questions liées autant à l’art visuel qu’à la musique, notamment l’impermanence de la matière et le work in progress.

Depuis la fin des années 1960, il exerce une pratique sans artifice privilégiant le matériau brut et la portée significative du geste premier. Attachées à une baguette de bois, aléatoirement taquées! ou librement accrochées au mur, suspendues au plafond ou jonchant le sol, les créations de John Heward imposent leur authenticité à l’aire environnante.

John Heward. Un parcours / Une collection réunit 72 œuvres, mettant ainsi à l’avant-scène le travail distinctif et rigoureux de l’artiste. L’exposition sera également présentée l’automne prochain à Montréal (UQAM).

Une œuvre forte et inventive

La qualité et la diversité des œuvres qui composent la donation, et par le fait même l’exposition, permettent de mettre en lumière une production qui se distingue par un enchevêtrement de rythmes temporels.

Une prédilection pour les toiles et les rayonnes
Les toiles et rayonnes de John Heward – formant plus de la moitié de ce riche ensemble – posent formellement les assises de sa pratique, soit une réflexion soutenue sur l’être et ses « états d’être ». Pour ce faire, Heward interroge constamment les acquis de la peinture. Ainsi, d’une série à l’autre (des structures de paysages aux abstractions en passant par les masques, signes, marges, autoportraits ou les incontournables en formation), il reconsidère la structure, le geste, le tracé, la forme signée ou la tache comme autant de facteurs déterminants dans son processus de transformation, et ce, au même titre que le support textile accusant les aléas de la manipulation et les marques du temps. L’œuvre peinte prend alors véritablement corps. Qu’elles soient révélées dans leur état brut ou recouvertes d’une enveloppe de vinyle, qu’elles apparaissent à peine marquées ou littéralement masquées, qu’elles soient récupérées de travaux précédents puis fragmentées! et peintes à nouveau, qu’elles soient superposées et liées entre elles par de solides attaches de métal, ces toiles occupent l’espace réel de toute leur gravité.

Des figures déstabilisantes
À la limite de l’abstraction et de la figuration, les signes et figures que John Heward dessine, peint, dissimule sous les stratifications de matière sur la toile ou concrétise en objets tridimensionnels conservent toujours un caractère secret déstabilisant. Un non-sens défiant toute certitude. Que la forme nous apparaisse identifiable ou associable à un fragment de réalité, elle n’en demeure pas moins inscrite dans un rituel de transformation, tributaire de la qualité de l’expérience qu’elle commande.

John Heward

Un parcours artistique bien rempli
Suite à une première présentation de son travail à la Galerie Whitney de Montréal en 1971, John Heward tient régulièrement des expositions individuelles dans plusieurs galeries de pointe et centres d’exposition reconnus à travers le Canada. Son travail est particulièrement célébré par le Musée d’art contemporain (Montréal, 1977), l’Agnes Etheringthon Art Centre (Queen’s University, Kingston, 1994) et le Centre culturel canadien (Paris, 2000). John Heward expose aussi conjointement avec Sylvia Safdie dans différentes villes canadiennes, de même qu’à New York, Chicago, San Diego et Burlington (États-Unis) et à Beejing (Chine). De plus, il participe à de nombreuses expositions collectives d’envergure dont Forum ’76 (Musée des beaux-arts de Montréal, 1976), 03 23 03 : premières rencontres d’art contemporain, Montréal, 1977 (organisée par Parachute, revue d’art contemporain et l’Institut d’art contemporain de Montréal, 1977), 20 x 20 Italia-Canada I! I (Galleria Blu, Milan, Italie, 1979), Aventure / Venture (Centre Saidye Bronfman, Montréal, 1986), Stations : les Cent jours d’art contemporain de Montréal, 1987 (Centre international d’art contemporain de Montréal, 1987), Présence : René Pierre Allain, Neil Campbell, John Francis et John Heward, les Cent jours d’art contemporain de Montréal, 1993 (Centre international d’art contemporain de Montréal, 1993), Peinture Peinture (Association des galeries d’art contemporain de Montréal, 1998), Les capteurs de rêve : la Biennale d’art contemporain de Montréal, 1998 (Centre international d’art contemporain de Montréal, 1998), Montréal Télégraphe : le son iconographe / Montreal Telegraph: Sound as iconographer (organisée par Occurrence, Montréal Télégraphe, Montréal, 2000) et Continuum : Arts : Le Havre 2006, biennale d’art contemporain (Musée Malraux, Le Havre, France, 2006).

Durant ces années, la pratique de John Heward fait l’objet de nombreux écrits parmi lesquels nous retenons deux monographies par James D. Campbell, An interpretive paradigm: the rayons and sculptures of John Heward (Montréal, Dictions Montréal, 1988) et The thought from outside: an inquiry into the art and artefacts of John Heward (Montréal, EWC Press, 1996), de même qu’un texte éclairant de Roald Nasgaard paru dans sa toute récente publication, Abstract Painting in Canada (Vancouver, Douglas & McIntyre, 2007).

Le catalogue

De facture contemporaine, la publication qui accompagne l’exposition est un véritable outil de référence. On y trouve une préface de John R. Porter, directeur général du Musée national des beaux-arts du Québec, un hommage à l’artiste signé par le galeriste Roger Bellemare, une introduction de Michel Martin, conservateur de l’art contemporain de 1950 à 2000 au MNBAQ, un essai substantiel de Roald Nasgaard, historien de l’art et professeur au Département d’art de la Florida Sate University, ainsi que des textes fort éclairants d’Eric Lewis, musicien et professeur de philosophie à l’Université McGill, et de James D. Campbell, philosophe et critique d’art. L’ouvrage, qui compte 240 pages, est imagé des 72 œuvres de l’exposition et bonifié de 33 autres illustrations. Un CD, comprenant un choix de pièces musicales auxquelles participe l’artiste, est également inclus dans le catalogue. En vente au coût de 39,95 $, l’ouvrage est disponible à la Boutique du Musée et dans de nombreuses librairies (Publications du Québec).

En marge de l’exposition

Concert d’Erreur de type 27
Une performance musicale unique lors de laquelle seront interprétées des pièces contemporaines du remarquable compositeur Denis Gougeon. Une sélection d’œuvres de John Heward sera projetée sur grand écran pendant le concert.
Le dimanche 16 mars, 14 h / 15 $ (Abonnés-Amis et étudiants : 10 $)

La Collection 2 de la Chambre blanche
Le Musée s’associe à la Chambre blanche et accueille la cinquième et dernière performance sonore de la série, inspirée de l’œuvre de John Heward. Avec André Pappathomas, maître de chœur, dont la musique est un étonnant amalgame de psalmodie grégorienne, de mélopée orientale, de chants hongrois, bulgares, balinais et de mélodies tissées dans une langue inventée.
Le mercredi 19 mars, 20 h / 10 $ (Abonnés-Amis et étudiants : 5 $)

Direction de projet : Yves Lacasse, directeur des collections et de la recherche
Commissariat : Michel Martin, conservateur de l’art contemporain de 1950 à 2000
Design et graphisme : Marie-France Grondin

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