Jean-François Aubé se livre pour la sortie de son nouveau roman

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Jean-François Aubé

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L'univers des dépanneurs – quel sujet unique pour aborder l'intériorité d'un protagoniste!

Jean-François Aubé a pourtant relevé le défi avec franc succès. La mort d’un commis de dépanneur nous présente un narrateur qui se caractérise par son cynisme, son humour pince-sans-rire ainsi que par son souci du détail en ce qui concerne l’observation en finesse. À travers son parcours dans lequel il apprend à travailler dans un dépanneur, le protagoniste fait des rencontres de toute sorte, connaît les habitué(e)s de la place, se rappelle leurs préférences – bref, il apprend à vivre autrement. En fait, il apprend à vivre tout court, c’est-à-dire qu’il se découvre enfin grâce à ces mémorables rencontres du quotidien.

La mort d’un commis de dépanneur n’est pas seulement l’histoire du narrateur, mais aussi celle des autres personnages – les clients visitant chaque jour ce lieu de dépendances. Ensemble, ils errent, discutent, regardent le temps passer. Avec le regard philosophique du protagoniste, nous percevons la vie sous un angle nouveau où les nuances ponctuent notre vision du monde.

C’est un personnage qui est quand même à fort contraste; on s’entend qu’il est très cynique et froid, mais en même temps on se rend compte qu’il est de plus en plus capable d’une certaine sensibilité et de s’ouvrir aux autres. En fait, quand je décrivais mon projet aux gens, je parlais souvent d’un personnage que j’aime beaucoup au cinéma; c’est le personnage de Un zoo la nuit de Jean-Claude Lauzon. Il y a un personnage qui sort de prison, c’est comme un truand, mais qui a ce contraste-là – c’est-à-dire que c’est un monstre d’indifférence et de bassesse, mais en même temps, il s’avère capable des plus belles tendresses humaines. Il a une relation très tendre avec son père et il y a ces deux couches là très contrastées et c’est un peu un modèle que j’avais quand je voulais faire vivre le narrateur.

— Jean-François Aubé

Extrait du roman

« Qu’est-ce qui sépare l’intérieur de l’extérieur? La question se pose dans toutes les circonstances. Chez Accommodation Song & Song, il n’y a pas de murs pour faire la part des choses. Ou si peu. On ne les voit pas. Dans un dépanneur, la frontière entre le dehors et le dedans est assumée par les réfrigérateurs. Oui, la chaleur et le bruit que dégagent leurs moteurs étouffent. Or, ils confèrent de l’épaisseur à l’édifice. On imagine difficilement un ouragan venir à bout de parois ainsi doublées. Au typhon qui se présente pour soulever le bâtiment et le pulvériser dans son œil, le dépanneur répond : "Très bien!, Mais sache que je viens avec mes vingt et un réfrigérateurs et leurs charges de bières, de compresseurs et d’acier." C’est un pensez-y-bien. »

Entrevue avec l'auteur

1. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire ce roman sur l’univers des dépanneurs?

J’avais envie d’avoir du plaisir à écrire un livre, j’avais envie de renouer avec un ton plus décontracté un peu. Je pense que je me suis beaucoup inspiré de livres que j’ai lus quand j’étais au cégep. Il y a deux livres qui m’ont inspiré c’est Le libraire de Gérard Bessette pis Salut Galarneau! de Jacques Godbout qui sont des livres où c’est un personnage, un narrateur qui a une certaine éducation, qui a des lettres, qui est allé à l’université peut-être pis qui fait une jobine. Ça lui permet de côtoyer du monde que les gens plus cultivés ne côtoient pas normalement. Ça donne une posture, une vision du monde. Ça lui donne une position particulière pour regarder le monde pis c’est un peu cette posture-là qui m’intéressait pis aussi le ton. C’est vraiment le ton que je cherchais. Je voulais me faire du fun avec cette posture-là, ce cynisme-là et ce ton-là.

2. Qu’est-ce qui t’a inspiré ce style d’écriture, cette façon d’aborder le visuel d’un dépanneur, des gens, de la vie qui passe?

C’est sûr que j’en ai visité quelques-uns. Ça ne demande pas une grosse recherche. C’est justement pour ça que je voulais écrire un livre comme ça parce que bon, on connaît tous qu’est-ce que c’est un dépanneur. J’ai pas lu trente livres pour écrire ce livre-là. J’en ai quand même visité pis j’ai parlé beaucoup avec les propriétaires.

On se le cachera pas, le style quand même est assez naturel; ça me ressemble aussi un petit peu. Quand j’écris, c’est facile pour moi d’aller dans ce style-là. Mais quand même, j’en ai profité. Je me suis dit : « avec ce roman-là, je vais y aller à fond dans ce style ».

3. Comment as-tu procédé pour écrire ton roman?

En fait, ça fait vraiment longtemps que je travaille sur ce roman-là. C’est un vieux projet. Je dis que ça fait trois ans, mais ça fait peut-être même plus quatre ans en fait. Moi, je gagne ma vie comme enseignant. J’enseigne au cégep, souvent à temps partiel et des fois à temps plein. C’est ce qui fait que des fois je n’ai pas tant de temps pour écrire. Dans le fond, je pourrais dire que c’est les trois derniers étés que j’ai écrit ce roman-là pis des fois je m’isole dans des chalets. C’est très long pour moi en fait. Je ne suis pas très rapide. Après quatre heures, je suis vidé et il faut que je fasse autre chose.

La mort d'un commis de dépanneur

4. Tu as publié un recueil de nouvelles auparavant. Pourquoi as-tu choisi un roman cette fois-ci?

C’est un rêve que je caressais depuis longtemps pis avec un roman aussi ce qui est l’fun c’est qu’on peut développer un personnage un peu plus profondément et faire une vraie histoire, une histoire qui se déploie plus dans le temps. J’avais envie de faire ça.

5. Le protagoniste du livre semble chercher un sens à sa vie tout en laissant le temps filer en poursuivant son travail de commis de dépanneur. Il est très cynique et pourtant est capable de relativiser les choses à travers les événements de la vie, le bien et le mal. Comment as-tu construit un tel personnage; est-ce que c’était parfois difficile de mener à terme celui-ci?

J’étais assez à l’aise avec lui durant tout le long. C’est sûr que c’est inspiré de choses extérieures, de romans et de films. Je n’ai jamais travaillé dans un dépanneur, mais il y a quand même des parties qui me ressemblent un peu. J’ai été en couple pendant longtemps pis j’ai été célibataire pendant trois ans pis pendant ces trois années-là, je ne suis pas allé aussi loin que le narrateur, mais j’ai erré sur les réseaux de rencontres et tout ça. Même jusqu’à avoir une certaine dépendance par rapport à ça, de dire que ça devenait un mode de vie et j’ai rencontré beaucoup de monde pour qui c’était ça aussi. J’ai connu cet univers-là un peu, il m’a fait peur pis j’ai vu à quel point qu’on pouvait en être accroc à ce mode de vie là, qu’on pouvait avoir une date à toutes les semaines ou les deux semaines.

J’avais le goût de parler de la dépendance dans ce livre-là parce que le dépanneur c’est le lieu de toutes les dépendances (loto, cigarette, alcool…), mais j’avais envie aussi de parler de cette forme de dépendance là qui n’en est pas moins une.

6. Qu’est-ce que tu souhaites léguer à ton lectorat?

Il y a quelque chose pour moi qui ressemble à un récit qui a une forme un peu plus triste parce que c’est l’histoire en gros – quand on le prend de façon globale – c’est l’histoire d’un gars qui est pris avec ses préoccupations sur lui, sur soi, mais qui s’ouvre aux autres un petit peu. Donc, qui fait entrer un petit peu des autres dans sa vie et ça le libère un peu, ça l’allège un peu de tous les soucis du moi qui nous perturbent, qui nous alourdissent la vie comme le disent les bouddhistes. C’est l’histoire d’un gars qui a ben de la misère, mais qui s’ouvre aux autres pis qui trouve, en écoutant les histoires des autres, une certaine forme de libération.

Les yeux de la nation

7. Quelles sont tes inspirations du moment?

Il y a les deux romans qu’on se disait tantôt, celui de Galarneau et de Bessette. Pour l’inspiration, je dirais un écrivain que j’aime beaucoup, Pamuk. C’est Pamuk qui m’a appris que les objets, ça pouvait être intéressant. Que les objets pouvaient être chargés de quelque chose, d’une âme. C’est pour ça que dans le livre du dépanneur, je m’attache aussi un petit peu aux objets. J’essaie de ne pas trop faire des longues descriptions, mais quand même, je leur accorde une petite importance. Et ça, je sais que c’est un peu Pamuk qui m’a appris à décrire les objets et à les aimer.

8. Quelles sont tes inspirations qui t’ont marqué dans ta jeunesse et qui t’ont suivi jusqu’à aujourd’hui? Cela peut être aussi des courants de pensée, des livres, des films…  

J’ai étudié en philo un peu à l’université et je sais que j’ai été très sensible à des courants français, existentialistes et tout ça. Avec ce qu’on a vu, ça a mené au bouddhisme. C’est sûr que la philo a toujours été mon parcours, d’une manière ou d’une autre.

9. As-tu d’autres projets littéraires prochainement?

Je suis en train de travailler sur un projet, un livre pour ado. Un livre pour les 12 à 15 ans. J’ai commencé à écrire du théâtre aussi depuis quelques années pis là j’ai fait un projet et je vais essayer d’en faire un autre bientôt, mais ça c’est très vague alors je ne peux pas en dire grand-chose pour l’instant.

À propos de l'auteur

Jean-François Aubé est né à Québec et a entrepris des études universitaires en philosophie, en histoire et en cinéma, puis il s'est lancé dans la réalisation de courts-métrages de fictions ainsi que de deux longs métrages documentaires (Poussières sur la ville et Le pays des naufrages). Par la suite, il décide de poursuivre ses explorations cinématographiques en Gaspésie entre 2006 et 2013 et enseigne également le cinéma au niveau collégial.

Il a publié plusieurs textes dans différentes revues (XYZ. La revue de la nouvelle, l’Inconvénient), puis a sorti un recueil de nouvelles, Les yeux de la Nation. Tout récemment, Jean-François Aubé a publié son premier roman, La mort d'un commis de dépanneur.

Pour vous procurer le roman de Jean-François Aubé, cliquez ici : https://www.leslibraires.ca/livres/la-mort-d-un-commis-de-jean-francois….

Crédit photo : photo prise au https://www.editionssemaphore.qc.ca/auteur/jean-francois-aube/.