Hélène Larouche – Boites-sculptures ou sépultures?

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Par Caroline Houde

« On dirait un mort! » Ce commentaire, souvent accompagné d’un rictus dissimulant difficilement le malaise provoqué chez certains à la vue de ses œuvres, l’artiste Hélène Larouche connait bien mais ne semble pas s’en soucier outre mesure.

Née en 1957, la sculpteure québécoise Hélène Larouche, accumule depuis 1988, soit la fin de ses études en arts visuels, à l’université Laval, des boites, des coffrets et autres contenants récupérés qu’elle transforme en de singuliers et poétiques objets d’art.

Toujours en conservant un lien commun entre les éléments, l’artiste rassemble divers composants de la nature, photos, dessins, objets recyclés et des personnages qu’elle sculpte dans le grès, afin de créer ce qu’elle appelle ses boites à surprise.

Ces personnages, qui font partie intégrante de chacune des œuvres de cette série, réfèrent à certains éléments mythologiques par leur aspect souvent mi-animal, mi-humain. L’artiste rappelle ainsi l’influence de l’homme, à la fois sur sa propre existence et sur celle de son environnement.

Pendant l’acte de création, elle dit ne pas réfléchir à ce qu’elle cherche à exprimer et encore moins, à faire la leçon. Elle entre en relation très intime avec la matière et se raconte des histoires en se laissant aller instinctivement et librement aux émotions qui l’habitent.

Ces histoires qu’Hélène se raconte traitent souvent de ses inquiétudes par rapport à certains enjeux environnementaux, sujet récurrent à travers toute son œuvre. Touchée par l’avenir incertain qui semble se dessiner devant de nombreuses formes de vie, ses boites-sculptures expriment pour elle, les rapports de l’homme avec son environnement, par une sélection de matériaux auxquels elle accorde une forte connotation symbolique. Par exemple, les coffrets utilisés servent à évoquer l’accès à des secrets et trésors témoignant d’existences vécues, un peu à la manière d’un journal intime.

C’est avec une dose de recul par rapport à l’œuvre qu’elle parvient le mieux à expliquer les messages qu’elle contient. Pendant l’acte de création, son lien avec le sujet et la matière est si viscéral qu’elle arrive difficilement à y accoler des mots.

Un certain détachement, mental et émotionnel, rend ensuite possible sa réflexion. Pour Hélène, ses boites-sculptures sont d’abord des représentations dialectiques à propos de l’existence humaine en relation avec tout ce qui l’entoure : la famille, l’environnement ou encore, la spiritualité.

Son œuvre Traversée du désert, réalisée dans un petit coffret de bois, en est un exemple. Grâce à ce détachement, l’artiste fait preuve d’un esprit très analytique pour en expliquer les nombreux symboles.

L’inspiration lui est venue de la découverte d’une mâchoire de caribou et aussi, d’une photographie représentant une barque vide sur le bord d’un cours d’eau couvert de brume.

L’œuvre traite en partie de la migration des caribous, dont le nombre de têtes diminue dramatiquement dans certaines hardes. Différentes hypothèses sont amenées de la part des biologistes qui les étudient depuis plusieurs années, mais sans explications précises. L’artiste a utilisé la dorure pour orner les ossements de la mâchoire dans le but de magnifier cette partie de l’animal et rappeler combien il est précieux, non seulement pour l’écosystème, mais aussi pour les peuples qui en tirent leur subsistance.

Le corps du personnage, dont la tête a été façonnée dans le grès par l’artiste, consiste en un assemblage fait de la mâchoire couverte de feuilles d’or, de pigments et de plumes de perdrix. Allongé avec les paupières fermées, sur des cailloux déposés au fond du coffret, il suggère un mort en paix dans son cercueil.

L’image de l’embarcation vide sur les rives d’un cours d’eau symbolise le mythe de la traversée du Styx. Dans la mythologie grecque, Charon, le nocher des Enfers, conduisait la barque moyennant un péage et faisait passer les ombres errantes des défunts de l’autre côté du fleuve, vers le séjour des morts. L’eau incarne la purification physique et spirituelle mais aussi, une source de vie.

En somme, la Traversée du désert aborde les passages éprouvants que l’on traverse dans nos vies et qui nous marquent de façon durable, voire définitive.

Dans sa boite-sculpture Cheval de Troie, Hélène traite cette fois du sujet politique des forages dans le golfe du Saint-Laurent. Le titre de l’œuvre est déjà évocateur de l’opinion de l’artiste dans ce débat. L’expression signifie : « ruse de guerre, manœuvre pour avancer masqué » et suggère l’idée que les inquiétudes du peuple et la protection de l’environnement sont finalement, rarement prises en compte quand il s’agit de profit. Les conséquences de ces forages, qui nous sont inconnues, symbolisent pour elle le cheval de Troie qui avance dissimulé.

L’œuvre est constituée d’un nid d’oiseau peuplé de petits êtres à têtes de morts qu’Hélène a sculptés et auxquels elle a ajouté des plumes. La mère des touts petits, une sculpture représentant un être mi-humain, mi-oiseau, a donné naissance à des jeunes morts nés. En arrière plan, la photographie d’un puits de forage faisant face au lever du soleil conclue la mise en scène évocatrice.

Dans la même série, l’œuvre Puzzle a été inspirée d’images représentant les pièces d’un casse-tête. Sur le couvercle du coffret, l’artiste en a réalisé un collage des plus ludique.

À l’intérieur, une photographie de Stonehenge, lieu qui fascine par ses mystères non-résolus. Les dernières découvertes scientifiques laissent toutefois croire qu’il s’agirait d’un lieu de sépulture depuis son origine. À travers des herbages synthétiques, des membres épars de corps humains sculptés par l’artiste, font office des pièces du puzzle à résoudre.

Constamment abordée dans le travail d’Hélène Larouche, la mort a cependant une connotation très spirituelle pour l’artiste qui ne peut parler de la vie sans évoquer la mort.

Nous sommes tous confrontés à une existence parsemée de deuils, pas seulement dus à la perte d’êtres chers, mais également aux situations qui changent, qui évoluent et qui bouleversent nos vies. Dans cette exploration de l’inconnu, l’artiste voit l’occasion d’apprendre à mieux se connaitre et qui sait, d’accéder à un niveau plus élevé de conscience, individuelle et collective…

Copyright. Tous droits réservés © 2012 Caroline Houde