Grand-messe punk pour les Buzzcocks

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C’est donc les oreilles encore fumantes de larsens buzzcokiens que je suis chargé de vous livrer mes impressions sur le concert de ce soir (et oui, il faut bien justifier de sa place gratuite… merci Patrick…)

Après le concert certes un peu poussif de Them Crooked Vultures la semaine dernière au Métropolis (n’en déplaise à certain), les mancuniens, glorieux rescapés des années punk anglaises, nous ont offert un concert digne de ce nom. Et ce surtout grâce au public présent ce soir. Car c’est toute la « faune » interlope du Village qui s’est donnée rendez-vous ce soir. L’air que l’on respire ici aux 1220 rue Sainte Catherine a quelque chose de sulfureux… Ce n’est peut-être qu’un détail, mais chacun n’hésite pas à boire sa bière achetée au Couche Tard d’en face deux fois moins chère qu’au bar à l’intérieur, sans que personne ne vienne vous rappeler à l’ordre… Comme si une sorte de loi tacite autorisait toute cette population de punk moderne à vivre l’espace d’un instant sans un policier collé à chacune de ses basques. Vive la vie dans les intervalles.

Et toute cette jeunesse débauchée aura dû patienter jusqu’à 22h00 avant que nos vedettes de la soirée daignent enfin fouler la scène du National. « Sir » papy Pete Shelley (combien d’année au compteur ? pas loin de soixante, ça fait beaucoup pour un punk-rockeur qui a vécu le truc de l’intérieur) accompagné de Steve Diggle et de deux jeunes pièces rapportées finissent donc par apparaître, toutes guitares dehors.

Après un léger vague à l’âme provoqué par l’alcool et l’impatience, les corps se libèrent. Au bout de deux ou trois power-chords savamment exécutés sur sa Les Paul Junior, Shelley, et ses acolytes provoquent instantanément le pogo rituel de tout bon concert punk. Les corps décident donc de s’exprimer dans ce que l’on pourrait appeler une dance primitive non préméditée. On s’entrechoque joyeusement avec la sensation de vivre une sorte de communion fraternelle.

Le public est conquis d’avance… Et comment ne pas l’être face à un groupe qui pour beaucoup et à juste titre a participé à l’explosion punk de 1976. On ne vous refera pas l’histoire ici, pour cela il suffit de lire ou relire « England’s Dreaming » de John Savage ou « Lipstick traces » de Greil Marcus pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’avoir vingt ans à l’époque… Pour la faire vraiment très courte, il y avait les Sex Pistols et les Clash à Londres, et puis Les Buzzcocks à Manchester…

C’est dire si leur musique respire le souffle originel de la grand-messe punk. Le combo enchaîne donc les titres à vitesse grand V dans la plus pure tradition de l’époque. Cette cadence permet aussi de masquer les titres un peu en dessous des pépites que recèle le répertoire du groupe. What do i get, Boredom, Orgasm addict (jouée en rappel) pour n’en citer que quelques-uns nourriront momentanément les frustrations de nos vies respectives… Une bonne heure de concert à exulter sans se soucier du lendemain qui pourtant sera sûrement terrible pour beaucoup… Récession, spéculation sauvage, chômage, prostitution, esclavagisme moderne dans des usines bruyantes, j’en passe et des meilleures apporteront leur lot de malheur à tous à chacun.

Mathieu Germain.

Buzzcocks, le National, 18 /05/2010

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