« Frères » au Théâtre Prospero : la puissance de la candeur fraternelle

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La directrice artistique de l’Opsis, Luce Pelletier, a choisi de poursuivre le Cycle italien du Théâtre Prospero en traduisant et en assurant la mise en scène de « Frères », une pièce de l’auteur Francesco Silvestri. Jusqu’au 10 mars prochain, les acteurs Émile Proulx-Cloutier et Benoit Rioux se chargeront d’illuminer une part de votre humanité grâce à la simplicité de leur fraternité.

Les lumières s’ouvrent sur un lit d’hôpital, quelques meubles et une structure où des centaines de rubans multicolores sont attachés. Les rubans font ici référence à cette tradition d’origine celtique voulant que si on lave une partie du corps malade avec un bout de tissu et qu’on l’accroche à un arbre situé près d’un puits aux vertus curatives, le malade guérit lorsque le tissu est complètement désagrégé.

Dans ce lit, un jeune homme, prisonnier de sa condition, souffrant d’une maladie innommable et incurable. À son chevet, son grand frère, un simple d’esprit à qui l’on interdit de prendre soin de celui qu’il aime au-delà de toute considération. Prétextant se rendre à la messe afin de visiter son petit frère en douce, l'aîné s’adonne à son propre rituel : il lui tient compagnie, lui raconte des histoires, le nourrit, le lave et lui offre toute son affection.

Bien qu’on puisse avoir le réflexe de comparer l’histoire de « Frères » à certaines productions viscéralement dramatiques qui nous remuent les entrailles de douleur, on finit par recevoir la candeur et la simplicité du fond et de la forme comme une bouffée d’air frais.

Ayant la lourde tâche de soutenir un monologue pendant un peu plus d’une heure, Émile Proulx-Cloutier est sensible, dynamique, agréablement cabotin et attendrissant. Les regards d’amour qu’il échange avec son « petit frère », Benoit Rioux, sont visiblement sincères.

À défaut de cris, de pleurs, d’insultes, de colère, de trahison et d’une panoplie de stéréotypes dramatiques, « Frères » soulève des questions fondamentales sur l’accompagnement d’un proche dans la souffrance : qui parmi nous accepterait de faire ce que ce simple d’esprit choisit d’accomplir chaque jour avec un enthousiasme renouvelé ? Qui parmi nous peut affirmer sans hésiter avoir un frère, une sœur ou un ami qui serait là pour le soutenir de la sorte ? Notre humanité relationnelle nous permet-elle de se savoir entourés de gens qui sont là quand ça compte vraiment, qui n’hésitent pas à tout lâcher pour nous aider et qui font de la considération d’autrui l’une de leurs priorités ?

En faisant le pari de la simplicité, « Frères » gagne énormément là où une partie de la population perd en humanité.

Crédits photos : Marie-Claude Hamel