Feu vert au mariage entre Reuters et Thomson

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La Commission européenne, les Etats-Unis et le Canada ont donné mardi 19 février 2008 leur feu vert sous conditions à l'acquisition de l'agence de presse internationale Reuters par le canadien Thomson Corporation, donnant naissance au plus grand fournisseur mondial d'informations et de données.

"Les parties à la concentration ont proposé un ensemble de mesures correctives qui offrent de solides garanties que les utilisateurs de données financières ne seront pas lésés par cette opération de concentration de grande envergure", a déclaré dans un communiqué Neelie Kroes, commissaire à la Concurrence.

Pour satisfaire la Commission, qui craignait un abus de position dominante, les deux parties ont accepté de céder à un concurrent les bases de données utilisées dans certains produits d'information financière, ainsi que les actifs, le personnel et la clientèle permettant de les exploiter.

Les actionnaires de Reuters recevront 352,5 pence en liquide et O,16 action de Thomson par action de Reuters, soit une opération d'une valeur globale de 10,5 milliards d'euros.
Peu après l'annonce du feu vert européen, l'action de Reuters a enregistré un léger rebond. Mais le titre a fini en repli de 0,16% à 605-1/2 pence à la Bourse de Londres.
L'action Thomson restait quasiment stable à Toronto.

La Commission avait ouvert en octobre 2007 une enquête approfondie sur cette concentration qui, sans changement, aurait "pu entraver sensiblement l'exercice d'une concurrence effective sur plusieurs marchés du secteur de l'information financière".

Thomson et Reuters sont en effet deux grands fournisseurs d'informations financières qui recueillent, compilent et diffusent des données de marché en temps réel ou historiques, ainsi que d'autres types d'informations financières.
Les deux groupes répondent aux besoins des professionnels de la finance, tels que les opérateurs en bourse et les opérateurs vendeurs en salles de marché, des investisseurs ainsi que des analystes sur le marché des services en dehors des salles de marché opérant au sein de banques, de fonds d'investissement et d'entreprises, explique la Commission dans un communiqué.

Thomson est actif sur les marchés de l'analyse juridique, fiscale, comptable et scientifique, tandis que Reuters est surtout connu comme une des plus grandes agences de presse.
Au cours de l'enquête, les services de Neelie Kroes ont estimé que les principaux domaines dans lesquels les activités des deux entreprises se chevauchaient concernaient les services hors salles de marché -- analyse et gestion de patrimoine.

Le nouveau groupe aurait pu abuser de sa position dominante sur les marchés de la distribution des rapports de courtiers en différé, des prévisions de résultats, des données financières fondamentales concernant les entreprises et des séries chronologiques de données économiques.

Telle que proposée initialement, l'opération aurait éliminé la concurrence entre les deux principaux fournisseurs de ces bases de données sur le marché, tant au niveau mondial qu'au niveau de l'Espace économique européen (EEE), qui comprend l'Union européenne, l'Islande, la Norvège et le Liechtenstein.

Les rapports de courtiers diffusés en différé analysent des valeurs, des industries ou des secteurs.
Ce marché porte sur la vente des rapports après une période d'embargo (d'environ deux semaines) au cours de laquelle les rapports ne sont accessibles qu'à un certain nombre de clients.
Les prévisions de résultats sont faites par des analystes concernant les résultats futurs des entreprises.

Les bases de données relatives aux fondamentaux contiennent des données spécifiques à chaque entreprise, telles que des données issues des états financiers, les ratios financiers ou des données sur les bénéfices par actions.
Les séries chronologiques de données économiques couvrent des données sur les variables macroéconomiques, telles que le PIB, le taux de chômage, etc., recueillies sur de longues périodes afin de permettre une étude des tendances. Ces bases de données sont essentiellement utilisées dans les activités hors salles de marché des institutions financières.

L'opération proposée aurait aussi eu une incidence négative sur les fournisseurs de produits vendus via des terminaux, qui acquièrent certains types d'informations financières pour les intégrer dans leurs propres offres de produits.
"L'entité issue de la concentration aurait eu la capacité et la tentation d'exclure ces concurrents du marché, ce qui aurait porté atteinte à la concurrence en aval", dit la Commission.
Sans les "désinvestissements" opérés, cela "aurait placé les institutions financières et les clients de ces produits devant un choix réduit, la probabilité d'une hausse des prix et un risque grave d'interruption de la fourniture des produits concernés par le chevauchement", estime l'exécutif européen.

Quelques heures plus tard, le Département américain de la justice (DOJ), autorité de la concurrence aux Etats-Unis, donnait lui aussi son feu vert à l'opération après avoir aussi obtenu le respect de certaines conditions.
Le Bureau de la Concurrence canadien a fait de même, satisfait des cessions d'actifs engagées.

Les sociétés doivent céder des copies concernant des bases de données financières (Worldscope de Thomson, Reuters Estimates, Reuters Aftermarket Research et Reuters EcoWin) et octroyer des licences sur la propriété intellectuelle afférente dans les 60 jours pour poursuivre la vente, déclare le DOJ dans un communiqué.

"Nous avons engagé des discussions préliminaires avec un certain nombre de parties; nous ne pensons pas, compte tenu de l'intérêt pour ces actifs, que la cession posera problème", a déclaré le directeur général de Reuters Tom Glocer à la presse.

Reuters et Thomson ont dit s'attendre à ce que la transaction soit finalisée dans la semaine du 13 avril 2008.
Selon des données de 2006, le nouveau groupe aura une part de marché des données de 24%, équivalente à celle de son principal concurrent, Bloomberg.

Reuters a été fondée en 1851 par Paul Julius Reuter à Londres et la famille Thomson a acheté son premier journal en 1934 avant de bâtir un empire de presse.
Le président et directeur exécutif de Thomson, Richard Harrington, prendra sa retraite lorsque l'opération sera achevée, tandis que Tom Glocer dirigera le nouveau groupe

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