Festival international de littérature : « Résister ou disparaître »

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Place Gérald-Godin, dimanche le 15 septembre à Montréal avait lieu la lecture publique du manifeste : « Résister ou disparaître » dont les signataires sont les poètes José Acquelin, Paul Chamberland, Joël Pourbaix et l’artiste visuel Michel Dépatie.

Souvenir récent : ils tiennent solidairement la banderole sur laquelle est écrit « Résister ou disparaître ». Leurs visages affichent cette sorte de vigilance recueillie face à la foule et en égard à la foule des passants,
toujours la même, toujours changeante.

On nous fait la lecture du manifeste. En fait je ne sais pas si la lecture du manifeste s’adresse à un « nous » constitué. Des passants s’arrêtent et d’autres prêtant l’oreille repartent aussitôt. Bouche du métro Mont-Royal. Ce lieu transitoire, par son exemplarité à cet effet, semble avoir été choisi pour interpeller l’anonymat de chacun dans la foule. Le manifeste dénonce le travail de sape à l’endroit de la Culture, de l’Humanité et de la Terre. Je vous en livre quelques extraits. En ouverture : « Nous savons aujourd’hui que des forces de destruction nous menacent tous et, avec nous, la Terre des vivants. Ces forces sont démesurées mais c’est nous les humains, qui sommes responsables de leur déchaînement. L’avidité, la violence et l’ignorance, volontaire ou non, sont à la source du mal ».

Une requête est adressée à chacun depuis notre lien le plus solitaire- voire occulté- à l’autre et par un même lien où il ne nous est pas impossible de retrouver en communauté notre souveraineté en l’autre. « Mais où trouver la force pour résister à l’obscurité des pouvoirs qui ont rendu orphelins tant de cœurs humains? Est-ce demander l’impossible? À cela nous répondons que nous avons fait le pari de donner toute sa chance à cet impossible afin de dégager l’avenir d’une Terre renouvelée en ses vivants et réconciliée en ses peuples ».

L’instant après que les signataires aient lu publiquement le manifeste, une femme s’est approchée de Paul Chamberland et lui a émis ce commentaire qu’elle a retourné en question : « C’est une drôle de manifestation ça… ». Cela m’aurait arrangé de pouvoir la deviner au-delà du peu qu’elle a exprimé en comblant le silence entre ses mots et en définitive l’accuser d’une ignorance. Pour ma part, je crois qu’elle s’attendait à la grogne habituelle des revendications.

Mais je me souviens, j’ai responsabilité de me contenir : aujourd’hui, le «non » de la contestation n’est plus soutenu par un « oui » qui le contient en le pacifiant. Nous sommes à une époque où les libertés individuelles ont rompu le lien de continuité avec la Liberté collective. Certains l’appellent la liberté nihiliste, infiniment séduisante. Mais qui veut vivre avec « sa » liberté qui ne résonne pas à travers les autres ou que nul ne sait reconnaître et respecter? Ce qu’il y a de général dans le désir ne peut-être à l’origine d’un manque. Car nos aspirations individuelles y seraient déjà comme une dette à la frustation sans frein. Le Goff a dit que nous devons surmonter le passé de l’héritage impossible avec lequel nos sociétés promptes à la contestation et individualistes s’enlisent toujours. Pour ce faire : « Tu n’humilieras personne » nous est-il recommandé, en écho, ailleurs, dans cet espace partagé au hasard avec tout un chacun ce dimanche le 15 septembre, place Gérald-Godin.

« Si le mal est en nous, le remède à la dévastation et au désespoir ne se retrouve qu’en nous ». Et : « Va au-devant de ce que tu n’as jamais pensé être, abandonne-toi à tout ce que tu vois ne pas être toi ». Je me substitue à l’autre; je ne cherche pas à l’assimiler à qui je suis. Haute exigence morale, mais nécessaire. Pour en savoir davantage.

Voici le lien:
www.resisteroudisparaitre.org

J.-S.BOISVERT

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