Festival international de littérature de Montréal: pour saluer René Char!

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Le 15 septembre dernier on pouvait visualiser à l’auditorium de la Grande Bibliothèque le documentaire « nom de guerre Alexandre » du réalisateur Jérôme Prieur. Le documentaire relate les moments qui ont précédé l’engagement de René Char dans la Résistance contre l’occupation allemande. À cette époque, René Char était déjà écrivain et d’allégeance surréaliste.

Il a adhéré au mouvement dès 1929. Mais il s’en éloignera vers 1934. Il est resté en marge du groupe même au temps de son adhésion car dans son cas, malgré son intérêt pour le mouvement surréaliste, on ne peut parler d’écriture automatique, ni d’inconditionnelle fidélité à l’irrationnel. En 1947, René Char fera parvenir une lettre explicative à André Breton lui expliquant les motifs de sa défection envers le mouvement surréaliste.

Au temps de l’Occupation, René Char fait passer « l’absolu du langage à l’action clandestine ». Fureur et Mystère, publié en 1948, regroupe les écrits de cette période cruciale. Le documentaire relate que Char considérait les écrivains publiant en temps d’occupation allemande comme des collaborateurs. Sa ligne directrice lui dicte de ne rien publier « aussi longtemps que ne se sera pas produit quelque chose qui retournera entièrement l’innommable situation dans laquelle nous sommes plongés ». Par l’entremise du documentaire, on apprend à mieux connaître l’homme derrière l’œuvre. Il est resté fidèle à ses premières révoltes qui annonçaient déjà le grand poète qu’il deviendra. Par la suite, la révolte transmuée en engagement est demeurée active au cœur de l’écriture et vis-à-vis des hommes.

Outre l’œuvre, l’ample correspondance qu’il a entretenue avec des auteurs connus (Camus) et son encouragement envers de jeunes écrivains inconnus témoigne encore de l’engagement de l’écrivain comme homme parmi les hommes. Pour Char, l’expérience poétique est battement. Elle rend compte de la véracité du réel et non pas d’une construction imaginaire. L’homme n’est pas le jouet des contradictions. Le jeu des doubles équivoques est épuré jusqu’à leur irréductible opposition. Cette épuration, jusqu’à l’essentiel, de ce qui se livre du réel par la création n’a pour souci de « création » que de rendre compte de ce qui est. Ainsi tout se joue pour le mieux dans la durée limitée et l’espace fini de l’existence. Et peut-être est-ce ainsi qu’il faut entendre les mots de René Char quand celui-ci réaffirme instantanément pour tous « croire encore au pouvoir d’élucidation de la poésie ». Pouvoir d’élucidation de la poésie au monde dans son épreuve au monde, je dirais.

Jusqu’au samedi 22 septembre nous pouvions aussi voir l’exposition « Pour saluer René Char » dans le hall de la Grande Bibliothèque. Lettres de correspondance avec le poète québécois. Recueils en édition originale.

J.-S.BOISVERT www.myspace.com/jsboisvert

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