Fantasia : une poupée gonflable…vivante!

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19 juillet 2010 - 15:20
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Fantasia présentait en première montréalaise ce dimanche le film japonais «Air Doll» de Hirokazu Kore-eda.

Hideo (Itsuji Itao) est comblé. Il aime sa femme, la cajole, la couvre de présents et de baisers. Chaque fois qu’il rentre à la maison après une longue journée de travail, Nozomi (Bae Du-na, Arata) lui rend la monnaie de sa pièce. Elle l’attend, étendue nue sur le lit, prête à lui faire oublier tous ses tracas, sans se lasser de l’écouter. Nozomi est la femme idéale, et pour cause, c’est une poupée gonflable.

Un jour, Nozomi prend vie. Se découvrant un cœur, elle quitte l’appartement et se lance à la découverte du monde extérieur. Avec son regard enfantin, Nozomi découvre la beauté du monde. Elle constate aussi à ses dépends que la solitude et l’égoïsme sont le parti de cette immense ville peuplée de gratte-ciels anonymes. Nozomi fera la rencontrer d’une pléiade de personnages aussi vide qu’elle a l'intérieur. Dans cet univers fascinant, mais qui n’est pas le sien, la poupée découvrira que la vie est fragile, surtout lorsqu’on est fait de caoutchouc.

Sélection officielle du Festival de Cannes 2009 dans la catégorie Un Certain Regard, «Air Doll» nous fait flotter à travers un monde artificiel dans une bulle de candeur, nous permettant d’explorer le monde et ses tristes revers en jolies couleurs pastel.

Hirokazu Kore-eda offre avec «Air Doll» une franche critique des sociétés individualistes et matérialistes. Le réalisateur de «Still Walking», «Nobody knows» et «After Life» aborde aussi le sujet du statut de la femme dans son rôle archaïque de servitude et d’objet conçu en vue de combler le mâle dominant. Ainsi, Kore-eda libère la femme de l’emprise du maître du foyer et lui permet de mettre un pied hors du lit nuptial. Une fois à l’extérieur, la pauvre poupée, à la fois femme sexuée et enfant fragile, sera toutefois fatalement confrontée au même schème machiste.

«Air Doll» est une fable poétique et moderne dont la magnifique direction photo signée par Mark Ping-bing Lee («In a Mood for Love») offre un fort contrepoint par rapport au propos. De longs plans esthétisants, des couleurs douces et une lumière diffuse qui magnifie le visage et le corps de l’étonnante comédienne sud-coréenne Bae Du-na, réussissent à faire planer une douce lueur d’espoir malgré la morosité du monde qui sert de toile de fond.

Dans la lignée de «Métropolis», «Pinocchio», «Toy Story», «Mannequin», «Short Circuit», «Cyborg She» et «Lars and the Real Girl», «Air Doll» traite du fantasme de l’entité qui prend vie, du syndrome Frankenstein ou de la mégalomanie du créateur qui idolâtre son objet si bien que sous ses yeux il devient réel.

Basé sur le manga japonais de Yoshiie Gōda, «Air Doll» a définitivement sa place dans le genre. Malheureusement il ne réussit pas à se démarquer du lot. Outre quelques scènes captivantes et complètement fantaisistes, le film se perd en longueur. Une fois le concept de la poupée vivante assimilé, on aurait aimé plus de situations explicites, de rencontres impromptues ou 30 minutes de moins au film.

Plusieurs personnages tertiaires intéressants ne sont souvent qu'effleurés au passage. Un vieil homme mourant, une jeune fille boulimique, une femme d’affaire au regard amer, une enfant et sa poupée, Hirokazu Kore-eda aurai peut-être eu avantage à développer ces vies intrigantes en parallèle pour étoffer le propos.

En somme, «Air Doll» a une esthétique époustouflante et un univers qui lui est propre, mais il se perd graduellement dans son monde apathique, rasant au passage la complaisance. N’en reste pas moins un film amusant et original, mais dont le propos n’a rien pour remuer les foules.

http://www.fantasiafestival.com/2010/fr/

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