Faire du temps : Au Musée national des beaux-arts du Québec, du 24 avril au 15 juin 2008

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Nous sommes assaillis par quelque 60 000 pensées par jour. C'est sur cette matière que nous forgeons notre monde intérieur, que nous construisons les murs de notre propre prison. Mais comment passer de la « prison intérieure » à « l’atelier intérieur »?

Présentée dans le bloc cellulaire du pavillon Charles-Baillairgé (ancienne prison de Québec aujourd’hui intégrée au Musée national des beaux-arts du Québec), l’action participative Faire du temps, de l’artiste montréalaise Sylvie Cotton, explore les notions d’enfermement et d’isolement suggérées par ce lieu carcéral. Une façon originale d’observer à la loupe les pensées intérieures, celles qui – comme la peur, l’espoir, l’inquiétude, le doute et la projection – nous confinent dans des vues parfois étroites. D’ici au 15 juin prochain, l’artiste convie le public à venir faire du temps en sa compagnie au cœur d’une cellule qu’elle a aménagée pour l’occasion. Les personnes désirant faire retraite avec elle, l’espace d’une heure, pourront prendre rendez-vous à l’adresse suivante : fairedutemps@mnba.qc.ca. Il est également possible pour le visiteur de faire l’expérience d’une retraite en solitaire pendant l’absence de l’artiste.

Invitant tout à la fois à la rencontre de l’autre et de la retraite en soi, l’action proposée par Sylvie Cotton s’inscrit dans le cadre de la Manif d’art 4, événement biennal voué à la promotion et à la diffusion des arts actuels sur le territoire de la ville de Québec, dont le thème est cette année TOI / YOU rencontres, leurres et déchirures.

Une exposition présentée avec la collaboration de Rio Tinto Alcan.

La nature de l’exposition
Comment transformer une situation d’enfermement en un refuge, un lieu propice à la réflexion et au dialogue libérateur? Comment briser les chaînes qui ne se rattachent qu'à soi-même et renverser l’idée de clôture pour la transmuer en une situation de proximité de soi avec soi et de complicité avec l’autre? Comment passer, en somme, de la prison intérieure à l'atelier intérieur? L’action participative de Sylvie Cotton propose d'interroger la notion d'enfermement suggérée par les cellules de l’ancienne prison de Québec en la transposant sur le plan de l'expérience existentielle.

L'analogie apparaît aussitôt entre le prisonnier et le retraitant, entre le repentant et le méditant, entre le bagnard et la moniale. Chacun habite sa cellule, généralement en silence, l'un reclus par la force, l'autre par la forme. L'un par la punition, l'autre par la dévotion. Qu'est-ce qui les différencie?, interroge l’artiste. Il n’est en effet nul besoin d'être physiquement emprisonné pour sentir parfois l'exiguïté de notre monde intérieur, ni d'être libre pour, au contraire, jouir de la vastitude de son royaume.

Cherchant à explorer ce qui peut advenir quand l’isolement se sublime en retraite intérieure, l’artiste se fera ponctuellement enfermer dans une cellule, seule ou accompagnée, pour y « faire du temps », être simplement là, dessiner, écrire ou échanger. Ainsi partagées entre l’expérience de la solitude et de l’être-ensemble par l’accueil de visiteurs désirant « faire du temps » avec elle, ces sessions de réclusion tiennent lieu de résidence ouverte, une occasion de conscientiser le régime de liberté conditionnelle dans lequel l’esprit tend trop souvent à se retrancher.

Nathalie de Blois, conservatrice de l’art actuel

Pour faire du temps en compagnie de Sylvie Cotton
L’artiste sera présente de 13 h à 16 h, du jeudi au samedi
Les 24, 25 et 26 avril
Les 1er, 2, 3, 8, 9, 10, 29, 30 et 31 mai
Les 12, 13 et 14 juin
Prenez rendez-vous à l’adresse suivante : fairedutemps@mnba.qc.ca

Sylvie Cotton
Sylvie Cotton est née à Saint-Eustache en 1962. Elle est principalement connue pour sa pratique de la performance et de l’art action orientée vers des situations d’infiltration dans le monde de l’Autre, mais sa pratique se rattache également au dessin, à l’écriture et à l’installation. Depuis une dizaine d’années, l’artiste s’est taillé une place unique dans le réseau de l’art actuel au Canada et à l’étranger. Elle a effectué des performances, des manœuvres et des expositions au Québec, en Allemagne, en Estonie, en Espagne, aux États-Unis, en Finlande, en Italie, au Japon et en Serbie.

Combinant différentes approches, son travail s’articule suivant deux axes principaux. Dans ses performances et manœuvres, Cotton crée des situations intimes de nature autoréférentielle (celles-ci se déroulent devant l’Autre, fait témoin). Dans ses interventions à caractère social, elle interpelle directement des individus ou des groupes d’individus de manière à instaurer une interaction (pratique d’ordre relationnel). Par exemple, avec le projet Famille Sylvie (2001), réalisé à l'occasion de l'événement Les Commensaux, présenté par le Centre des arts actuels SKOL à Montréal, l’artiste cherche par téléphone des femmes portant son prénom. Pendant les six semaines qu’elle s'occupe à cette tâche, elle trouve 72 « Sylvie » avec qui elle converse spontanément. Certaines viennent la rencontrer à la galerie. Elles formeront temporairement une nouvelle famille par laquelle sont mises en question leurs identités, leurs visions et leurs « habitudes de sylvie ». En ! 2005, dans le cadre de la manifestation TRAFIC Inter/nationale d’art actuel en Abitibi-Témiscaminque, Cotton passe 76 heures sans interruption en compagnie d'inconnus qui sont chargés de la mener vers une personne de leur choix après avoir passé au minimum trois heures ensemble. Au retour des ces 3 jours et 3 nuits de déambulation dans l'inconnu, elle dessine de mémoire les trajets parcourus.

Depuis 2002, l’artiste s’est commise dans de nombreuses actions où elle a cherché à « mélanger » le corps d'autres personnes au sien notamment en reproduisant sur sa peau les tatouages de tous les spectateurs d'un festival, en ingurgitant l'eau de lavage des mains du public, ou encore, en copiant sur papier les grains de beauté du visage de tous les gens croisés pendant un événement et en les reportant sur le sien. Autant de situations qui provoquent une rencontre, une conversation, un dessin, une trace. Sylvie Cotton est aussi auteure et commissaire; elle a organisé des événements, dirigé des publications et adhéré à de nombreux organismes artistiques.

FAIRE DU TEMPS
Une action de l’artiste Sylvie Cotton,
à l’occasion de la Manif d’art 4

Au Musée national des beaux-arts du Québec, du 24 avril au 15 juin 2008

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