Entrevue avec Wake Island – Leur chanson «Nouvelle vague» nous hypnotise et nous chamboule

Catégories

Image

Wake Island - Nouvelle vague

Le duo Wake Island composé des artistes Philippe Manasseh et Nadim Maghzal nous dévoile aujourd’hui leur chanson intitulée Nouvelle vague, extrait de leur album Born to Leave qui sortira au printemps. La version en anglais sera disponible dès le 12 mars. Nouvelle vague nous transporte à la recherche de notre identité, sujet qui est au cœur même de l'œuvre. C'est une chanson des plus sensibles et touchantes, une mélodie qui fait rêver avec des sonorités douces et hypnotiques.

Le clip Nouvelle vague est à la fin de l'article pour les intéressé(e)s.

Ayant grandi à Beyrouth, Philippe et Nadim se sont produits avec leur musique au Liban, au Canada et aux États-Unis. Wake Island exprime un message de tolérance tout en mettant en valeur leur expérience personnelle vis-à-vis l’immigration, entre autres. Avec l’identité queer de Philippe, Wake Island a élargi son public et a notamment partagé Last Ruins en collaboration avec le magazine queer Cold Cuts au Liban – une œuvre des plus riches et des plus intéressantes également.

Aujourd’hui, Philippe et Nadim se livrent à nous dans cette entrevue lors de laquelle ils nous partagent leurs impressions sur l’immigration, le début de leur carrière musicale ainsi que leurs avis sur la place des minorités culturelles au sein d’une société.

Entrevue avec Wake Island

Les débuts et les inspirations artistiques

Comment Wake Island est né?

Philippe : Nous, on est nés au Liban, mais on se connaissait pas du tout là-bas. On vivait dans le même immeuble ici à Montréal et on s’est rencontrés pas mal par hasard à travers d’autres années. Un jour, je jouais de la musique avec des amis, il était là et il m’a demandé si je voulais faire un groupe et c’était aussi simple que ça. Donc on a commencé, on a joué dans des groupes de rock au début pendant des années. En 2015, on a commencé à s’intéresser à la musique électronique et on est devenus un duo pour faire ça justement. Ça a commencé de façon très chill.

Quelles ont été vos inspirations lors de la création de votre chanson Nouvelle vague? Est-ce que vous vous êtes inspirés de la pandémie?

Philippe : Ce n’était pas inspiré de la pandémie parce que la chanson a été écrite avant. En la réécoutant maintenant, on réalise à quel point certains sujets de la chanson s’appliquent vraiment bien à la pandémie parce que ça parlait déjà de tout ce questionnement qu’on a sur nous-mêmes, du doute, de la recherche d’identité et surtout de l’esprit de communauté et de mouvement de communauté. La pandémie a réveillé beaucoup de ces choses-là. On l’a vu notamment avec Black Lives Matter ou tous ces mouvements de société une fois qu’on arrive à un moment marquant. C’est de cela qu’on parlait dans la chanson – de notre présence dans la diaspora. Pendant les années Trump aux États-Unis par exemple, c’est beaucoup de groupes communautaires et des minorités qui se sont rassemblés en mouvement pour se faire valoir. En même temps, la chanson parlait de solitude; c’était ce parallèle-là entre cette solitude d’être une minorité et le mouvement de minorité qu’on a retrouvés. On était vraiment étonnés en réécoutant la chanson; on aurait cru qu’on l’avait écrite sur la pandémie.

Par rapport aux influences, dans le cas de cette chanson, ça vient beaucoup de grandir à Beyrouth. Là-bas, on aime beaucoup la culture française. Beaucoup de radios passent la chanson française et c’est toujours un peu nostalgique à la radio au Liban. On est très nostalgiques des années 60 et 70 où les choses allaient très bien au Liban. C’était un pays en gloire, en ébullition et prisé par tous les pays européens pour le tourisme. Donc tous ces artistes des années 60-70, les grands et les divas françaises, les Jacques Brel, les Françoises Hardi, Barbara… Tout ça, on adorait. En grandissant, on se promenait en voiture et les parents écoutaient les radios avec cette présente nostalgie. J’ai vraiment été imbibé par la musique des années 60 à 80 en France. Ça, ça m’a donné le goût ensuite quand j’étais adolescent dans les années 90 d’écouter des groupes comme Indochine, Air, tout ça. Pour cette chanson, je dirais que l’influence vient beaucoup de la chanson française populaire des années 70 à 90.  

Nadim : Je rajouterais à ça qu’en fait, cette chanson sort d’un album qui s’en vient au mois d’avril et qui est aussi inspiré du mouvement techno de Détroit. On a redécouvert ça dans les six dernières années. On s’éduquait beaucoup sur ce qu’est la techno culturellement. D’où est-ce que ça vient, pourquoi ce mouvement? Souvent, les gens ne comprennent pas ce que c’est la techno. Ils pensent que c’est juste du dancefloor music très basique, mais sans se poser la question d’où ça vient. Ce qui nous intéressait, c’était le mouvement : pourquoi ces gens-là ont créé ce genre musical à Détroit? Notre musique est donc très inspirée par ça notamment pour Nouvelle vague ou le reste des chansons de l’album. On écoutait beaucoup les pionniers américains du mouvement techno dont Juan Atkins, Kevin Saunderson… On reconnaît toujours les beats technos qui viennent pousser notre musique.

Ce qui est intéressant aussi, c’est que dans les années 90 en France et en Angleterre, ce mouvement avait été très approprié dans la culture pop. On le voit avec des groupes comme Daft Punk qui faisait des albums de techno qui sonnaient carrément comme la techno de Détroit. On trouvait ça intéressant et ça explique un peu le mélange entre la chanson française, la techno avec une touche orientale. Comme disait Philippe, on a grandi les deux au Liban et on écoutait de la musique française, américaine, mais aussi, sur les radios, on était imprégnés par la musique libanaise, la musique égyptienne. Tout ça, c’était autour de nous même si on n’écoutait pas ça activement. On baignait dedans. Toutes les sonorités, les mélodies, tout ça, ça nous a profondément influencés.

Philippe : C’est vraiment conceptuel pour nous. L’album en question parle de nous en tant qu’hybrides de deux ou plus d’identités notamment en tant qu’immigrants, d’être à la fois libanais, canadiens, québécois, des hommes, queer – toutes ces identités en même temps. Avec l’album, on voulait que la musique ressemble aux propos. Dans pas mal toutes les chansons de l’album, on a pris cette influence techno et on l’a jumelé avec toutes nos autres influences qui font notre identité musicale.

Dans le cas de Nouvelle vague, c’est la musique française, mais dans d’autres chansons, ça peut être aussi le rock duquel on vient. Chaque chanson avait un petit peu son mélange, mais à la base de tout, comme dit Nadim, il y a un beat de techno. La raison pour laquelle la techno nous a beaucoup parlé, c’est que les communautés ayant créé la techno étaient des minorités. Particulièrement à Détroit, c’est des minorités noires mises de côté par la société et qui ont pris tout ce qu’elles trouvaient sous leurs mains (des machines cassées et tout) pour faire de la musique avec.

Nadim : C’est aussi un mouvement de musique très futuriste. C’est ça qui nous a vraiment parlé. Si on parle d’un changement social, c’est quelque chose qu’on imagine dans le futur. On dédie nos vies d’artistes pour justement voir un jour s’il y aura des vrais changements sociaux où on vit pour le meilleur en fait. On a vraiment connecté avec cette partie culturelle du mouvement de Détroit soit imaginer un futur meilleur où on est libres.

Est-ce que vous parlez d’être libres au Liban ou partout en général?

Nadim : Partout, mais on vit ici présentement. Je ne parle pas juste de liberté, mais des minorités visibles, des représentations, d’être plus conscients du travail culturel ici.

Philippe : C’est aussi une question d’assumer ses choix en tant que société. Quand on a une société comme la nôtre qui fait le choix d’accueillir beaucoup d’immigrants de l’extérieur, on ne peut pas juste s’arrêter là. On est très contents d’être venus ici; on a reçu un bel accueil et ce n’est pas quelque chose qu’on prend à la légère, mais il y a l’accueil et ensuite, il y a « qu’est-ce qui se passe quand je rentre chez moi ». Tu peux être très accueillant, mais ensuite : « est-ce que vous nous avez fait à souper ou on doit apporter notre propre bouffe? » C’est un peu ça l’analogie. En tant que pays, on est naturellement bon par rapport à ça, mais il y a du travail à faire au-delà de la bonté. Il faut vraiment être sûrs que si on amène des gens pour faire marcher l’économie, travailler, augmenter la population… Il faut qu’on leur donne une part de cette économie-là que ce soit culturellement ou financièrement. C’est ça un peu notre combat, mais oui par rapport à notre combat parallèle qu’on mène au Liban, c’est un combat beaucoup plus difficile parce que là-bas, les droits sont vraiment pas comme ils sont ici. On doit se battre plus fort pour des choses importantes, car on doit faire beaucoup de rattrapage au Liban. C’est beaucoup de combats à la fois.

Nouvelle vague de Wake Island

Last Ruins et collaborations artistiques

Avec le succès du clip Last Ruins, comptez-vous réaliser d’autres projets similaires?

Philippe : Certainement, certainement. On a déjà quelque chose en tête, mais ça, c’est des collaborations magiques qui arrivent presque de nulle part. Dans le cas de Last Ruins, c’était une collaboration avec une drag queen libanaise qui, à l’époque, vivait encore au Liban et qui a déménagé à New York finalement. C’était important que cette chanson représente la communauté LGBTQ ni négativement ou dramatiquement parce que c’est assez dramatique la situation pour la communauté là-bas. Mais il y a beaucoup de progrès et il faut parfois saluer ces progrès-là et essayer de reprendre notre place dans la culture. Donc, le concept du clip c’était de mettre une drag queen dans un clip des années 90 hyper traditionnel. C’est comme une recréation d’un clip d’une grande diva de la chanson au Liban sauf que là, on a mis un personnage LGBTQ. On s’est dit : « on va reprendre un petit peu notre place dans cette culture-là parce qu’elle existe et on existe là-bas ». C’est juste qu’on n’a pas le droit d’être trop vocaux, mais ce n’est pas non plus une situation extrême où on a arrêté et tué. On n’en est pas là au Liban, mais ce n’est pas encore intégré dans la société et il y a encore beaucoup d’injustices et de difficultés d’accès au travail, à la santé et tout ça. Donc c’était un peu une petite lettre d’amour à la communauté pour aussi leur dire « Salut, on est là et on travaille aussi pour vous ». Moi je suis gai, je suis parti du Liban et je suis bien ici. Je suis accepté et tout, mais j’ai pas envie de donner l’impression que je m’enfuis et que je laisse les gens pourrir là-bas. C’est important pour nous d’envoyer des signaux à la communauté qu’on est là et qu’on travaille là-dessus.

Nadim : J’ajouterais que c’est une collaboration avec Anya Kneez, la drag queen, mais aussi Mohamad Abdouni. C’est avec lui qu’on fait tout l’aspect photo et vidéo du groupe. C’est lui qui a filmé tout le vidéo, c’était le directeur. On travaille avec lui pour les photoshoot du groupe et sur le artwork de nos singles. C’est pour ça qu’on a une super bonne collaboration. Mohamad Abdouni fait aussi partie de la communauté queer LGBTQ au Liban et il est présentement en Turquie. Beaucoup de gens sont partis malheureusement l’année dernière avec l’explosion, la pandémie et tout. On travaille tous ensemble. Il y a une communauté dans le pays très connectée à la communauté dans la diaspora et on aime avoir ces collaborations artistiques avec de la photo, de la vidéo, le mouvement drag en général. On trouve que ça vient joindre notre propos artistique.

Est-ce que votre passage dans le magazine Cold Cuts vous a donné envie de mettre davantage de l’avant votre identité queer pour rejoindre un public plus large, notamment la communauté LGBTQ+?

Philippe : Cold Cuts, c’est le magazine de Mohamad Abdouni le photographe. C’est un magazine incroyable qui recense la vie LGBTQ dans le Moyen-Orient. Il sort un magazine par an environ. La collaboration autour de cette vidéo s’est faite avec lui et le magazine dans une sorte d’intégration, mais on n’a pas été dans le magazine. J’aimerais bien cela dit! C’était présenté par le magazine Cold Cuts.

Pour la visibilité, c’est sûr que moi personnellement, je suis la partie queer du groupe. C’est pas une question de public dans le sens commercial. Ça me dérange un petit peu d’utiliser la carte gai pour élargir le public. Il y a ce dilemme entre la jouer ou pas la jouer parce que si je ne la joue pas, je me retrouve dans une situation où le message passe pas. C’est vraiment une question de savoir comment la jouer et surtout de rester honnête. On fait attention à ça. D’un côté, oui on va chercher la communauté plus directement, mais on essaie de le faire avec l’art.

Wake Island

Voyager grâce à la musique

Comment vous sentez-vous vis-à-vis votre succès s’étendant du Liban jusqu’au Canada et aux États-Unis?

Nadim : Alors les États-Unis, c’était difficile. Pour mettre les choses en contexte, on a commencé à faire de la musique ensemble en 2006. On jouait dans plusieurs groupes de rock ensemble. Ça tournait pas mal au Canada et aux États-Unis. On a fait nos premiers concerts à New York avec nos autres groupes et on a fait nos premiers festivals South by Southwest, mais pas en tant que duo. On a alors remarqué à quel point c’est difficile de percer dans ce marché-là. C’est tellement compétitif! En 2015, j’ai eu l’opportunité d’aller vivre à New York pendant cinq ans. J’y étais parce que ma conjointe avait fini son doctorat ici et elle est allée faire son postdoctorat là-bas. Ça coïncidait avec le début de l’ère Trump et c’était pas super intéressant… On vivait à Brooklyn à l’époque et on sentait justement à quel point tous les gens issus de minorités visibles aux États-Unis sentaient cette oppression, ce désir de vouloir changer les choses. Tout cela coïncidait pas mal avec nos débuts en tant que duo électronique et tout ça.

On sortait beaucoup à New York pour voir ce qui se passait au niveau culturel et musical surtout. Ce qui nous a vraiment parlé et qui nous a semblé comme une sorte de révolution culturelle, c’est que c’était moins des groupes de musique qui jouaient live, mais plus des rassemblements – le mouvement techno justement qui redevenait un mouvement de minorité. La techno qui était huge en Allemagne, en Europe, on voyait sa renaissance un peu dans les clubs de New York où ça se réappropriait par les minorités. Il y avait des dancefloor, des partys super underground où la musique était extraordinaire et ça nous a vraiment parlé dans le sens qu’on se disait « on est dans une salle où on se retrouve, on voit d’autres personnes qui partagent une histoire similaire où elles sentent une certaine oppression ».

Quand on est venus au Canada en Amérique du Nord, c’était en 2003-2004, donc juste après le 11 septembre. Pendant 10 ans, on ne se sentait pas très à l’aise de « wave the Europe flag » comme on dit parce que c’était assez problématique, surtout aux États-Unis. En 2018 (donc 3 ans plus tard), on a décidé de commencer notre propre soirée à New York pour justement découvrir la musique issue de tous les pays arabophones et aussi de la diaspora que ce soit des musiciens de la Syrie, du Liban, Jordanie, Palestine, Afrique du Nord. Il y a de la super bonne musique qui sort de là, actuelle depuis les 30-40 dernières années. La soirée en question s’appelle Laylit et on a parti ça là-bas et ça a vraiment explosé très vite parce qu’il y avait un besoin pour ça. Les gens avaient besoin de sortir, de se retrouver dans un espace où ils écoutaient de la nouvelle musique intéressante, des nouveaux sons, des trucs qui te font voyager. On choisit la musique et les musiciens, on filtre. C’est sûr que des fois il y a des chansons pop que tout le monde connaît, mais en général, on va aller chercher de la musique où il y a un message culturel intéressant aussi.

Alors c’est avec Laylit qu’on s’est construit notre propre plateforme à New York et par la suite, on est allés sur la côte est aux États-Unis. L’année passée, on a tourné à Philadelphie, Vermont, Boston, etc. Malheureusement, avec la pandémie, ça nous a vraiment freinés. On avait réservé toute l’année 2020 avec des soirées. C’est très triste parce qu’on avait aussi des DJ de Palestine, on travaillait sur leurs visas… On voulait vraiment faire bouger les choses et finalement, ça n’a pas fonctionné.

À noter que la soirée Laylit, on en a fait quatre à Montréal en 2019 et c’était super ici aussi! Les gens ont vraiment aimé. On a joué au Pied-du-Courant, Ausgang, La nuit blanche… Encore une fois, c’était très bien reçu. C’était pas juste un spectacle live. Il y avait plus de découvertes, de nouveau.

Philippe : Pour ce qui est du succès, on ne le vit pas vraiment présentement. C’est très dur de définir le succès, mais je ne sais même pas s’il arrivera un jour. Je pense que le succès, c’est de pouvoir encore exister en tant qu’artiste. C’est ma plus grande fierté que de pouvoir continuer à le faire et aussi d’avoir de plus en plus la confiance de partenaires culturels que ce soit du gouvernement, des salles ou des managers. Ça, c’est le plus grand acquis de la persévérance de carrière. Le succès, c’est très relatif et, pour moi, si j’arrive à rester en activité en tant qu’artiste, de pouvoir en vivre, c’est la seule façon que je me permets de vivre de succès. On vit de notre art pour l’instant, mais c’est pas un privilège avec lequel nous sommes nés. C’est quelque chose sur lequel on travaille depuis des années. Il y a beaucoup de « non », de dépressions et on n’est pas encore à bout de tout ça. Il y a encore beaucoup de « non » qui arriveront et de questionnements aussi. Surtout avec la pandémie.

Wake Island logo

Est-ce difficile de percer au Québec en étant Libanais d’origine?

Philippe : C’est pas si facile, mais pas dans le sens qu’on croit. Nous, on a commencé en rock et c’est vraiment beaucoup basé sur l’identification; les gens aiment se reconnaître sur scène et voir la version en confiance d’eux-mêmes. Nous, on a travaillé dans le rock pendant plus que la moitié de notre carrière donc on a eu beaucoup de mal à cause de deux facteurs principaux. D’abord, on était d’origine libanaise et les sujets qui nous importaient ne parlaient pas forcément aux gens. Beaucoup de notre musique était plus vague et moins directe par rapport à ce qu’on essayait de dire. Il y avait ça d’un côté et de l’autre, on a évolué dans la scène anglophone du Mile-End et tout donc on était une minorité dans une minorité. Même dans la communauté anglophone, on n’avait pas les mêmes intérêts et préoccupations. Quand on a commencé en 2008, la scène n’était pas prête pour la diversité dans le sens où les gens n’étaient pas en mesure d’extrapoler leur identité québécoise blanche hétéro et tout ça. Ça, c’est notre expérience personnelle. Autant qu’on n’a jamais utilisé ça comme excuse, mais j’ai l’impression qu’on devait travailler plus dur pour passer le message.

Nadim : Je suis d’accord avec Phil. Je pense que c’est moins une question « raciale », mais plus le fait qu’on soit immigrant. Aujourd’hui, on peut voir que si on avait été libanais et qu’on avait grandi au Québec avec l’école et, culturellement, les gens auraient pu connecter beaucoup plus vite. Le fait qu’on soit venus à 18-19 ans, nos repères culturels n’étaient pas du tout les mêmes qu’ici alors on racontait une histoire que les gens ne comprenaient pas forcément et que nous, on ne comprenait pas non plus. C’était ça le plus grand défi de nos débuts artistiques.

Comme artiste, on s’ouvre, on exprime qui on est sauf que pendant les dix premières années, on ne savait même plus qui on était ou qu’est-ce qu’on faisait. On était perdus et notre identité était en grande mutation. On montait sur scène et on était très confus. Notre musique reflétait notre cheminement identitaire à l’époque. On se remettait en question et ça sonnait dans la musique. On attirait plus les fans du rock progressif, des trucs bizarres parce que naturellement, c’est ça qu’on exprimait.

Philippe : On ne sentait pas que la société était prête. On ne parlait pas de notre identité de façon directe, on ne racontait pas notre histoire d’immigrant à l’époque. On essayait beaucoup plus d’être blancs parce que, d’une part, on avait peur et on ne comprenait pas qui on était, d’autre part, on avait l’impression que notre histoire ne serait pas accueillie à bras ouvert, car il n’y avait pas d’autres exemples de groupes d’artistes, d’acteurs ou autres d’une même communauté. À l’époque dans le milieu musical, il y avait zéro exemple. On dirait que c’était il y a 40 ans, mais c’était seulement il y a 10 ans.

La scène artistique s’est vraiment améliorée au Québec. On voit de plus en plus de minorités et majorités. Là où c’est encore lent, c’est les institutions et je ne parle pas des institutions gouvernementales, car elles sont vraiment top pour favoriser la diversité, mais je parle des labels, des bookings, des salles. On est encore un petit peu en 2010 où on voit les signatures sur les labels; ça reste encore du grand public artiste du genre safe. Ils ne vont pas prendre des risques sur les minorités comme si on avait encore à se prouver. Il y a encore cette déconnexion. Alors que la SODEC et le Conseil des Arts promeuvent la diversité, il faut encore que les labels, les bookers, les festivals travaillent sur ce point. On ne nous donnera pas le financement pour le festival s’il n’y a pas un certain nombre de représentations minoritaires dedans. Malheureusement, il faut faire pression parce que naturellement, toutes ces compagnies sont privées et veulent maximiser les profits et je comprends. C’est bien d’avoir aussi un gouvernement dont le mandat est de promouvoir la diversité. Depuis le gouvernement libéral, on voit beaucoup d’amélioration par rapport à ça. Il faut que l’industrie comprenne que c’est ça qui vend. Mais c’est normal. Il y a toujours un délai entre la culture et la société et puis les lois et tout ça.

Pour l’album et à l’avenir

Quand sort votre prochain album? Est-ce que vous comptez faire des spectacles virtuels?

Philippe : Notre prochain album, Born to Leave, sort en avril. Pour les shows virtuels, ce n’est pas quelque chose qui nous flash pour l’instant parce que, si on veut le faire, on veut que ce soit vraiment spécial. À mon avis, il y en aura quelques-uns cette année. On focus surtout sur le temps que nous avons présentement. Puisqu’on ne peut pas faire de spectacles présentement, on explore d’autres façons de présenter notre musique. On est sur plusieurs projets dont on ne parlera pas trop parce qu’ils ne sont pas tous confirmés, mais c’est plus ou moins notre idée soit d’aller voir d’autres façons de présenter la musique et peut-être se libérer de cette obligation de jouer un spectacle. Ce qu’on ne veut pas faire, c’est recréer quelque chose de la vraie vie online donc si on veut faire un show online, ce sera un truc qui ne peut pas se faire dans une salle. On regarde beaucoup de choses dans le domaine de la technologie, dans le domaine du web et tout ça. Les limites technologiques, c’est quelque chose nous attire en tant que groupe. On adore ça!

On n’est pas non plus autoritaires. On sort quelques vidéos live de nous. On n’est pas contre, mais on est moins intéressés à développer trop de temps un spectacle, mais beaucoup plus intéressés par l’exploration d’autres méthodes et options.

Quels sont vos projets à venir?

Nadim : Il y a plusieurs activités qui sont en cours présentement. Déjà, pour l’album, il y a des chansons qui sortent et il y aura aussi des collaborations avec des artistes québécois, mais aussi du Moyen-Orient. On va sortir plein de singles cette année. On est en production constamment en studio à Montréal.

Ensuite, en tant que producteurs aussi on travaille avec d’autres artistes. On produit des artistes notamment un artiste émergeant marocain québécois avec qui on travaille qui s’appelle Mehdi Bahmad. C’est un très bon artiste de 25 ans et il commence sa carrière. On se retrouve pas mal parce que c’est un immigrant aussi. Il a grandi au Marco et est venu s’installer au Québec à 8 ans. Il est aussi queer. On se comprend, on s’entend et c’est pour ça qu’on travaille ensemble en faisant sa production. Il y aura des chansons de Medhi qui sortiront aussi.

Tout ce qui est des lives, tournées et de Laylit, pour le moment, on attend que les choses dégèlent pour pouvoir reprendre nos activités. Une fois qu’on passera outre les règlements de la pandémie et tout ça, on va reprendre nos activités mensuelles à New York et les spectacles à Montréal et au Moyen-Orient aussi.

Philippe : Mais parti comme ça, on pense que ça reprendra plus en 2022 que 2021…

Nadim : Entre temps, comme Philippe disait, on utilise notre temps en ce moment pour faire des choses qu’on n’aurait peut-être pas eu le temps ou la chance de faire durant les tournées. En 2019, on était vraiment occupés et on a fait le tour du monde plusieurs fois. On n’était jamais assis dans la même ville plus que deux semaines. C’est difficile de réfléchir à un projet interactif web ou à un truc de technologie ou d’écrire des projets avec les bourses. En ce moment, on est plus là-dedans et en production studio, musique, collaborations et tout ça. 

Pour en savoir plus sur Wake Island, cliquez ici : https://wakeislandmusic.com/music/.
Pour suivre Wake Island sur Facebook, cliquez ici : https://www.facebook.com/wakeislandmusic.
Pour suivre Wake Island sur Instagram, cliquez ici : https://www.instagram.com/wakeislandmusic/?hl=fr.
Pour en savoir plus sur la soirée Laylit, cliquez ici : https://www.instagram.com/laylitparty/?hl=fr

Abonnez-vous ici à l’infolettre de Patrick White : https://patwhite70.substack.com/.

Vidéoclip de Nouvelle vague :