Entrevue avec l'auteur et comédien Patrice Godin

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Patrice Godin

Le 23 septembre dernier, l’auteur et comédien Patrice Godin a présenté en librairie son nouveau roman, Les Chiens, qui est la suite de sa troisième œuvre littéraire, Sauvage, Baby. Suivant les personnages d’Alexia et de Sam, Les Chiens propose une histoire psychologique sombre où le seul espoir de s’en sortir repose sur la relation humaine, celle des deux protagonistes.

Entretien avec Patrice Godin

D’où viennent tes idées pour écrire un roman?

J’aime les personnages qui sont blessés d’une quelconque façon. Des personnages qui ne sont ni noirs ni blancs et qui sont troublés. C’est probablement parce que je suis un acteur et que je suis habitué de travailler avec des personnages. Souvent, même avant l’histoire, c’est les personnages qui m’intéressent. J’aime en apprendre sur eux – plonger dans leur monde intérieur. Pour l’histoire, j’ai des grandes lignes qui apparaissent. J’ai un début, un milieu et une fin et, à travers ça, je me laisse assez libre pour rejoindre ces petits points-là que je me suis fixé.

Fais-tu des recherches dépendamment des sujets et des thèmes que tu veux aborder?

C’est pas des recherches, c’est des intérêts que j’ai. J’écoute beaucoup de podcasts. J’ai un ami qui est un ancien gars des Forces spéciales et qui est un peu mon repère quand j’ai des petites questions. Je ne suis pas quelqu’un qui va trop tomber dans la technique non plus.

Histoire que ça reste réaliste somme toute?

Oui que ça reste réaliste, mais en même temps, j’écris de la fiction; je n’ai pas la prétention d’être un ancien militaire. Je n’ai pas grandi dans ce milieu-là, je n’ai pas vécu ça. J’écris de la fiction, mais faut que ce soit plausible aussi.

As-tu fait des études en littérature pour réussir à jouer avec la structure narrative dans tes livres?

Non, je n’ai pas de cours d’écriture. L’écriture était ma deuxième option si ça n’avait pas fonctionné en interprétation. Quand je suis rentré à l’école nationale en 1989, j’étais inscrit en littérature. Je pense que c’est l’écriture à la maison – le travail d’écrire pleins d’affaires tout le temps – qui m’a aidé. La lecture aussi. J’ai tout le temps un livre, sinon plusieurs livres d’entamés en même temps. Je lis pleins d’affaires de tout bord tout côté.

Pour la structure narrative, j’aime ça faire des sauts dans le temps, des actions qui sont parallèles. Je trouve ça intéressant même si ça devient un casse-tête. J’aime m’amuser avec ça, avec la temporalité. Je ne veux pas me comparer à lui là, mais un peu comme Tarantino le fait au cinéma; il ne commence pas nécessairement ses films de manière structurée. Il déconstruit et j’aime ça faire ça.

Quand as-tu commencé l’écriture de Les Chiens?

J’écris tout le temps le livre entre janvier et avril. Je m’installe à mon bureau et j’écris entre 4h et 7h le matin. Sinon, je prends des notes – j’y réfléchis, j’y pense. J’ai mon idée en tête. Du moment où j’écris mon livre, inspiration ou pas, c’est du travail de bureau, c’est de la discipline. Je prépare mon café la veille et le lendemain, j’ai juste à le partir. Je m’installe à mon bureau, je suis tranquille; j’ai juste ma petite lumière d’allumée et il fait noir dehors. J’écris et à 7h, la maison se réveille.

Avec le confinement et les mesures restrictives, comment s’est déroulée l’écriture de ton dernier roman?

Ce qui a été compliqué au confinement, c’est l’événement qu’on vivait comme tel. La pandémie qui nous tombait dessus – l’arrêt complet de notre mode de vie, des choses qu’on connaît. Plus de travail, plus de restaurants, plus rien. Ça comme tout le monde, ça m’a troublé. Comme j’étais déjà en écriture – j’avais écrit un peu plus que la moitié du livre – j’ai eu un trou de création qui a duré un bon deux semaines. Je me levais le matin pour écrire, mais je n’étais pas capable : ça venait pas. J’étais plutôt plongé sur les réseaux sociaux à lire des nouvelles, des articles… Après ça, j’ai cassé ça. Faut que je travaille, que j’écrive et j’ai réussi à me sortir de ça.  

Quel est l’impact aimerais-tu avoir sur ton lectorat avec Les Chiens?

J’ai envie que les gens passent un bon moment de lecture. Un moment tendu peut-être et sombre, mais qu’ils passent un bon moment. J’essaie toujours dans mes livres – même si mes personnages sont troublés et brisés – de garder de l’espoir. Même à travers les choses difficiles, on finit toujours par s’en sortir.

Est-ce que tu souhaites amener ton lectorat vers une résilience – les pousser à aller chercher de l’aide, les inviter à parler de leurs maux?

Oui, effectivement. Je souhaite aussi donner le courage aux gens qui traversent des périodes difficiles de s’accrocher. Pour moi, ça vient beaucoup du fait que je cours des ultramarathon et que ce n’est pas facile : on a envie de tout sacrer là un moment donné. C’est une métaphore de la vie. La vie ce n’est pas une ligne droite. On est pas dans un monde de licornes. On vit des peines d’amour, des drames, on perd des gens qu’on aime. Faut réussir à passer à travers tout ça sinon ça ne fait pas de sens. Je trouve ça important de s’accrocher et de trouver la beauté dans toutes les choses qui nous entourent. Je le dis dans Sauvage, Baby : le monde est sauvage, mais en même temps le monde est magnifique.

Comment décrierais-tu ton style d’écriture?

Je tends vers un certain minimalisme d’écriture dans la mesure où j’essaie de trouver les bons mots, la bonne phrase sans trop me perdre dans un discours foisonnant. J’essaie de m’en tenir aux faits. Dans la description d’un coucher de soleil, je vais être direct et précis pour faire en sorte que l’image soit là.

Est-ce qu’il y a des livres ou des auteurs qui t’ont inspiré à écrire?

Ce qui m’a beaucoup donné envie d’écrire à la fin des années 80, c’est quand j’ai découvert Philippe Djian, l’auteur de 37,2° le matin. C’est un auteur qui m’a donné beaucoup envie d’écrire quand j’étais plus jeune, qui m’a ouvert à ça. Je dis souvent que c’est mon mentor parce que j’ai pas eu de prof de littérature, mais dès que Philippe Djian nommait un écrivain j’allais le lire. Sinon, j’aime plusieurs écrivains américains comme Jim Harrison, Ernest Hemingway, Charles Bukowski. Virginie Despentes dans ces premiers romans m’a beaucoup touché aussi. Je me promène d’un univers à un autre.

Quels sont tes projets personnels et professionnels pour les prochains mois et les prochaines années?

Prochain mois, je serai en tournage d’une autre histoire et de Jenny, saison 3. Après ça, ça va dépendre de la pandémie pour le printemps. Je devais faire un gros tournage au printemps 2020 et ce tournage a été reporté, on l’espère, en 2021. Ça va dépendre des développements au niveau de la pandémie. Je suis en train de prendre des notes et réfléchir à mon prochain roman que je devrais attaquer en janvier comme d’habitude pour pouvoir le sortir à l’automne 2021.

Tu écris vraiment vite!

Oui, j’aime vraiment ça. J’aime ça tourner et tout ça, mais si je pouvais gagner ma vie comme écrivain de manière confortable, je serais bien à l’aise de juste écrire des livres. C’est vraiment quelque chose qui m’allume. Je trouve ça le fun d’être dans la création et d’être avec moi-même à essayer d’inventer des histoires.

Comment est-ce que le théâtre a façonné ton écriture?

Je te dirais que c’est beaucoup le fait de créer des personnages comme acteur. Ça façonne mon écriture. Que ce soit à la télé ou au cinéma, j’aime beaucoup les personnages – me plonger dans leurs motivations et leur intériorité. Comme auteur, c’est ça que j’aime gratter et découvrir. Je pense que comme l’écriture, le jeu d’acteur qu’il soit théâtral ou télévisuel m’amène à beaucoup me questionner sur les personnages quand je les crée, presque plus que l’histoire. C’est les personnages qui sont le moteur de l’histoire.

Dans Sauvage, Baby, c’est Sam qui vient en aide à Alexia parce qu’elle est prise dans un cercle vicieux. Dans Les Chiens, c’est le contraire. Alexia vient en aide à Sam. Dans toutes mes histoires, il y a toujours deux personnages isolés de milieux différents qui se rencontrent pour se venir en aide. C’est cette rencontre humaine qui est important pour moi.

Si tu avais un conseil à donner à n’importe qui souhaitant se mettre à l’écriture, ce serait quoi?

D’écrire et de se trouver une discipline propre à soi. Moi, j’étais naïf quand j’avais la fin vingtaine : j’avais encore l’image de l’inspiration qui vient nous habiter quand on s’installe à notre table de travail. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Faut s’asseoir et écrire en suivant notre discipline. Il ne faut pas décrocher quand ça se met à mal aller. C’est sûr qu’à un moment donné, ça ne fonctionne pas comme on aimerait et on aurait tendance à croire que notre histoire n’est pas bonne, mais il faut tout le temps écrire et se rendre au bout. Après ça, on peut retravailler et peaufiner. Il ne faut pas avoir peur de donner des mauvais coups de ciseaux.

Si je me fiais à la motivation, je n’irai pas courir. C’est la discipline de se lever, s’habiller et sortir dehors qui me permet de courir chaque jour. C’est la même chose pour l’écriture. Je vais être motivé pour écrire mon histoire, mais pour aboutir, il faut instaurer une discipline.

Extrait du roman Les Chiens

« Le monde est cruel, injuste. Il n’y a pas de règle qui tienne. Parfois, il faut espérer le meilleur, même si les choses risquent de tourner au pire. Il arrive ainsi que le sol se dérobe sous nos pieds. Il existe de ces instants où il est impossible de se raccrocher à quoi que ce soit malgré tous nos efforts. Les forces nous manquent. L’équilibre que l’on recherche, déjà fragile, s’écroule. Il arrive que nos âmes volent en éclats dans un bruit de verre brisé et que le silence qui s’ensuit nous avale. »

Résumé

Deux ans après les événements de Sauvage, baby, alors qu'Alexia a enfin trouvé un sens à sa vie, Sam a de plus en plus d'épisodes de stress post-traumatique. Hanté par de vieux souvenirs de guerre et par les meurtres de Frank et Lebron, souffrant d'une relation conflictuelle avec sa fille, Clara, il n'arrive à garder la tête hors de l'eau que grâce à la présence d'Alexia à ses côtés. Un matin, son frère est froidement abattu dans les bureaux du gymnase d'arts martiaux mixtes qu'il dirige. Gabriel et Laëtitia Kowalski, des fantômes assoiffés de vengeance surgis du passé de Sam, sont venus réclamer son âme. Les chiens sont lâchés. Les quarante-huit heures à venir seront un passage en enfer. Alexia devra aller au-delà d'elle-même pour sauver celui qu'elle aime.

À propos de Patrice Godin

Acteur formé à l’École nationale de théâtre du Canada et au Mont Saint-Sacrement à Québec, PATRICE GODIN a joué tant sur scène qu’à l’écran. On a pu le voir dans les séries télévisées Le 7e Round, Destinées, Blue Moon, Mon fils ainsi que dans la quotidienne District 31. En 2015, il publiait Territoires inconnus, un récit sur les ultramarathons. Il a fait paraître deux romans, Boxer la nuit, en 2016, et Sauvage, baby en 2018.

Pour se procurer le roman Les Chiens, rendez-vous ici : http://www.editions-libreexpression.com/chiens/patrice-godin/livre/9782….