Entrevue avec Guillaume Beaudoin - Un voyage surréaliste entre les mots et les photos

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Empreinte de Guillaume Beaudoin

Le livre Empreinte de Guillaume Beaudoin nous transporte à travers le globe en nous dévoilant des images dignes d'un film documentaire. L'aventure écrite à la façon d'un journal est douce, mais aussi bouleversante. Nous nous retrouvons à la fois spectateur et personnage principal de cette épopée au fil des destinations du photographe qui, grâce à ces chefs-d'œuvre photographiques, nous invitent à le suivre, à voir ce qu'il a vu.

Empreinte n'est pas seulement un livre de voyage et de photos, mais aussi un livre qui transmet une parole, celle de Guillaume. Ce dernier évoque les impacts de la pollution causée par l'homme sur les populations qu'il a rencontrées, sur l'océan, sur les animaux, sur les coraux... Sur l'ensemble de la planète. La situation est certes critique, mais l'auteur nous présente aussi les héros de ce monde, ceux et celles qui se battent pour changer les choses, apporter du bonheur sur cette Terre en se vouant pour offrir un futur aux jeunes générations.

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Empreinte

Rencontres et histoires humaines

Lors de ton périple en voilier, tu as rencontré beaucoup de personnes caractérisées par leur propre histoire; des personnes qui voguaient pour le simple plaisir de voyager, d’autres qui avaient une mission écologique, d’autres qui vivaient au jour le jour ou encore, des personnes qui avaient un objectif précis comme de conserver les traditions et la culture de leur peuple. Qu’est-ce que tu as retenu de toutes ces rencontres? Lesquelles t’ont le plus touché? Est-ce que tu as gardé contact avec certaines personnes?

Oui, il y a beaucoup de rencontres qui m’ont touché beaucoup. Je pense que les enfants de Tanna à Vanuatu qui est la série d’îles à l’est de l’Australie au nord de la Nouvelle-Calédonie. Je suis arrivé là un peu sans attente en mode exploration improviste un peu. L’île de Tanna, c’est une île qui est assez touristique pis qui est assez wild si on veut. Les gens sont assez proches de la nature pis les enfants utilisaient la nature pour s’amuser comme j’avais rarement vu ailleurs (et j’en ai vus beaucoup, j’ai visité beaucoup de pays). C’est souvent beau de voir ça, de voir les kids qui jouent autour du village par exemple. Et là, ça a été vraiment touchant à quel point c’était intense le bonheur que ces enfants-là semblaient vivre pis ça m’a un peu bousculé pis je pensais à mon implication face aux changements climatiques et ça m’a poussé un peu à prendre action. Le village de Yakel spécifiquement et Port Resolution, c’est deux villages sur l’île de Tanna. C’est des endroits qui sont restés marqués dans ma mémoire et les jeunes qui jouaient partout c’était vraiment d’une grande beauté.

Tanna

Sinon, il y a le classique de l’avocate des baleines à Tahiti, Agnès qui a été super gentille avec moi, qui a été tellement généreuse de son temps pis tellement accueillante que ça, ça a été très touchant pis oui, j’ai gardé contact avec une grande partie des gens que j’ai rencontrés, mais particulièrement avec elle. On s’écrit une fois de temps en temps. Il y a aussi le docteur Rongo aux îles Cook qui travaillait à solidifier les liens dans sa communauté, à renforcir le tissu social – c’était vraiment touchant – pis sa femme est restée en contact avec moi – je lui écris une fois de temps en temps.

Il y a plein de rencontres comme ça qui ont été touchantes. Sont bien racontées dans le livre en général. Des fois aussi des guides en Afrique ou en Asie qui nous ont guidés à travers les communautés qu’on a visitées sur Tribal.

Parmi tes rencontres à travers le globe, beaucoup de femmes t’ont raconté le sort qu’elles subissaient. Par exemple, le kidnapping au Kirghizstan ou la tradition de briser les incisives des jeunes filles lorsqu’elles deviennent des jeunes femmes en Namibie. Comment te sentais-tu lorsque tu as écouté le récit de ces femmes ou vu le sort qu’elles subissaient?

Les incisives, c’est assez différent. Ça peut avoir l’air difficile pour nous, mais tant que c’est accompagné de sens ce genre de processus traditionnel. Tant que c’est accompagné de sens c’est-à-dire que pour elle, pour sa communauté faire ça, c’est très lourd de sens pis elle après ça, elle en grandit en devenant une femme, etc. La douleur devient de la souffrance quand il y a une perte de sens. C’est un peu ça que Guillaume Dulude disait sur le coup pis c’est ça que Victor Frankl, l’auteur dont je parle dans le livre nous explique assez solidement aussi – c’est-à-dire que s’il y a quelque chose qui est attaché derrière ça pis qui t’explique et te permet d’en grandir, cette douleur-là ne devient pas de la souffrance. Les gens passent à travers facilement.

Le problème est que quand, par exemple, une communauté perd un petit peu son identité, son territoire, etc. pis que le sens qui est derrière ça perd de sa force, il finit par y avoir de la souffrance pis c’est là que ça devient dangereux. Évidemment, la souffrance va emmener des problèmes sociaux pis toutes sortes de choses. L’important, c’est pas nécessairement le geste en tant que tel c’est ce qui y est attaché. Dans le cas des incisives, la jeune fille a bien passé au travers. Moi je pense que l’approche que je voulais avoir qui était délicate un peu c’est-à-dire « gardons une certaine distance face à ça pour respecter son intimité et lui donner l’espace dont elle a besoin pour passer à travers ça ». Une demi-heure plus tard, après avoir passé à travers ça, elle était souriante et tout était beau.

Peuple nomade

Par contre, la fille au Kirghizstan c’est quand même plus délicat parce qu’il y a beaucoup de choses attachées à ça qui sont un peu plus discutables et dont le sens est peut-être pas assez fort derrière ça pour dire que c’est correct. « Tu t’es fait kidnapper et marier de force. » Évidemment, dans les dix ou vingt dernières années, ces traditions-là ont été interdites sur le territoire kirghiz pis je pense probablement partout sur la planète. Ça se peut qu’il y en ait encore qui se fasse des kidnappings comme ça, mais c’est en voie de disparition évidemment pis pour les bonnes raisons.

La souffrance derrière ça, on la voyait pis c’est assez clair que le sens qui y était rattaché était très discutable pis ça passait pas super bien chez bien des gens. Feck là, c’est plus difficile pour moi de vivre ça, c’était vraiment touchant. Le seul positif que j’ai trouvé là-dedans, c’est qu’en s’ouvrant (parce qu’au départ, elle s’est vraiment pas ouvert la fille que j’ai interviewée) donc en s’ouvrant, elle a fait un pas dans la direction de dire « Ok, j’assume quelque chose, j’assume de dire que c’est pas correct. Je suis prête à en parler. » Pis j’ai senti à la fin que ça lui avait fait du bien de prendre cette responsabilité de dire « J’assume qu’il y a quelque chose là qu’il faut peut-être dénoncer ». Je sentais qu’elle se considérait comme quelqu’un qui a pas d’éducation, qui ne mérite même pas d’être filmé pis ça, j’ai trouvé ça presque plus touchant que l’histoire du kidnapping. À travers toutes les difficultés qu’elle a vécues, elle considère même pas que sa voix a une raison d’être. Tout ça, c’était hyper difficile pis le fait qu’elle l’a fait et qu’à la fin elle soit quand même fière de l’avoir fait (elle souriait jusqu’à un certain point), ça m’a accroché à un peu d’espoir.

C’est difficile de voir que ce sont toujours les femmes qui subissent dans pratiquement toutes les cultures en général.

Je suis pas sûr que les hommes ont pas ce genre de choses là qu’il vivent. On n’a pas vécu de rituel au moment où on était là, mais je suis pas mal sûr qu’il y a un passage aussi à l’âge adulte pour les hommes, mais je ne pourrais pas dire comment ça se passe.

L'environnement, la pollution et les impacts sociaux

La majorité des tribus et des peuples que tu as rencontrés faisait face à des problèmes liés aux changements climatiques; le plastique sur les plages et dans la mer, l’eau montante qui oblige la construction de nouveaux villages, les coraux qui se meurent, les récoltes qui s’appauvrissent… Est-ce que tu souhaites encourager ceux et celles qui le peuvent à aider ces populations sur le plan environnemental? 

Je pense que l’idée est évidemment que l’action doit venir de partout – c’est vraiment le message. Ça sert à rien de pointer du doigt pis de dire « ça doit absolument venir plus du voisin que de moi parce que le voisin est pire que moi tsé ». Je pense que tous ces peuples-là sont les premiers touchés par les changements parce que évidemment, ils dépendent plus de la stabilité du climat pis de la richesse de la nature que nous donc c’est important de faire notre part entre autres pour ces raisons-là, pour ceux qui ont pas les moyens de bien survivre si l’environnement va pas bien.

Le seul accès au puit pour de l'eau

C’est triste parce que, évidemment, ils ne sont pas la cause de ces changements climatiques là, de la pollution dans l’air, du réchauffement du climat; c’est les derniers qui vont être la cause de ça. C’est eux qui polluent le moins sur la planète sans hésitation. Tous ces peuples-là vivent en harmonie avec la nature et polluent à peu près pas. Donc c’est vraiment d’une grande tristesse de voir ça. Oui, les gens qui sont en moyens de faire des efforts liés directement à ces populations-là, j’encourage ça, mais évidemment, le but est plus de prendre action peu importe parce que si on essaie de se réduire à « Hey, faut juste que j’fasse quelque chose qui va les toucher directement », c’est plus restreignant pis c’est pas tout le monde qui a les moyens de faire ça.

On a un impact individuel, mais c’est sûr que les usines et les grosses compagnies consomment plus de ressources.

Oui. Évidemment, les gens qui sont à la tête de ces gouvernements ou de ces compagnies-là ont plus de responsabilités, mais ces gens-là, c’est aussi vous et moi. C’est toute la population. D’attendre après les autres pour prendre action, c’est pas la bonne façon de procéder et on le prouve tous les jours en entendant les discours. Par exemple, des gens qui justement pointent leurs voisins pour dire que « Non, c’est là que l’effort doit être ». Donc, évidemment, il y a des proportions à respecter quand il s’agit de faire l’effort, mais il faut absolument pas se déresponsabiliser individuellement parce qu’il y a quelqu’un qui pollue plus ailleurs parce qu’il va toujours y avoir quelqu’un sur la planète qui pollue plus que nous.

Lors du premier lancement de Ocean Cleanup, tu disais avoir de la difficulté à croire aux améliorations du projet pouvant mener à sa réussite. Est-ce que ton appréhension a changé? Comptais-tu effectuer de nouveaux projets de captation dans le même style que celui-ci – c’est-à-dire de filmer et documenter des projets écologiques comme Ocean Cleanup?

J’ai été approché pour d’autres projets du genre, mais tsé, c’est pas tant moi qui décide si je me fais approcher ou pas. Je vais pas voir les compagnies pour leur dire que je veux filmer leur affaire. C’est déjà arrivé, mais j’ai pas eu d’autres projets qui ont fonctionné lorsque j’allais les filmer.

Pour répondre à la première question, ça sert à rien de se projeter trop dans ces possibilités-là. C’est tellement difficile de prévoir feck je m’avancerais pas là-dessus sur le fait de nettoyer les océans à partir directement du cœur du giro de plastique si on veut. Je ne donnerais pas de réponses à ça. Par contre, la question à savoir si ça vaut la peine d’essayer, ben oui, à 100 %. Surtout que Ocean Cleanup a de meilleurs résultats qui en avaient au moment où ce que j’ai fait le premier déploiement. À ce moment-là y’avait presque rien qui fonctionnait en termes d’accumulation de plastique. Aujourd’hui, l’accumulation de plastique fonctionne donc c’est beaucoup mieux. Ce que le processus de vouloir nettoyer le GPGP (Great Pacific Garbage Patch) a amené, c’est beaucoup plus grand évidemment que le plastique qui a été capable d’en sortir. La conscientisation a été énorme pis elle l’est encore.

Ocean Cleanup

Les projets de nettoyage de rivières à partir des systèmes qu’ils ont installés dans différentes grandes rivières du monde qui permettent de filtrer si on veut pis d’éviter que le plastique se rende jusqu’à l’océan donnent de grands résultats. Probablement beaucoup plus efficace que le nettoyage directement au milieu du pacifique. Donc tout ça, est un peu la réponse à cette question que j’avais c’est-à-dire : est-ce que l’effort individuel vaut la peine pis comment est-ce qu’on doit le regarder? La réponse à ça c’est dans le processus et dans le moment présent qu’il faut faire un pas après l’autre. Il faut être conscient des problématiques, faut avoir une idée en tête et un résultat en tête. Mais ça sert à rien de se projeter pis de dire « ok ça va être un désastre ou ça va fonctionner à 100 % ». C’est tout le temps quelque part entre les deux que ça se passe pis dans ce cas-ci, même si par exemple le nettoyage au milieu de l’océan était pas si efficace ben ça apporte tellement autre chose, entre autres, la conscientisation pis pleins d’autres avantages que ça vaut la peine de continuer.

La photographie et le précieux moment présent

Tu as fait de magnifiques rencontres, mais tu as également eu le privilège d’observer ou photographier des animaux que peu ont la chance de voir comme des dauphins, des requins et des baleines. Comment organisais-tu ces séances de photographie? Est-ce que tu étais toujours sur le qui-vive lors de tes randonnées et expéditions?

Dans le cas des requins pis des baleines, on allait là pour ça feck oui du moment où on est là où ça se passe, je garde l’appareil photo proche. Souvent, sur les bateaux, l’appareil photo – la caméra – est jamais loin parce qu’il peut toujours se passer de quoi pis c’est un peu ça le fun et le pas de fun du documentaire. Tu dois toujours être un peu prêt pour capter des moments pis quand ça se passe t’as souvent pas beaucoup de temps pour réagir. Par exemple, quand on traversait pis qu’il y avait des dauphins qui se pointaient… Tsé une grosse caméra, ça te prend dix minutes la préparer et en quelques secondes tu dois être capable de la sortir. Tu travailles avec l’équipement qui est fait en fonction de ça, que ce soit rapide. On est toujours pas mal prêt à shooter. Évidemment, un moment donné, faut lâcher prise. Faut se donner du temps pour se reposer pis laisser le cerveau à off un peu.

Baleines

Ça doit être difficile de tout le temps devoir prendre des photos. Dans un sens, tu es toujours en train de chercher des animaux ou autre, mais tu ne peux pas apprécier le moment, de juste regarder autour de toi.

Il y a un équilibre qui doit se trouver là et qui est pas facile parce que tu as une mission en tête et elle peut prendre toute la place. Le moment s’opère un peu là-dedans si on veut. J’avais déjà fait plusieurs plongées avec les requins. Les baleines, j’en ai fait plusieurs fois. Je suis descendu avec elles. Du moment où ce que j’ai pris le temps de le faire une fois ou deux – d’être en contact avec l’animal, de le regarder, de vivre le moment – après ça, je peux me permettre d’être plus focus sur la mission. De photographier un peu pis dès que je sens que j’ai ce que je veux, je vais prendre un peu de temps pour constater pis être dans le moment.

Je pense que c’est une super bonne question parce que c’est souvent un ou l’autre. C’est difficile de faire les deux pis c’est vrai qu’il y a quelque chose qui se vit moins bien quand on a un appareil photo dans les mains et qu’on a juste en tête d’essayer de capter quelque chose. Moi, je suis habitué de travailler beaucoup comme ça. Par exemple, sur Tribal, on vit des moments extraordinaires pis je suis tout le temps en train de les capter plus que de les vivre. Il y a comme une activation qui se fait après quand on quittait les lieux – par exemple, on est dans une communauté pis on reste là pendant une semaine – du moment où que je mets le pied dans la voiture pour partir sur la route à la fin de tout ça, ben là il y a une activation pis il y a un bonheur pis y’a des souvenirs qui remontent. C’est vraiment particulier parce que y’a des moments où on vit des choses extraordinaires pis je le sais que c’est beau pis je le sais qu’il y a de l’émotion-là. C’est aussi lié au fait que c’est hyper inconfortable. Il fait mille degrés, humide pis y’a des moustiques partout. C’est pas tout le temps du grand confort pis la beauté qu’on voit à l’écran est pas tout le temps vécu comme ça à l’intérieur. Des fois, c’est vécu avec un délai.

Est-ce qu’il y a des moments où tu trouvais ça difficile avec la température, les moustiques et tout le reste?

Non, il n’y a pas eu de moments où ce que j’ai dit : « Ok je suis pu capable pis je peux juste pas capter de moments ». C’est jamais arrivé. Je suis pas tombé malade non plus. Évidemment, si j’étais tombé malade dans tout ça, ça se serait vécu autrement, mais ç’a pas été le cas. Je suis peut-être chanceux, mais je me considère pas tough. Je suis un peu chanceux que mon corps vive bien dans ces contextes-là pis que je tombe pas malade facilement et que je peux me nourrir avec ce qui se mange on the spot.

Le voyage et l'expérience

Lorsque tu es parti en voyage à bord du Staygold, comment envisageais-tu la suite des événements? Est-ce que tu comptais recueillir des photos et des vidéos pour tes propres souvenirs ou tu souhaitais rassembler tes trouvailles pour rédiger ensuite ton livre Empreinte?

En fait, Staygold, c’était vraiment avant tout ça. C’était très loin de Empreinte pis dans Empreinte, si on veut, il y a juste une photo de Staygold. Donc c’était vraiment pas le but. J’avais planifié de faire un mini-documentaire avec ça sur ce qu’on faisait avec le Ocean Cleanup dont l’idée était de ramasser des données de plastique, mais évidemment, ça s’est pas passé comme ça comme on le voit dans le livre avec l’ouragan qui nous a foncés dessus, les bris sur le bateau. Ça a changé les plans assez rapidement feck c’est devenu un petit peu plus un documentaire d’aventure, puis éventuellement, l’idée de Across the salty road donc de traverser le pacifique sur le pouce est née de tout ça – du fait que ce bateau-là était brisé et je pouvais pas continuer là-dessus. Finalement, je me suis lancé dans une série documentaire que je voulais filmer à travers le pacifique pis j’ai fait un peu de photos sur mes projets à gauche, à droite donc le livre était pas prévu du tout. Deux ans plus tard (l’année passée en fait) quelqu’un m’a approché en disant « On pourrait peut-être faire un livre » pis ça s’est construit comme ça.

Bateau aux îles Cook

C’était vraiment une bonne idée le livre sur un voyage comme ça. Et il me semble qu’il n’y a pas beaucoup d’autres œuvres dans le même style.

C’est ce que j’ai constaté en faisant un petit peu mes recherches et au Québec, il y a à peu près pas de livres de ce genre-là avec une combinaison de photos et d’aventures.

Parmi tous les endroits que tu as visités, lequel t’a le plus marqué et pourquoi?

Oui. Vanuatu, c’est la réponse que je donne à tout le monde. Les enfants de Tanna, l’île de Tanna. Mais Vanuatu, le pays en tant que tel, c’est un des plus beaux endroits que j’ai vu sur la planète. Pas tant par la beauté des lieux purement que par l’accueil des gens et la bonté des gens. Mais oui, vraiment, je pense que c’est mon pays préféré.

Quel plat as-tu préféré? Et quelle activité?

L’activité… La rencontre avec les baleines, je pense que c’est ce qui est le plus touchant. Le moment où j’ai croisé le regard de la baleine, je l’ai regardé dans les yeux pis je suis presque tombé en transe. C’était extraordinaire, ça avait aucun sens. J’avais ma caméra pis je l’ai filmé, mais je regardais pas ma caméra pis j’ai été chanceux que ça soit stable pis que l’image soit belle. La baleine s’est retournée pour me regarder dans les yeux pis je me suis dit que ce serait cool de voir le regard de la baleine. Je m’attendais pas à ce que ça se fasse parce que les chances que ça soit aussi clair que ça sont pas très grandes. Elle est vraiment venue sur moi, à un pied de moi pis elle s’est retournée tranquillement. C’était assez incroyable.

Pour le plat, c’est pas un plat en fait, mais je suis un grand fan de petits fruits, des framboises pis tout ça. Pis on a exploré ça dans des communautés en Afrique notamment avec les Hadza. Eux autres, ils mangent tout le temps des petits fruits dans les arbres pis c’est pas tant que ça goûtait la meilleure chose au monde, mais plus l’acte d’ailleurs cueillir des petits fruits avec les Hadza à tout moment. Ce sont des chasseurs-cueilleurs pis dès qu’il y a une opportunité ils la prennent. C’est comme « Là on s’en va dans cette direction-là, il y a des arbres à fruits ben on s’arrête pis on mange ». C’est tout le temps comme ça donc à tout moment, il y a une petite déviation. Ils s’arrêtent, ils mangent un peu pis ils continuent. Ça, j’ai trouvé ça extraordinaire de goûter, d’essayer des petits fruits comme ça, à gauche, à droite, pis l’action était vraiment intéressante.

Vous avez eu l’opportunité de tourner la série Tribal pour TV5 en compagnie de Guillaume Dulude. Qu’est-ce que ce voyage d’affaires vous a apporté de plus que le début de votre périple en voilier ne vous avait pas déjà apporté?

C’est des voyages qui ont duré sur à peu près la même période de temps pis les réflexions qui en sont sorties sont aussi intéressantes à plein d’égards. Je pense pas qu’il y en a un qui est mieux que l’autre, mais je pense que la réflexion que j’ai eue qui est aussi celle dans le livre assez forte dans cette partie-là du livre, c’est sur la façon qu’on habite notre planète. On a l’impression en tant que westerners que notre façon de vivre est le standard c’est-à-dire que la plupart des gens vivent dans notre système capitaliste pis avec à peu près la même façon de voir les choses, notre système, notre mode de vie, etc. Pis on a l’impression que c’est un standard parce que c’est ça qui est le plus répandu, mais si on regarde sur l’échelle de l’histoire du temps, ben évidemment, les autres modes de vie que j’ai visités qui sont par exemple des modes de vie nomade existent depuis beaucoup plus longtemps. Ça dépend un peu de comment on regarde ça.

Émission "Tribal"

De penser que notre mode de vie devrait être un standard c’est comme hallucinant parce que notre mode de vie est en train de détruire la planète pis les conséquences vont être vraiment difficiles dans le futur. Les modes de vie nomades qui sont beaucoup plus respectueux des ressources sont un exemple qui a toujours fonctionné. Ils se sont rendus jusqu’ici et sont peut-être un standard plus intéressant si on regarde la longévité pis la survie de l’espèce. Les constats que j’ai eus, c’est beaucoup lié à la façon, la réflexion sur comment on habite la planète pis par exemple la possession individuelle. Dans nos sociétés, y’a rien qui est partagé. Chacun a sa voiture, sa tondeuse, son équipement de sport. C’est tout à l’individu et non au groupe. C’est inefficace. Quand tu regardes dans une ville, la plupart des voitures sont stationnées à 95 %. Y’a pas beaucoup de transports partagés proportionnellement si on veut. La question de procession individuelle est intéressante et plus at large comment on habite notre planète en comparatif avec ces autres modes de vie là.

La première partie de ton voyage en voilier c’était un peu un constat sur les désastres de l’environnement pis après ça, tu as eu la chance de voir comment ça affecte certaines populations.

J’aime plus le voir comme un exemple de quelque chose qui peut peut-être nous inspirer d’une façon ou d’une autre. Notamment le concept de la possession individuelle fait aucun sens. Tout le monde sur la planète pourrait pas vouloir posséder une voiture pis évidemment c’est pas le cas à cause de l’inégalité des richesses pis tout ça, mais si c’était le cas, ben on va tous mourir assez rapidement parce que la pollution va nous tuer très très efficacement si on veut. Ce concept-là, c’est comme si c’était un standard, mais ce standard-là devrait pas exister.

Maintenant... Et après?

Que faites-vous présentement sur le plan professionnel?

Je continue de travailler sur des projets qui sont plus locaux c’est-à-dire que j’ai fait des trucs au Québec beaucoup cette année plus que les autres années parce que, c’est ça, on est restreints feck les gens se sont dit on va tourner dans le pays. J’ai été dans l’Ouest canadien aussi, mais il y a des restrictions. Peut-être que ça me touche moins que d’autres. Je suis un petit peu chanceux dans cette optique-là où j’ai beaucoup d’opportunités de travail. Je pars en dehors du pays vendredi donc je vais filmer dans deux ou trois pays notamment aux États-Unis où il y a du COVID et je vais faire une quarantaine au retour. C’est possible encore, mais avec des façons de faire différentes et une quarantaine qui s’impose.

Est-ce que tu comptes faire un deuxième volet pour Empreinte ou un autre livre dans le même style?

J’aimerais ça. Je trouve que c’est une bonne opportunité qui s’est présentée pis au final, ça a fait de quoi de quand même le fun qui tient bien et je n’ai pas de plans spécifiques actuellement. J’ai des idées un peu plus larges de qu’est-ce que je pourrais faire, mais je me lance pas tout de suite pour un deuxième Empreinte ou autre. Y’a des trucs qui m’inspirent pis j’ai aimé le processus de faire un livre. J’ai trouvé ça super difficile, ç’a pas été facile d’écrire. Je suis pas très rapide et j’apprends à travers tout ça donc c’était pas évident, mais j’ai aimé ça quand même.

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Crédit photo : toutes les photos ont été prise par Guillaume Beaudoin et tiré du livre Empreinte.