Entrevue avec Félix Dyotte – Entre poésie et musique

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Félix Dyotte - Airs paiens

Félix Dyotte, ancien membre du groupe Chinatown, nous a dévoilé cette semaine son troisième album intitulé Airs païens dans lequel se retrouvent 11 pièces écrites et composées par l’artiste lui-même. Entre poésie et musique, l’œuvre nous transporte dans un univers onirique et imagé tout en nous plongeant à travers une multitude d’émotions douces.

Pour souligner l’occasion, j’ai réalisé cette entrevue dans laquelle Félix Dyotte nous livre ses secrets sur la création de l’album ainsi que ses impressions sur l’état du milieu culturel au Québec.

Pour visionner le lancement virtuel de Félix Dyotte, allez voir au bas de l’article ou cliquez ici : https://www.facebook.com/felix.dyotte/videos/349590826416971/.

Airs paiens - Félix Dyotte

Entrevue avec Félix Dyotte

Le nouvel album et sa création

Pourquoi as-tu choisi Airs païens comme titre d’album?

Pour la forme du titre, je voulais aller dans la tradition des chansonniers. Pour moi, c’est un album de chansons un peu plus que les autres disques que j’ai faits parce que je trouve que j’ai vraiment pris une direction très douce et un peu plus traditionnelle dans les instruments et les arrangements. Pour aller avec cette esthétique-là, je me disais que d’appeler un album comme une collection de chansons, ça faisait un peu cette vieille tradition-là qui me séduit.

Et puis pourquoi Airs païens? Eh bien airs païens, ça vient de plusieurs choses. Premièrement, j’avais un certain type de chansons que j’étais en train de composer et que je voulais un peu mettre ensemble dans mes notes personnelles et je me suis mis à appeler ça païens. Il y a un certain type de chansons comme certaines chansons de Leonard Cohen. Il y a un petit côté un peu vieille tradition animiste ancestrale européenne… C’est vraiment un truc d’instinct, mais après ça, c’est des chansons aussi qui sont souvent assez attachées à la nature et qui célèbrent beaucoup des éléments de la nature autour de nous. Évidemment, le rapport à la nature et le rapport à mettre de l’esprit dans les arbres, dans les végétaux, dans les animaux, ça vient beaucoup de certaines traditions animistes ancestrales qui ont été traitées de païennes par l’héritage catholique, la religion catholique. Pour moi, c’est là que je m’en allais et je trouvais ça cool de rapatrier le terme païen qui, selon les dires de mes parents, était utilisé de façon assez péjorative par l’église.

C’est vrai que le terme païen est souvent utilisé comme étant péjoratif.

Exactement. Quand mes parents m’ont demandé si j’étais sûr de vouloir appeler mon prochain album Airs païens, ça m’a vendu l’idée. Je trouvais ça encore mieux que ce soit vu de façon péjorative parce que ça me rappelait le mouvement punk par exemple où le mot punk, c’est une insulte qui a été reprise et rapatrié par les victimes de cette insulte. Même chose pour les Beatnick et les Hippies. À la base, les Beatnick et les Hippies, c’est des noms d’insultes. Je trouve que c’est un pied de nez un peu à une certaine forme d’autorité contre laquelle, très discrètement, en célébrant le scintillement de la nature, je crois que je me dresse un peu contre une certaine forme de vieille tradition coloniale d’invasion et de non-respect des choses qui nous entourent et de non-sensibilité.

Les paroles de tes nouvelles pièces sont très douces et poétiques. Chaque mot a sa place et le tout se tient solidement. Quel est ton processus créatif par lequel tu composes les paroles de tes chansons?

Je passe vraiment beaucoup de temps sur mes paroles sans trop m’en rendre compte. C’est vraiment simplement parce que je suis jamais satisfait. Je trouve ça quand même important de dire quelque chose qui peut avoir de l’impact et captiver, hypnotiser d’une certaine manière. Je pense que je me mets la barre quand même assez haute et j’écris certains textes un nombre innombrable de fois. Par exemple, Tarot de Marseille avait peut-être douze couplets. Sérénade, c’est une chanson qui aurait pu durer 12 minutes parce qu’au début, je voulais aller dans une espèce de trip un peu psychédélique, onirique imagé. Les images me venaient tellement facilement et j’avais tellement de choses à dire ça devenait super long. C’est comme une façon aussi d’écrire les couplets et de trouver les meilleurs couplets.

Une de mes inspirations pour cet album-là, c’est un album que j’écoute depuis que j’ai 11 ans et que j’aime encore vraiment beaucoup. C’est Blonde on Blonde de Bob Dylan. Cet album-là, il y a des chansons tellement longues comme Sad-Eyed Lady of the Lowlands dure très longtemps ou Visions of Johanna qui a plein de couplets. Je pense que j’essayais de faire ça et finalement, j’ai coupé parce que je trouvais que c’était plus efficace des tounes de trois minutes. Je me rendais compte que si je gardais les meilleurs couplets, c’était amplement suffisamment. Généralement, je dois dire qu’avec l’industrie, si tu veux que tes tounes passent à Radio-Canada ou si tu veux un vidéoclip et transmettre tes tounes, c’est plus pratique qu’elles soient relativement courtes.

Pourquoi as-tu créé l’album au Mexique? Qu’est-ce que cette opportunité a apporté à l’album?

Il y a plein d’affaires au Mexique qui ont apporté des choses à l’album, mais c’est pas des trucs si concrets que ça, mais des sentiments en me promenant, en visitant, en rencontrant des gens. C’est comme des indices, des instincts, mais rien de super précis.

Pourquoi je suis allé là-bas, ben c’est qu’à un moment donné, vers la fin de 2018, j’ai vraiment eu une année pleine de bouleversements. C’était une année pleine de changements et de trucs difficiles. Je savais que j’avais un album à faire et il se passait trop de choses ici. Ma vie était trop compliquée à Montréal. Je me suis dit que si je pouvais avoir l’opportunité d’aller au Mexique et de passer le plus de temps possible là-bas, c’est dans ces conditions-là que je serais capable d’écrire un album sinon ça ne se serait jamais passé. Et effectivement, ça m’a tellement aidé. Je pense que ça m’a aussi aidé à remonter la pente d’une dépression. C’était pas une année facile et le Mexique m’a vraiment apporté beaucoup de choses à ce niveau-là.

Pourquoi le Mexique en particulier, c’est parce qu’en janvier 2019, je suis allé à Mexico pour la première fois et c’était comme la plus belle ville que j’avais jamais vue. J’ai quand même beaucoup voyagé dans ma vie et cette ville-là est, pour moi, par-dessus New York, Paris, Berlin… C’est le genre de ville où je voudrais vivre. Je trouvais que ça avait tout de ces villes-là et beaucoup plus. J’ai vraiment eu un coup de cœur pour Mexico!

Airs paiens couverture

Les inspirations à travers les aspirations

De quelle façon ton expérience dans les groupes The Undercover et Chinatown a influencé ta musique dans tes derniers albums et qu'est-ce que tu gardes de ton expérience dans le groupe Chinatown?

Au-delà de ce que je garde, c’est surtout dans ces groupes-là que j’ai appris à faire de la musique. C’est dans ces groupes-là que j’ai appris à réaliser des albums, à faire des arrangements et à écrire des chansons. J’étais auteur-compositeur dans ces deux groupes. J’ai tout appris dans ces groupes et j’ai vu ce qui fonctionnait ou ne fonctionnait pas.

Dans Chinatown, vers la fin, le deuxième album, je pense qu’on commençait à écrire des chansons comme ce que j’allais écrire en solo. C’était un peu une évolution logique, c’est juste que quand je me suis mis à faire des albums en solo, tout d’un coup, je faisais 100 % ce que je voulais. Ce qui était quand même pour moi une sorte de libération.

Écrire des chansons en groupe, ce n’est vraiment pas pareil que tout seul. Tout seul, tu vas parfois aborder des sujets plus personnels et tu as ta propre vision, non celle d’un groupe.

Oui, vraiment! Ce que je peux trouver difficile quand on écrit en groupe, c’est que peu importe avec qui t’écris, l’autre personne va un peu remettre en question ce que tu fais quand elle comprend pas très bien ce que tu fais et va te demander pourquoi tu fais ça. On sait très bien qu’en création, on écrit parfois des choses et on ne sait pas pourquoi. C’est naturel et instinctif. C’est une attirance vers ces mots-là, ces tournures-là ou cette mélodie-là. Quand quelqu’un te demande de justifier ça, c’est une drôle d’affaire alors que quand je fais des albums tout seul, j’ai pas besoin de justifier rien à personne. Beaucoup plus cool et ça veut pas dire que j’apprends pas à me censurer, à me corriger ou à réécrire. Au contraire. Je fais vraiment partie des auteurs un peu scrupuleux.

Qu’est-ce qui t’inspire avant tout dans la création musicale que ce soit dans l’écriture des paroles ou l’ambiance des chansons?

J’ai vraiment une excitation d’enfant à écrire. Des fois, j’aimerais écouter une toune de tel genre, mais c’est pas exactement ça alors je la fais. Je pense que c’est le feeling que probablement tous les créateurs et créatrices ont. C’est un peu dans le but de se faire plaisir à soi-même et de se dire « Ben moi, c’est ça que je veux entendre. Je trouve qu’il n’y a pas assez de ça ou de ci et je veux rajouter ma part. » Sinon, c’est vraiment mon activité préférée.

Tu parles de la création en général ou tu commences à écrire les pièces et la musique vient par la suite?

Je pense souvent que la musique vient avant, mais les paroles ne viennent pas quand la musique est finie. Elles viennent quand la première idée musicale est arrivée. Ça se fait un petit peu parallèlement. Des fois, je vais chanter deux trois mots ou cinq six mots juste pour pouvoir exprimer la mélodie que j’ai en tête et là je me dis : « Ah! Est-ce que ça pourrait dire quelque chose? » En changeant les mots, ça donne des phrases intéressantes. Ça se fait tout seul au-delà de moi.

Comment vont tes projets avec Évelyn Brochu au plan musical et comment c’est de travailler avec elle?

On est en train de développer des nouveaux projets. Évelyn pis moi, on travaillait ensemble avant de travailler ensemble, c’est-à-dire que quand on s’est rencontrés au cégep, on écrivait souvent des poèmes ensemble. On était très créatifs ensemble. On écrivait des poèmes, on chantait des chansons, des fois on inventait des chansons. Quand on s’est rencontrés, on finissait pas nos chansons, mais on niaisait ensemble avec les chansons.

C’est comme si, quand je me suis mis à travailler avec pour faire son album, on avait déjà comme un début de petite discipline de travail. On dirait que je savais un peu comment ça allait se passer. On se ressemble quand même beaucoup dans notre technique de travail je dirais. Quand on travaille sur une chanson, ça se déroule assez rondement et c’est une des choses que j’aime avec Évelyn. C’est jamais trop compliqué sur le point de vue créatif parce qu’on a un peu les mêmes idéaux. Souvent, quand elle dit « On fait pas ça », je finis plus souvent par lui donner raison. On s’écoute beaucoup et on se respecte beaucoup dans nos choix créatifs.

Airs paiens - Félix Dyotte

L’envers du décor en temps de pandémie

De quelle façon la pandémie t’a-t-elle affecté que ce soit sur le plan artistique ou personnel?

Ça m’a quand même assez discipliné dans le travail. Je me suis quand même mis à être de plus en plus créatif et puis ça m’a servi d’une certaine manière. C’est sûr que j’ai perdu une année de shows comme tout le monde. J’ai pas eu l’année 2020 que je pensais avoir. Par contre, j’ai vraiment pas chômé. C’était le fun! J’ai ouvert des portes, j’ai développé beaucoup de projets et j’ai commencé des trucs. J’ai jamais vraiment arrêté.

La pandémie ne m’a pas poussé vers une dépression. Ma dépression, je l’ai eue en 2018! Elle était déjà derrière moi et je revenais tout juste du Mexique où j’avais passé un an de ma vie presque dehors constamment à voyager beaucoup. Pour moi, de revenir à Montréal et de me poser, ça m’a fait du bien et j’étais vraiment prêt à me mettre au travail et à enregistrer. Je finissais mon album et je commençais d’autres projets qui vont voir le jour éventuellement. Je me suis vraiment réfugié dans mon travail.

Tu as créé l’album au Mexique et tu l’as enregistré à Montréal, c’est ça?

Un peu des deux en fait. J’ai fini les tounes au Mexique, mais j’en ai quand même enregistré des bons bouts à Montréal. Vers la fin de 2019, j’ai enregistré des affaires à Montréal et j’ai aussi enregistré au Mexique. Mon but à un moment donné, c’était de tout enregistrer au Mexique. Finalement, ça s’est pas passé, mais j’ai quand même enregistré quelques voix, quelques percussions et quelques guitares avec un gars qui s’appelle Felipe Castro, un Chilien que j’ai rencontré là-bas et qui s’est retrouvé à mixer mon album.

Quand je suis revenu à Montréal parce que mon pays me rapatriait, j’ai fini l’album en faisant enregistrer plein de gens chez eux. Il y a un paquet de monde qui sont sur l’album et qui ont leur studio maison. Alors, ils m’envoyaient des tracks comme le trombone dans Les salades de l’amour qui a été enregistré chez le tromboniste lui-même. Les voix d’Amélie Mandeville, c’est elle qui les a faites chez elle. On a vraiment bien profité de la pandémie. Je pense qu’il y a beaucoup de musiciens qui sont équipés de stocks pour être autonomes pis continuer à travailler malgré tout. 

Comment le milieu culturel s’en sortira dans les prochains mois considérant les effets de la pandémie et le manque de financement?

Je pense que ce qui compte le plus, c’est de rester créatif et de se réinventer. Je pense que ce n’est pas la première crise que le monde artistique traverse. Il y a des communautés artistiques dans le monde entier qui ont vécu des guerres, des famines, qui ont vécu le pire du pire et ça a toujours été un moyen de faire naître des choses artistiques. Il faut continuer à faire ça parce qu’on n’a pas le choix. Ce serait aberrant que le manque d’argent fasse en sorte que les gens décident d’arrêter de faire de la musique ou autre forme artistique. C’est ce que je trouverais de vraiment malheureux et je pense que c’est important qu’on essaye de ne pas se laisser abattre et d’être des warriors quitte à essayer de se trouver des jobs on the side. Je pense qu’au Québec, on est déjà super privilégiés par rapport aux autres pays, mais on est aussi très anxieux de sécurité et je pense qu’il faut qu’on lâche ça un peu et qu’on soit résilients.

À l’avenir…

Quels sont tes projets à venir?

J’avais une couple de choses de prévues cet été, mais je sais vraiment pas comment ça va se passer et j’ai de la misère à suivre tout ça. Sinon, au jour le jour. J’ai un vidéoclip qui s’en vient assez bientôt et j’y vais au jour le jour. C’est difficile de se projeter dans l’avenir même si ça va mieux en principe. J’ai d’autres projets musicaux qui vont éventuellement s’en venir, mais quand, je peux pas dire.

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Lancement virtuel – Airs païens (Session live) :