Entrevue avec Denys Desjardins – «L’industrie de la vieille$$e», une série documentaire des plus importantes

Catégories

Image

Denys Desjardins

Le cinéaste Denys Desjardins a dévoilé le 3 mars L’industrie de la vieille$$e, une nouvelle websérie disponible sur https://ici.tou.tv/l-industrie-de-la-vieillesse. Dressant un portrait des enjeux reliés au vieillissement de la population, la série nous invite à revoir le modèle actuel du Québec.

Synopsis

D’ici 2031, un quart des Québécois seront des aînés. Le Québec est-il prêt à faire face au vieillissement de sa population? Voici une websérie à la fois percutante et très humaine qui aborde plusieurs enjeux et défis liés au vieillissement de la population québécoise. Drame familial pour certains, manne économique pour d’autres, gouffre financier pour l’État, le constat qui en ressort est alarmant.

Pour souligner l’occasion, Denys Desjardins nous livre cette entrevue intéressante dans laquelle il nous partage ses appréhensions, son avis sur le documentaire et sur la dramatique situation au Québec.

Le réalisateur a également créé une expérience numérique qui vous projette en 2031 afin de voir comment seront traitées les personnes âgées si on ne change rien d’ici là. Visitez le http://2031.quebec/ pour tenter l’expérience!

L'industrie de la vieille$$e de Denys Desjardins

Entrevue avec Denys Desjardins

La naissance du documentaire et l’expérience numérique

Peux-tu nous parler davantage du projet 2031.quebec?

C’est quelque chose que je fais souvent comme documentariste. Documenter et faire vivre le documentaire. Des fois tu regardes un film, mais tu es passif même si tu es actif mentalement. Là, le web me permet d’aller plus loin dans l’expérience. En gros, tu vas sur une plateforme dans un monde dystopique. En 2031, on dit qu’un quart de la population sera composée d’aînés. J’imagine qu’il y aura de moins en moins de gens pour s’occuper des aînés et que le gouvernement va être aussi débordé que maintenant sinon plus. Il va demander à la population d’aller s’inscrire à une plateforme à partir de 65 ans pour que tu puisses avoir accès au peu de service qui va rester. C’est un peu cette expérience-là qu’on vit quand on va sur http://2031.quebec/.  

D’où t’es-tu venue l’idée de faire un documentaire sur l’industrie de la vieillesse au Québec? Est-ce que le titre vient de toi?

C’est moi qui suis tombé dans cette industrie de la vieillesse. Il n’y avait pas de terme si on cherche sur internet, c’est pas un terme qui est connu, mais pourtant la vieillesse existe et il y a une industrie autour de ça et je m’en suis rendu compte. En réalité, je suis cinéaste, je filme des personnes âgées et ça fait assez longtemps que je m’intéresse à eux. Dans le documentaire, ça prend des gens qui ont du temps et des choses à dire. Moi, je m’intéresse aussi à la vérité, au vécu de ces gens-là et eux ont beaucoup d’expérience. Donc, ça m’intéressait jusqu’au jour où ça m’a frappé parce que tout le monde vieillit, même nos parents. Un jour, le personnage en question, c’était ma mère qui avait décidé d’aller dans une résidence pour aînés. Ça m’a encore plu frappé quand je suis allé dans cette résidence-là. C’était vraiment exotique comme endroit. Une forme de tout inclus comme on peut voir dans les pays chauds et tu peux passer l’hiver là, sans manteau, sans botte et te promener. Pour un cinéaste, c’était bien exotique.

C’est un sujet vraiment intéressant sur lequel on ne se penche pas assez. En voyant le documentaire, on ouvre les yeux sur beaucoup de choses inacceptables au Québec, sur la vieillesse et comment on met les personnes âgées de côté.

C’est ça! Il y avait cet aspect un peu exotique, du tout inclus. J’ai fait un film qui est sorti d’ailleurs l’année passée qui s’appelle Le Château, un long métrage documentaire où on voit la réalité et de ma mère, et de ma famille, et des autres résidents de la résidence, mais là où l’industrie de la vieillesse est arrivée c’est qu’on m’a dit à un moment donné : « On ne peut plus rien faire avec ta mère. Il va falloir la placer. » Là, ça m’a happé parce que c’était clair que quand on allait dans ces résidences, c’était pour aller finir nos jours.

La pandémie nous a donné un petit cours accéléré. Une résidence pour aînés – ce qu’ils appellent les RPA – c’est pas un CHSLD et c’est pas du tout la place où tu finis tes jours. Tu peux toujours finir tes jours dans la paix si tu n’as pas trop de maladies, mais normalement tu dois aller en CHSLD. C’est l’autre étape.

Le Château de Denys Desjardins

En voyant les épisodes de votre série documentaire, il n’y a aucun doute que vieillir coûte cher, encore plus lorsqu’on a des besoins particuliers. La société québécoise prime sur un service de performance et d’économie plutôt que sur la qualité et l’humanité nécessaires pour s’occuper des aîné(e)s, comme l’a dit la travailleuse sociale de ton documentaire Marie-Josée Gauthier.

Oui! D’ailleurs, pour moi, c’est pas évident qu’on aille quelqu’un qui dit ça. C’est ce qu’on appelle des lanceurs d’alerte. Ils ont pas le droit de parler non plus. C’est comme si elle parlait contre son employeur. C’est interdit en ce moment de s’exprimer.

Pourquoi avoir choisi de réaliser une série de 10 épisodes plutôt qu’un long métrage documentaire?

En principe, je ne suis pas un réalisateur de websérie. Ça fait trente ans que je fais des films et j’ai toujours été un ardent défenseur du cinéma d’auteur. Après Le Château, j’ai lancé le film et les salles ont fermé. Je me suis trouvé avec un film sans distributeur et les salles fermées. C’est absurde. J’avais envie de faire des films, mais plus personne ne va les voir. J’ai découvert ensuite la possibilité de les mettre en ligne. C’est une façon inverse : avant tu sors le film en salle, tu fais de la promotion et après tu le mets en vidéo sur demande ou à la télévision. Là, c’est l’inverse. On commence par la télévision parce qu’il n’y plus de salle. C’est là qu’est née l’idée de L’industrie de la vielle$$e en série.

Ça te permet de séparer – d’avoir des chapitres comme dans un livre. Les épisodes ne sont pas trop longs et tu as le temps d’assimiler l’information. En plus, les personnes interviewées ont beaucoup de charisme et s’y connaissent sur le sujet donc c’est d’autant plus pertinent et intéressant.

Oui. Je voyais ça un peu comme un guide pratique pour survivre! Pour un film ou une websérie, tu dois trouver du monde qui ont quelque chose à dire pour amener l’information. L’angoisse et l’anxiété, ça vient quand on est désemparé et qu’on ne sait pas quoi faire alors je voulais avoir des réponses à ça.

Équipe de tournage de L'industrie de la vieille$$e de Denys Desjardins

Les œillères et les faits

Comment le Québec peut-il passer à côté de tels faits et pourquoi l’industrie de la vieillesse persiste selon toi?

La population. C’est souvent la population qui finit par changer les choses, demander des lois parce qu’en ce moment, même le gouvernement a tout son intérêt à laisser aller l’entreprise privée et c’est ce que j’ai observé. De là est né le terme l’industrie de la vieillesse. Il y a vraiment une industrie qui est très florissante. Si on nomme un peu des groupes là-dedans dans les résidences pour aînés, il y a le groupe Sélection par exemple. Son fondateur, c’est Réal Bouclin. Il y a trois milliards de fortune, d’avoir, d’actifs dans sa compagnie et c’est des gens qui ont à peine 59 ans! Moi je l’ai vécu quand la résidence de ma mère a été vendue à des intérêts chinois. Ça m’a marqué et je me suis dit : « Comment ça se fait? C’est rendu que les Chinois vont faire de l’argent avec nos personnes âgées. » C’est capoté!

Sans faire de mots d’esprit un peu ridicule, la qualité de la bouffe avait changé quand les Chinois ont acheté la résidence où habitait ma mère. Il y a toute une réflexion sur comment on peut économiser et à quel endroit. Vu la pandémie, il y avait des tarifs sur la livraison des repas à la résidence parce que les résidences ont dû fermer leurs restaurants… Tu ne finis plus d’en payer des frais quand tu rentres!

C’est pas peu dire que c’est une industrie…

Oui et, parlez-en autour de vous, mais c’est à peu près 3000 $ le loyer de base. Ça m’a marqué : comment tu peux y arriver? À 3000 $ par mois, il faut quand même que tu aies eu de l’argent, une pension ou une retraite. C’est un business de l’immobilier c’est-à-dire que c’est des gens à l’origine et l’industrie c’est beaucoup plus large que les résidences pour aînés, les RPA, mais quand même c’est là qu’ils se rendent compte qu’après, quand tu veux donner des soins, ce n’est pas le même business. Normalement, c’est le gouvernement qui s’occupait des soins. C’est là que j’ai compris; c’est un lobby de résidences pour aînés qui représentent surtout des gros joueurs, mais il y a des petits joueurs qui ne sont pas du tout aussi rentables. Quand tu vas voir le gouvernement, tu leur dis : « Vous allez avoir une population d’aînés et nous, on peut vous aider là-dedans parce que si vous nous laissez gérer ça, nos résidences, ils vont venir là et on offrira des soins ». Le gouvernement y trouve son intérêt aussi et c’est là que sont nés les crédits d’impôt.

Ces crédits d’impôt existent au Québec et personne ne le sait pratiquement. Quand tu as 70 ans, tu es éligible pour maintien de personne âgée en résidence ou à domicile. Sauf que je me suis aperçu que 80 % des gens qui demandent ce crédit d’impôt habitent dans les résidences pour personnes aînées. Ça dit ce que ça veut dire, c’est-à-dire que c’est une belle patente le crédit d’impôt, mais qui au Québec majoritairement, aîné ou pas aîné, est habilité à gérer ses crédits d’impôt? Faut leur donner bénéfice c’est-à-dire que les résidences pour aînés se sont aperçues que la population vieillissait. Sur le marché privé, ils se sont dit : « On va leur offrir des services, ça va les rassurer ». En plus, le gouvernement offre très peu de services de soutien à domicile. Le Québec, c’est le pire endroit au monde dans cette catégorie. 14 % de la population bénéficie de soins à domicile comparativement à des pays comme la Scandinavie où c’est 73 % et eux maintiennent les gens le plus possible à domicile. Ils n’ont pas développé ce réseau-là qui est fort coûteux de CHSLD.

La vie de Château

Garder les personnes âgées à la maison, c’est un stress de moins pour eux aussi. Forcément, au niveau cognitif, tu restes plus stable que si tu as besoin de changer d’endroit tout le temps et que tu ne sais pas dans les mains de qui tu te retrouveras.

Carrément. Tu as des frais qui s’accumulent et tu perds un peu le contrôle sur ta vie. C’est sûr que tu peux être vraiment malheureux tout seul chez vous. Ça se peut que tu aies perdu ton conjoint, mais faut pas rêver trop jeune parce qu’à un moment donné, ça risque de te manquer l’argent pour payer tout ce que tu auras à payer.

Pour en revenir au CHSLD, c’est une idée qui n’est pas neuve. Avant, c’était les sœurs qui s’occupaient des personnes aînées, les gens handicapés. J’en ai visité beaucoup des CHSLD. Je ne dis pas qu’il faut tout mettre ça à terre. Le problème, c’est que la croissance d’espérance de vie a beaucoup augmenté, mais c’est une autre industrie – l’industrie pharmaceutique qui fait énormément d’argent. En plus, tout ça est remboursé par l’assurance maladie, l’assurance médicament. Oui, on veut vivre plus vieux, mais on va avoir une population extrêmement médicamentée. À un moment donné, il y a des défaillances et dans ces résidences pour aînés (les RPA), après deux heures de soin ils n’en peuvent plus de te garder. Autrement dit, tu n’es plus tellement rentable, tu représentes plus un risque pour eux et ils ne manquent pas de clients. Ils peuvent faire la fine bouche; dans un sens, ils vont un peu forcer l’État. Ce mécanisme-là, c’est ça que j’appelle l’industrie de la vieillesse où là, le travailleur social qui est payé par l’État va se retrouver à te coter. Ça s’appelle le SMAF – le Système de mesure de l’autonomie fonctionnelle – et tout le monde doit affronter ça au Québec. Quand tu as la cote, tu te retrouves en CHSLD à un moment donné, mais pas tout de suite parce qu’il y a deux ans d’attente pour avoir une place. Tu es barouetté à droite et à gauche et tout le temps que tu es barouetté, c’est encore le privé. C’est des lits qui sont loués par des compagnies comme le Groupe Champlain.

Les valeurs québécoises ont changé – Mieux traiter les personnes âgées

Auparavant, les personnes âgées vieillissaient avec leur famille. À présent, la majorité des personnes âgées partent en résidences ou en CHSLD et sont bien souvent isolées dans un coin. Comment cela se fait-il que la population québécoise se soit tant éloignée de ses aîné(e)s? Pourquoi les traite-t-on si mal?

Quand on pense à ça, il y a bien des aînés qui n’ont pas eu d’enfant aussi et ils se retrouvent seuls. Alors la réponse des résidences pour aînés c’est de créer des espèces de clubs sociaux. Ça peut permettre aux gens de se retrouver, mais c’est aussi qu’on est pris. Moi je suis coincé dans une génération sandwich; tu es coincé entre tes enfants et tes parents qui vieillissent. Tu deviens les parents de tes parents, mais en même temps, tu ne peux pas les garder chez vous parce que tu as déjà tes enfants.

Il faut vraiment changer ça et donner du temps à nos familles. Il y a des personnes en face des résidences pour personnes aînées qui pourraient aider parce que c’est des gens compétents. On a segmenté la société. Liberté 55, 65 tu pars à la retraite. Il n’y a pas de passation de la connaissance… C’est une société occidentale qui est malade, qui est basée sur le vieillissement, c’est-à-dire la pérennité des gens comme un produit et on te jette quand tu es passé date.

Soin à domicile L'industrie de la vieille$$e de Denys Desjardins

C’est vrai que ça fait ça et je pense que c’est d’autant plus accéléré avec la technologie et avec la pandémie encore plus. Les valeurs traditionnelles du Québec ont changé également. Dans ma famille, on est vraiment tissés serrés et j’ai l’impression que depuis un bon moment déjà, les familles au Québec se détissent.

C’est ça! Mais il y a peut-être des solutions au niveau du générationnel. Moi, si je m’intéresse au vieillissement et aux personnes âgées, c’est parce que, avec mon père, je fréquentais ma grand-mère. C’est aussi que moi, avec le vieillissement de ma mère, ça ne m’a pas semblé insurmontable. C’est dramatique, mais ça m’a préparé et j’ai été préposé pendant quatre ans aussi. Dans d’autres pays, il y a des services militaires imposés. Aujourd’hui, on devrait imposer et aider les gens à se familiariser avec les soins communautaires. La peur des gens d’aller soit dans des hôpitaux ou des centres de retraite, c’est terrible. C’est dévasté. Pourquoi les CHSLD ne pourraient pas être un endroit où ce serait plus vivant? On accentue le problème en segmentant la population avec les groupes d’âge. Il y a beaucoup de travail à faire. Je respecte les musiciens avec leur guitare et ballon qui vont visiter les personnes âgées, mais s’il y avait plus de jeunes là, ça aiderait beaucoup.

Je pense que les personnes âgées auraient besoin elles-mêmes d’être exploitées dans un sens. Pas abandonnées. Il faudrait qu’on leur trouve un rôle. Je pense que tu sois jeune ou vieux, tu as besoin d’un sens à ta vie. Le jour où tu perds le sens, tu perds la vie. Faut que tu te sentes utile, que ton récit ait du sens. Tu peux être malade des fois, mais tu n’es pas totalement inutile.

Que penses-tu du scandale des décès liés à la COVID-19 dans les CHSLD? 

On a compris qu’on a fait toutes les erreurs possibles… Moi, je l’ai vécu personnellement; ma mère est décédée au début de la pandémie dans un CHSLD qui a été vraiment touché par la pandémie. On a vidé les hôpitaux qu’on venait de construire à grands frais comme si on avait peur de les salir ces hôpitaux-là qui auraient pu protéger les gens parce qu’il y a des chambres isolées. On a préféré les retourner dans les CHSLD, là où comme dans la chambre de ma mère, ils sont deux. C’était la pire chose à faire, c’était idiot. C’est complètement idiot! Il aurait fallu paqueter le CHUM parce que c’était un endroit parfait pour garder les gens pour les protéger, mais on s’est dit : « Ces gens-là, ils sont sur le bord. On ne peut plus faire grand-chose pour eux. »

On parlait de la capitalisation, de la société de consommation; je peux comprendre. Ça fait 50 ans que des gens se donnent gratuitement pour cette cause. C’est une mission de travailler auprès des personnes âgées et ça s’appelait des sœurs avant. Elles se donnaient à Dieu, mais elles se donnaient aussi pour l’humanité. Maintenant, c’est un travail qui a été dénigré comme préposé, infirmière, et tout ça. Ces gens-là en ont marre de travailler une fin de semaine sur deux, le soir et puis, c’est là qu’on l’a vu pendant la pandémie. Il y a des agences privées de placement qui se disent : « Les gouvernements ont besoin de main-d’œuvre alors on va aller les chercher ». Finalement, on a tout déstructuré le système et ces agences envoyaient du monde à droite et à gauche et la COVID s’est bien répandue. C’est logique.

Là, il va y avoir une coronaire, il va y avoir plein d’enquêtes. Ça va être comme la Commission Charbonneau. On va se dire : « Ah ouais, on le savait ». Mais bon! J’espère qu’il va y avoir des gens qui vont s’investir malgré tout, mais il va falloir mieux les payer.

L'industrie de la vieille$$e de Denys Desjardins

C’est la moindre des choses de donner un meilleur salaire aux personnes s’occupant de nos parents, nos grands-parents. C’est juste leur donner plus de reconnaissance et, rendu là, on s’en fout de l’argent.

Oui! En même temps, je dis une connerie dans un sens parce que quand un enfant vit à Montréal, il ne voit pas la nature ni les animaux. Il ne peut pas un jour espérer aller vivre à la campagne et ne pas avoir peur des animaux et de la nature. Je pense que c’est en étant en contact avec les personnes âgées qu’on découvre ces réalités et qu’on s’améliore comme individu.

Faire bouger les choses pour avenir plus humaniste

D’ici 2031, le tiers de la population québécoise sera vieillissant. Crois-tu que le Québec est en mesure de faire volte-face afin d’anticiper les besoins pour la population vieillissante?

Oui. Si on a des mesures, des lois, des programmes, on peut contrôler et nous préparer au vieillissement de la population québécoise. Pour l’instant, je pense que ce n’est juste pas dans la volonté du gouvernement. Moi, première chose, je changerais la ministre des aînés qui fait plutôt partie du problème que de la solution. Mais honnêtement, pas avec le gouvernement qu’on a là. J’ai regardé le programme de Québec Solidaire où là, il y a vraiment une prise en charge dans les quartiers du vieillissement donc c’était assez intéressant. En fait, le programme de Legault, c’est de la poudre aux yeux. C’est du « On va vous construire des maisons pour aînées, le domaine des CHSLD c’est dépassé »… Il change le vocabulaire et c’est tout.

Quel impact aimerais-tu que ta série documentaire ait sur ton public, mais aussi sur le Québec? Est-ce que tu le faisais surtout pour toi ou dans un but de faire bouger les choses?

Oui c’était clairement pour faire bouger les choses, mais c’est sûr que c’est une série qui a été bâtie sur l’émotif c’est-à-dire que j’ai eu à vivre ça et j’ai réagi. C’était émotivement une réaction de base de dire « Qu’est-ce qui se passe? » Ça a été filmé juste avant la pandémie alors c’était plutôt « Comment sauver ma mère? » Après, je me suis dit que tout ce que j’apprenais là, ça devait être partagé. C’était pas juste à moi de garder le savoir et les connaissances que j’avais acquises. Alors oui, je me dis que ça se peut que si on est tous solidaires là-dedans et qu’on se partage l’info, on peut s’améliorer et d’autres pourront peut-être réagir différemment. Je vais te donner un exemple : la travailleuse sociale Marie-Josée Gauthier qui est venue m’a sauvé un peu. C’est comme ça que j’ai compris que quand les résidences font des pressions sur tes parents et ta famille, elle m’a dit : « Profite de ces pressions-là parce que si tu les écoutes, ils vont placer ta mère à un endroit qui ne conviendra pas ni pour toi ni pour elle. Après, une fois qu’elle est placée, ils sont tellement débordés que là tu ne seras pas plus avancé parce que tu ne pourras plus changer ça ». Grâce à son aide et si chacun s’aide – et la série peut aussi aider –, on peut améliorer la situation de chaque famille.

Je pense qu’en gardant nos aînés à la maison, on devient forcément des préposés, mais au moins, tu es assuré(e) de leur offrir une bonne qualité de vie avec des soins appropriés.

C’est que du gagnant, gagnant. Il nous faudrait des programmes de libération de temps c’est-à-dire que dans un sens, on a besoin de temps aussi quand tu t’occupes des personnes âgées et il faut que les employeurs le comprennent. C’est comme s’occuper d’un enfant, ça prend du temps. Il faut que le système soit revu autrement parce que dans d’autres pays, ça fonctionne. Dans la série, on voit mon beau-père qui est chilien et là-bas, ils parlent des camps de jour pour aînés. C’est une autre idée et pourquoi pas! Si toi tu trouves ça inquiétant que ta mère reste seule à la maison toute la journée, il y aurait un endroit où il y aurait des gens pour s’en occuper. Si on le fait avec nos enfants, peut-être qu’on peut le faire avec les adultes.

L'industrie de la vieille$$e de Denys Desjardins

C’est une bonne idée! Il y aurait des endroits avec des activités pour tous les goûts pour les personnes âgées.

Il y a des travailleurs sociaux et animateurs qui pourraient trouver les activités que nos parents aiment et les rassembler. Il faudrait qu’il y ait des jeunes aussi. Des journalistes qui font connaître la réalité de ces endroits-là et qui amènent des jeux au niveau littéraire, de connaître un peu les passions de chacun.

Ce serait une sorte d’école pour aider les personnes âgées à se maintenir sur le plan de la motricité et sur le plan cognitif.

Oui! Et trouver un sens à leur vie. On parle toujours de « nos aînés » comme s’ils nous appartenaient. C’est tellement condescendant… Et on perd tout ce savoir, cette richesse. Il n’y a rien de plus beau qu’un aîné qui raconte une histoire!

J’ai envie de voir des aînés qui retournent à l’école. Il faut qu’ils veuillent, mais moi, quand j’apprends que des gens de 75 ans sont encore en train de terminer une maîtrise ou un DEC, pourquoi pas? L’éducation permanente, c’est vraiment quelque chose qu’on a raté complètement. On dirait que c’est juste bon pour ceux qui enseignent, mais non.

Quels sont tes projets à venir?

C’est un cycle. J’avais commencé avec ma mère et je veux le terminer en beauté. La suite c’est J’ai placé ma mère. C’est le dernier film, un long métrage que je voulais faire. C’est quelque chose que j’ai filmé avec ma mère qui commence dans sa résidence et même avant que mon père la filmait quand elle était jeune. Je veux faire un parcours et comment j’ai été emmené avec la pandémie à perdre ma mère aussi. C’est toute une question sur l’État. C’est un peu le retour sur L’industrie de la vielle$$e tout en faisant un portrait et un hommage sur cette femme-là qui était plus qu’une personne âgée.

Quelle est la date de sortie?

Il faut que je m’y remette. J’espère le faire d’ici un an dans le mois de mars l’année prochaine, en 2022. Je le fais pour moi celui-là.

Je veux rendre hommage posthume à ma mère et je veux le faire. J’y tiens. C’est une façon de faire son deuil aussi.

Pour visionner le documentaire L’industrie de la vieille$$e, cliquez ici : https://ici.tou.tv/l-industrie-de-la-vieillesse.
Pour tenter l’expérience numérique, cliquez ici : http://2031.quebec/.
Pour en savoir plus sur Denys Desjardins, cliquez ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Denys_Desjardins.
Crédit photo : Nicolas Canniccio et Maxime Labrecque.

Abonnez-vous ici à l'infolettre de Patrick White :  https://patwhite70.substack.com/.