Entrevue avec Anne Baer dans le cadre de la conférence Movin’On Montréal 2019

Début de l'événement: 

04 juin 2019 - 08:00
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Anne Baer de la firme Ikare

La femme d'affaires franco-israélienne Anne Baer a participé à une conférence de Movin’On ce mardi 4 juin 2019. Patwhite.com a échangé avec elle avant la rencontre : https://summit.movinonconnect.com/programmation-2019/#/

1) Pouvez-vous me parler de Ikare et de votre rôle comme PDG?

J’ai fondé iKare Innovation en 2016 à Tel-Aviv pour fournir des services de veille technologique et de veille stratégique aux entreprises et investisseurs qui cherche à s’interfacer avec Israël. iKare agit comme une sorte de passerelle entre l'écosystème de l'innovation israélien et le reste du monde. Nous sommes une structure légère, agile et mobile constituée d’experts d’origines différentes et couvrant tous les services dont peut avoir besoin un acteur étranger, réunis à un guichet unique. iKare représente depuis l’origine des multinationales comme Engie ou comme l’équipementier automobile Valeo pour leur innovation et leurs investissements en Israël. Côté israélien nous aidons des startups à décoller en les conseillant sur le plan stratégique et en les mettant en contact avec des partenaires potentiels.

2) Quelles sont vos expériences antérieures au plan professionnel ? Quel est votre parcours?

Je suis née en France. Je rêvais de partir m’installer en Israël et d’être diplomate. Rêve contradictoire puisqu’un diplomate ne pose jamais vraiment ses valises. La vie a fait que mon rêve s’est réalisé trois fois et a pris des formes inattendues. La première fois, c’était pour le ministère des Affaires étrangères israéliens. Aussitôt mes études finies, je me suis retrouvée à Kinshasa où je me suis occupée d’affaires administratives et consulaires à l’Ambassade d’Israël au Zaïre. La seconde, dans la foulée à Paris, où j’ai été recrutée par les Nations Unies pour co-rédiger un rapport sur le développement durable. Ça devait durer quelques mois et j’y suis restée 8 ans ! Enfin, de 2014 à 2016, j’ai été détachée par mon pays natal dans mon pays d’adoption pour un poste d’attachée à l’Innovation auprès de l’Ambassade de France en Israël.

3) Quel sera le thème de votre conférence au Forum Movin 'On de Montréal et que voulez-vous approfondir?

Nous serons quatre. Il s’agit d’un panel modéré par Brice Lalonde, avec la participation d’Izabella Teixeira (ils furent tous deux ministres de l’Environnement, en France et au Brésil respectivement) et Sakchai Patiparnpreechavud un industriel thaïlandais de la filière plastique. Nous allons parler l’impact de l’économie circulaire sur les nouvelles mobilités, en d’autres termes, comment développer des manières de se déplacer qui soient plus optimisées et respectueuses de l’environnement. Parfois ça veut dire apprendre à rester chez soi aussi!

4) Est-ce que Montréal est sur le radar de votre industrie et comment la ville est-elle perçue?

Le Canada reste un territoire à défricher… et déchiffrer. Il y a beaucoup à faire pour les Israéliens ici et réciproquement.

Vous savez que Moïse était bègue ? On raconte que lorsque Dieu lui demanda quelle terre promise lui irait bien. Moïse, qui aimait bien le sirop d’érable, répondit : Ca… Ca… Ca…
Dieu s’impatienta. Et le peuple hébreu reçu Canaan… Plus sérieusement, je suis francophone, donc, oui Montréal est davantage sur mon radar que Toronto.

5) Vous dites que faire des affaires est aussi faire de la diplomatie. Qu'entendez-vous par là?

L’économie c’est la diplomatie par d’autres moyens. C’est vrai de la culture aussi. J’ai beau être intello, je trouve que c’est plus facile de rapprocher les peuples en leur faisant gagner de l’argent.

Un bon diplomate comprend les intérêts des deux parties et sait mettre de côté les divergences pour se concentrer sur ce qui rassemble. Un bon « connecteur » technologique doit comprendre les stratégies de deux entreprises, leurs forces et actifs respectifs et les convaincre de travailler ensemble quand bien souvent ils sont à deux doigts d’être des compétiteurs directs. La ligne qui sépare un partenariat d’une concurrence est parfois très ténue. Je parle d’expérience.

6) Votre compagnie est israélienne. Comment se situe Israël au plan de la haute technologie?

C’est là la question essentielle ! Israël est au top évidemment, 1er dans l’indice de la qualité de la recherche, 1er sur la part du PNB investi dans l’innovation (4,5%), 1er sur le transfert de technologie du militaire vers le civil, principale place au monde pour l’innovation en matière automotive, etc.

Mais il n’en demeure pas moins qu’Israël est un marché minuscule de 9 millions d’habitants et isolé géographiquement. Pour se développer la startup a besoin de partenaires qui l’aideront à pénétrer d’autres marchés. Qu’attend le Canada pour saisir les opportunités MedTech, CleanTech, ou encore coopérer sur des projets d’Intelligence artificielle où Israël est numéro 3 juste derrière les États-Unis et la Chine, mais devant le Canada.

Je sais que certaines entreprises canadiennes ont ouvert la voie. Mais on est encore loin du compte. Avec Technopolys, iKare va lancer une dynamique qui passera forcément par un voyage réciproque. Le premier devrait être en Israël d’ici la fin de l’année.

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