Entrevue avec Alicia Deschênes - Croire en l'avenir avec son album «Les mauvaises langues»

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Alicia Deschênes - Les mauvaises langues

L’auteure-compositrice-interprète Alicia Deschênes qui avait sorti un premier album Comme June aime Johnny au printemps 2018 revient avec un second album intitulé Les mauvaises langues. Ce dernier paraîtra dès le 26 février en CD et en vinyles et sera également disponible sur toutes les plateformes.

Pour l’occasion, nous avons eu un entretien avec elle afin de discuter de la création de ce nouvel album qui a été réalisé lors d’un contexte de confinement.

Entrevue avec Alicia Deschênes

Une carrière toute en musique

Peux-tu nous faire un survol de ta carrière comme auteure-compositrice-interprète?

J’ai toujours été passionnée de musique. Mes parents écoutaient beaucoup de musique quand j’étais jeune donc il y a toujours eu de la musique dans la maison. J’allais voir mes parents et je leur demandais « J’aimerais avoir des disques ». C’est un peu comme ça que tranquillement j’ai commencé à découvrir plein de choses, en écoutant Musique Plus et tout ça. Le déclic s’est vraiment fait en 2008 quand Paul McCartney est venu donner un spectacle sur les plaines d’Abraham. On l’a regardé à la télévision pis ça m’a vraiment émerveillée. J’ai voulu apprendre la guitare et c’est comme ça que j’ai commencé à en jouer. Un an après, mes parents m’ont emmenée voir Green Day au Centre Bell et c’était mon groupe préféré depuis que j’avais huit ans (j’en avais 12-13 quand on y est allés). On était en haut; on voyait à moitié rien, mais quand Billie Joe est rentré sur scène, j’ai eu une révélation. C’est vraiment bizarre, mais je me suis dit : « C’est ça que j’vais faire dans la vie. J’vais faire de la scène ». Je suis revenue chez nous, j’ai pris ma guitare. Ça faisait quelques mois que j’apprenais et c’est comme ça que j’ai écrit ma première chanson en anglais. J’écrivais en anglais les premières années et la guitare c’est mon père qui m’a montré trois accords. Il m’a montré Twist and Shout et c’est comme ça que je suis partie.

Après ça, j’ai commencé à écrire un peu en anglais, j’ai enregistré des démos au secondaire. Rendue au cégep, je voulais écrire en français, mais comme j’avais beaucoup d’influences anglophones, c’était plus naturel pour moi d’écrire en anglais. Finalement, j’ai rencontré Louis-Jean Cormier en 2013 et je me suis vraiment reconnue dans ce qu’il faisait, mais j’avais pas tant confiance en moi à ce moment-là. J’ai vu Louis-Jean après un de ses spectacles et, encore une fois, ça m’a fait un peu la même impression qu’avec Green Day pis Paul, ça a été un émerveillement. Je lui ai remis mon démo en anglais et il m’a dit « C’est pas grave si tu écris en anglais » et je lui ai dit : « Non, mais j’aimerais ça écrire en français ». Il m’a répondu : « Fais-toi confiance. Écris comme tu parles et tu vas voir que ça va bien aller ». Depuis ce jour-là, j’ai jamais réécrit un mot en anglais.

Je me suis inscrit à Cégeps en spectacle, j’ai gagné des prix et je me suis dit : « Bon, ben je suis peut-être capable d’écrire en français finalement ». Après mon cégep, je me suis inscrite à l’École nationale de la chanson qui est à Granby, j’ai fait un an là-bas, on a fait des spectacles, j’ai écrit beaucoup de chansons. En novembre 2016, j’ai été dans une formation d’écriture avec Daran à Québec et c’est là qu’il m’a remarquée. Il m’a proposé ensuite qu’on travaille ensemble et j’étais vraiment contente parce que j’étais rendue dans une étape où je voulais enregistrer quelque chose de plus professionnel, un EP, puis lui, il m’a proposé qu’on fasse ça ensemble. On a fait un EP et finalement, après ça, on a fait un premier album, Comme June aime Johnny. On s’est rendu compte que notre collaboration fonctionnait super bien alors on a décidé de récidiver pour un deuxième album, Les mauvaises langues qui sort la semaine prochaine. Je suis vraiment reconnaissante pour Daran aussi parce que dans sa dernière tournée, il m’a emmenée avec lui en première partie alors ça a été vraiment très formateur en studio et avec lui.

Je trouve ça vraiment intéressant parce que tu as déjà ta signature comme artiste et c’est d’autant plus agréable de voir des artistes québécois qui écrivent en français.

C’était important pour moi de chanter en français et comme je disais au début, je pense que je me faisais pas assez confiance. J’avais peur. Je sais pas pourquoi j’avais peur. Souvent en anglais, on dit que tu peux répéter souvent la même chose et ça passe bien. Mais en français, chaque mot est super important et j’avais la pression d’honorer cette langue-là et avec le temps, ça s’est développé naturellement. Je suis bien contente. Ça fait plusieurs années que, du haut de mes 12 ans, je veux faire ça dans ma vie. De voir que maintenant j’ai deux albums et que ça commence à porter fruit, c’est vraiment gratifiant aussi.

Les mauvaises langues - Alicia Deschênes

L’album et sa création

Pourquoi as-tu choisi Les mauvaises langues comme titre pour ton second album?

Un peu comme pour le premier album, on voulait quelque chose d’accrocheur. Comme June aime Johnny, c’est le titre d’une chanson qui est sur le premier album. Les mauvaises langues, c’est également le titre d’une des chansons. En fait, quand on s’est posé la question avec Daran à savoir qu’est-ce qui serait le meilleur titre, c’est devenu une évidence. Ça devait être ça. Je pense que Les mauvaises langues, c’est une chanson clé sur l’album. C’est une chanson d’information, mais l’album tourne un peu autour de ça aussi. Des fois les combats qu’on a avec nous-mêmes, mais aussi avec le regard des autres, l’impression que les autres ont de nous. Je pense qu’en tant qu’être humain, on est tous un peu confrontés à ça le jugement. Moi et Daran, on trouvait que cette chanson-là, c’était une chanson un peu fort sur l’album, mais aussi que ça représentait bien le monde dans lequel on vit présentement avec la facilité des réseaux sociaux et tout ça.

Dans ma chanson, Les mauvaises langues, ça commence : « Les mauvaises langues ne pourront pas se taire, malgré tout, je resterai grande et fière comme le mât d’un voilier. » Je sais que j’ai choisi un métier qui est exposé au public, je sais que ce sera pas tous les jours facile, mais je vais garder ça en tête. C’est un peu pour ça aussi qu’on a voulu choisir ce titre-là parce que je pense que ça enveloppe assez bien plusieurs chansons sur l’album qui sont un peu en lien avec ça aussi sans nécessairement parler de ça exactement.

Qu’est-ce qui t’a inspiré lors de la composition des paroles? Les as-tu écrites lors du premier confinement?

Avant que je commence à écrire intensément pour l’album, on avait peut-être deux trois chansons qui étaient prêtes. J’étais un peu stagnée là. Des fois la vie, ça va vite et je me disais « Faut que je prenne le temps d’écrire cet album-là, mais je l’ai pas ». Je trouvais ça difficile, puis le 12 mars l’année dernière quand ils ont annoncé le confinement, c’était évident que j’avais pas le choix. Je pense que début avril, on avait l’album au complet.

La première semaine du confinement, je pense que j’en ai écrit quatre en cinq jours. C’est comme si depuis tout ce temps-là, je retenais ça en dedans pis ça a voulu sortir. Ce qui m’a inspiré, c’est les émotions. C’est soit des émotions que j’ai vécues dans le passé, des fois en me projetant dans le futur aussi ou des trucs que je vivais dans le présent. Je pense que c’était dans une période de ma vie où c’était plus difficile pis j’avais besoin d’espoir et c’est ça que j’ai voulu chercher avec ces chansons-là. Ça m’a vraiment aidé aussi. Ce qui m’a inspirée, c’est d’essayer de croire en l’avenir. Chaque fois qu’on me pose la question, je pense que principalement, c’est des émotions. Que ce soit des émotions du présent, du passé ou encore des émotions que j’aimerais vivre dans le futur, c’est toujours ça qui est le moteur dans mes chansons.

Alicia Deschênes

Collaboration et spectacles

Comment s’est déroulée la collaboration avec Daran? Est-ce que vous avez travaillé d’une façon différente que pour le premier album Comme June aime Johnny?

Oui, vraiment parce que pour le premier album, Daran était à Montréal, puis on a tout enregistré chez eux. Ça a vraiment été un travail où est-ce qu’on était dans la même pièce. Je chantais mes chansons, je le voyais réagir et il me disait « Essaye ça, ou ça ».

Mais là, c’était complètement différent. Moi j’étais ici chez moi. Et il était en France à ce moment-là. Comment ça s’est fait, je lui ai envoyé des chansons et il me disait s’il aimait ça. Il m’envoyait un métronome pis moi j’enregistrais ça avec mon téléphone. J’enregistrais des voix, j’enregistrais des guitares parce que pendant le confinement, j’avais décidé d’aller chez mes parents. J’avais pas nécessairement accès à du matériel de studio alors c’est un peu comme ça qu’on a commencé. Je lui ai envoyé des trucs que j’avais enregistrés avec mon iPhone et il a commencé à travailler de son côté et ça a vraiment pris forme rapidement. Il m’a envoyé des chansons super arrangées deux trois semaines après. Je capotais parce que c’est des voix de iPhone. Finalement, il a tellement aimé le cachet que le iPhone donnait à ma guitare qu’on a décidé de garder les tracks qui ont été enregistrées au iPhone pour la guitare, mais j’ai tout réenregistré les voix dans mon garde-robe avec un petit studio maison. C’est comme ça qu’on a travaillé. Moi j’ai tout envoyé ça en France et lui il a travaillé ça. Il a fait sa magie, il a mixé ça. C’est vraiment un album de confinement, de garde-robe, le téléphone et les courriels. C’est comme ça qu’on a travaillé. Je pense que ça doit faire quasiment un an et demi deux ans que je ne l’ai pas vu en personne. Ça a vraiment été un album de confinement de A à Z et j’aurais jamais pensé enregistrer un album dans ces conditions-là. Il y a aucune shot qui a été fait en vrai studio. Je pense que ça me rend encore plus fière!

Est-ce que tu as un lancement d’album prévu ou des spectacles à venir?

On est beaucoup en pourparlers présentement. C’est sûr que là, pour le lancement, il y a eu plusieurs idées qui ont été lancées. Malheureusement, chaque fois qu’on avait une idée, il y avait une restriction du gouvernement qui faisait que c’était pas possible de le faire. Notamment parce qu’on peut pas vraiment planifier un rassemblement. On est encore en train de réfléchir à ça. Je ne sais pas au niveau d’événements en ligne. On est encore sur le coup, mais c’est encore un peu tôt même si l’album sort la semaine prochaine. Il y a tellement pas de portes qui sont ouvertes que c’est difficile de voir les avenues. J’aimerais bien ça au moins le souligner, mais on est encore en train de voir ce serait quoi la formule la plus efficace et réaliste. On espère trouver quelque chose, mais dans les conditions actuelles, c’est pas évident.

Alicia Deschênes

Pandémie et culture

Comment as-tu vécu la pandémie?

Je pense que ce projet-là, autant quand j’étais dans l’écriture, la photographie, le graphisme… Je me suis également occupée du design des vinyles, toutes ces choses-là m’ont permis de m’occuper pendant la pandémie. Au début, j’étais en train d’écrire un album alors oui, j’avais peut-être de l’angoisse reliée à la pandémie, mais j’avais pas nécessairement juste ça à réfléchir. J’étais dans l’action beaucoup alors je pense que cet album-là m’a aidé justement à avoir des buts, à avoir des projets. Présentement, la vie est au ralenti, mais il y a quand même des projets qui se développent, il y a quand même un « après ». C’est sûr que c’est inquiétant; on ne sait pas trop ce qui va arriver, comment ça va se développer, quand est-ce que les salles vont revenir, est-ce qu’il va y avoir des spectacles ou pas… Je le sais pas, mais pour l’instant, j’ai un album à offrir et je suis vraiment fière de cet album. Il m’a aidé à passer à travers du gros de la pandémie. Je suis vraiment contente de voir que finalement au début du confinement, il n’y avait rien et là on sort un album. J’ai quand même réussi à trouver du positif dans tout ça.

Comment le milieu culturel pourra s’en sortir?

C’est sûr que j’espère qu’il va s’en sortir en santé le plus possible. C’est sûr que je ressens présentement au niveau de mes collègues beaucoup d’impatience. Je pense qu’il y en a beaucoup qui aimeraient ça avoir des réponses. C’est pas évident ces temps-ci. La seule chose que je souhaite, c’est que quand ça va recommencer, que ça recommence bien. J’étais inquiète au début à savoir si les salles allaient s’en sortir. Je pense que jusqu’à maintenant, les diffuseurs et propriétaires de salles et les employés ont dirigé ça de façon magistrale. Ils ont réussi à aller chercher du financement ou à trouver des idées pour essayer de survivre et ça, je trouve que c’est vraiment beau. Ça montre qu’au Québec on est débrouillards et passionnés. Ce que je souhaite le plus, c’est que ces salles-là continuent de vivre pour accueillir des gens comme moi quand ça va rouvrir. Les cinémas, les salles de spectacles… Tout ce monde-là a vraiment toute mon admiration pour le travail qu’ils font présentement, mais qui est très difficile.

Je trouve ça vraiment dommage de voir que les salles de cinéma ouvrent, mais pas les salles de diffusion pour la musique, le théâtre et autre spectacle.

Oui. On ressent de la frustration par rapport à ça. Je pense que le théâtre, la musique, c’est aussi important que le cinéma. C’est un art vivant aussi. C’est sûr que, personnellement, j’ai très hâte de revoir des spectacles, de revoir des pièces de théâtre et m’asseoir en salle. En refaire aussi. C’est quelque chose qui me manque beaucoup. J’essaie juste de me dire que tranquillement ça va revenir.

Alicia Deschênes

À l’avenir…

Quels sont tes projets à venir?

On est dans un entre-deux. C’est difficile de se prononcer sur un autre album. Je me suis tellement concentrée sur lui. C’est sûr qu’il va y en avoir un autre éventuellement. J’ai pas recommencé à écrire parce qu’un album, ça demande beaucoup de préparations et de trucs à gérer. Ça nous préoccupe beaucoup, beaucoup de choses à gérer. Mais c’est sûr que je voudrais recommencer à écrire éventuellement et j’espère juste que je vais pouvoir faire des spectacles quand ça va être possible et rencontrer les gens. Ça me manque beaucoup. Oui, c’est bien le fun recevoir un chèque quand tu fais un spectacle après, mais ce qui est plus le fun, la vraie paye, c’est rencontrer les gens et de voir à quel point ça leur a fait du bien. C’est bien le fun les spectacles et de voir les gens réagir, mais j’ai vraiment hâte de retrouver ce contact humain là. J’espère que ça reviendra à l’avenir.

Pour en savoir plus sur Alicia Deschênes, cliquez ici : https://www.aliciadeschenes.com/.
Pour commander l’album Les mauvaises langues, cliquez ici : https://select-digital.lnk.to/AliciaDeschenes_LesMauvaisesLanguesALB.

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Vidéoclip de Plus jamais :