«encore temps de rebrousser chemin» – La littérature en mouvement, de l’intime à l’explosif

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"encore temps de rebrousser chemin" d'Anne Peyrouse

Entre nous, encore temps de rebrousser chemin d’Anne Peyrouse m’a plongée au fin fond d’un monde divisé – deux parcelles parallèles et complémentaires du même monde. J’entrais à la fois dans la dimension des nouvelles et, par le ton et les clins d’œil entre les histoires, j’en découvrais un peu plus. Un peu plus – au fil des mots, des phrases et des pages –, à mieux connaître l’autrice, à cerner les parcelles de son vécu, de son intériorité.

Le recueil encore temps de rebrousser chemin, c’était, pour moi, comme si je parcourais un sentier et que, à différents instants de ma marche, je voyais un élément sur ma route (une maison, un animal, un objet, un arbre étrange ou je ne sais quoi qui attirerait mon attention) – m’arrêtant pour l’admirer, le récit d’une nouvelle nouvelle débutait pour me mener vers la prochaine trouvaille.

En quelques mots, c’était vivifiant, rebondissant, différent et ponctuant (bon, je devrais dire ponctué, mais je voulais garder la rime intacte!)

La langue comme outil d’expression

L’un des avantages dans l’écriture de nouvelles, c’est la liberté de recommencer une autre histoire, complètement différente, avec de nouveaux personnages (ou les mêmes) en usant d’un style unique, de phrases ou de mots étranges, recherchés ou communs – d’explorer la langue comme on explorerait chaque univers du possible.

Pour chaque nouvelle, Anne Peyrouse a usé d’un style nouveau. Que ce soit dans le ton, dans les tournures de phrases ou même dans la mise en page, chaque histoire revêt fièrement sa couleur littéraire et teint le récit d’une manière unique de par l’usage du langage qui diffère chaque fois.

J’ai d’ailleurs particulièrement aimé cet aspect du livre; pouvoir terminer une histoire, en commencer une autre et me plonger dans un nouvel univers narratif littéraire. Sans filtre, sans censure, l’autrice nous porte d’un personnage à un autre, d’une bulle narrative à une autre et ne se prive pas pour présenter ses personnages sous leur vrai jour de façon parfois crue et directe. Que ça choque ou déplaise, Anne Peyrouse écrit en détricotant la littérature pour ratisser et exploiter les moindres bouts de laine égarés.

Des histoires de couple

En plus de l’exploration du langage, il y a celle de l’intériorité des personnages et de leurs motivations.

Chaque histoire fonctionne par deux. Un(e) protagoniste qui, en compagnie d’un autre personnage, traverse des péripéties ou les raconte. Deux sœurs, une sœur et son frère, une fille et son père, une patiente et son médecin, il y a toujours deux personnages qui se complètent ou apportent un élément intéressant au récit.

En décortiquant ces couples, l’autrice s’éloigne du couple traditionnel amoureux pour pousser plus loin cette relation entre deux êtres qui se complètent ou non, qu’ils soient bons ou non.

Anne Peyrouse et son chien

L’autofiction ou comment léguer des parcelles de soi-même

À travers les 15 nouvelles du recueil encore temps de rebrousser chemin, il y a des récits autobiographiques. Anne Peyrouse nous livre une partie d’elle-même, des fragments de son adolescence, de son passé. Des événements qui ont marqué sa personne, qui l’ont construite et ont fait d’elle la passionnée littéraire que l’on connaît.

Au fil de ma lecture, je m’amusais à deviner quelles nouvelles faisaient partie de son vécu – lesquelles comportaient des anecdotes ou des événements vécus par l’autrice. D’ailleurs, ce sont précisément ces récits où l’autrice se livre à cœur ouvert que j’ai le plus préférés. Je me sentais plus interpellée par les personnages et par ce qu’ils vivaient.

De la plume intime, directe et expressive d’Anne Peyrouse, j’avais l’impression d’être une narratrice omnisciente, d’avoir, en quelque sorte, le privilège de lire son journal intime dans lequel elle écrivait son cœur en laissant aller ses émotions et souvenirs en vrac.

Un voyage multiple de littérature et d’existentialisme

Si vous avez bien remarqué le titre, il nous parle d’un chemin (le nôtre) que l’on peut choisir de poursuivre ou de rebrousser et aucune majuscule ne trône fièrement au début. Pour ma part, je le vois comme si tous nos choix avaient une portée, mais qu’on pouvait choisir à tout moment de revenir sur nos décisions et changer notre vie, le cours des choses, de nos choses.

Tous les récits parlent d’ailleurs de cela. Il y a un caractère existentialiste proéminent dans l’ensemble de l’œuvre dans laquelle tous les protagonistes ne savent pas trop comment agir, quand ou pourquoi. Au final, on ne sait pas parfois s’ils ont choisi de choisir.

encore temps de rebrousser chemin a beaucoup résonné en moi. Peut-être parce que je suis très intérieure et que l’écriture parfois intime (pas tous les récits, mais presque) me rejoignait particulièrement. Peut-être aussi parce que j’aimais découvrir les histoires qui avaient chacune leur couleur propre. Ou peut-être simplement parce qu’encore temps de rebrousser chemin d’Anne Peyrouse est une ode à la littérature sous toutes ses formes, sans prétention et surtout, sans censure.

Quoi qu’il en soit, je le conseille à quiconque est prêt à se lancer dans une aventure aux multiples finalités.

Publié chez les éditions Hamac, encore temps de rebrousser chemin d’Anne Peyrouse fait 144 pages et coûte 17,95 $. Pour vous procurer un exemplaire, cliquez ici : https://www.leslibraires.ca/livres/encore-temps-de-rebrousser-chemin-anne-peyrouse-9782925087021.html.
Pour en savoir plus sur Anne Peyrouse, cliquez ici : http://annepeyrouse.com/.
Pour en savoir plus sur les éditions Hamac, cliquez ici : https://www.hamac.qc.ca/.
Crédit photo : Le Soleil - Erick Labbé.

 

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