École nationale de cirque - Génération 2.0, portrait réaliste d’une société numérique

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Après avoir réalisé au cours des deux dernières années les Minutes du Festival Complètement Cirque (http://patwhite.com/node/12978) et un spectacle intitulé Concierge en 2008, Anthony Venisse est de retour à la TOHU pour orchestrer le spectacle de 12 finissants de l’École nationale de cirque : Génération 2.0. Accompagnés de douze étudiants de deuxième année, les artistes en herbe évoluent dans un monde numérique où le téléphone intégré est à l’origine des échanges…

Autant le dire d’emblée : ce spectacle est beaucoup plus sombre que « La Flèche au cœur » (http://patwhite.com/node/14356), création présentée par le reste des troisièmes années de l’école. En effet, dans « Génération 2.0 », les étudiants explorent la thématique de la virtualité, celle qui pousse notre civilisation à se créer des personnalités fictives, à échanger par messages plutôt que de se serrer la main, à se téléphoner plutôt que se voir.

Les finissants, au maquillage parfois exacerbé et aux tenues souvent trop serrées, évoluent dans un environnement où le décor apparent est modulable. Un DJ joue au sommet d’une pile de tubes d’aciers; des fil-de-féristes testent leur équilibre en arrière-plan; des tissus, un cerceau, un mât chinois et d’autres agrès surgissent au fur et à mesure de cette création plutôt complète.

La plupart des numéros ont une touche novatrice, inattendue. Malheureusement, les erreurs sont nombreuses et les artistes peinent à surpasser les difficultés techniques de leurs disciplines. Sachant que les étudiants n’ont qu’un mois pour créer ce spectacle, on imagine que la tension doit être à son comble et on peut comprendre quelques égarements. Dans ce cas-ci, les erreurs sont beaucoup trop fréquentes. On aurait peut-être aimé voir un spectacle avec moins de technicité et plus d’aisance…

À noter : la performance d’Audrey Harel-Montpetit, dont le visage expressif fera sans aucun doute son bout de chemin au cours des prochains mois. Dans un numéro de force et d’équilibre, elle dénoue ses chaussures l’une après l’autre, tentant d’impressionner ses pairs qui n’en ont que faire... Lauren Joy Herley impressionne elle aussi à la corde lisse, tout comme Sebastian Kann au cerceau volant, Calin J. Stevenson au tissu, Maude-Arseneault et Mikaël Bruyère-L’Abbé au mât chinois, Bridie Hooper aux sangles et le duo final Samuel Charlton / Reuben Hosler en main à main. Tous ont le talent, mais peu réalisent un parcours sans faute!

Petite déception du côté de Jordan Clark. Malgré son talent en équilibre au sol, sa tenue, sa démarche et sa mimique font vraiment peur (une version du Joker de Batman en version efféminée, ça vous tente?). OK, la génération 2.0 tente parfois de se travestir. On n’a pourtant pas besoin de pousser l’exemple à cet extrême, surtout lorsque l’on connait le public de la TOHU un dimanche après-midi!

Autre inconvénient de cette création : le rapport au 2.0, visible uniquement lors des transitions ou des chorégraphies au sol et qui disparait par la suite lors de la plupart des numéros.

Finalement, « Génération 2.0 » ne rend pas service aux finissants. La créativité est omniprésente et les étudiants ont certainement pris beaucoup de plaisir à réaliser ce spectacle. Pourtant, d’un point de vue extérieur, le rendu est nettement moins bon que « La Flèche au cœur » et le résultat final donne comme un goût d’inachevé. Dommage.

Présenté à la TOHU jusqu’au 10 juin prochain.

Plus de renseignements sur : http://tohu.ca/fr/activites/fiche.aspx?aid=412