«Drugs kept me alive» de Jan Fabre au Théâtre La Chapelle : mort et survie avec Antony Rezzi.

Catégories

Image

Première hier soir au Théâtre La Chapelle de "Drugs kept me alive", pièce écrite par le très controversé mais tout autant génial Jan Fabre, artiste flamand le plus avant-gardiste et protéiforme de sa génération.

Des flacons de médicaments comme cadre de scène et seul espace de vie – ou de mort – pour Antony Rezzi. Dansant ou improvisant des mouvements, le performeur, affublé d’un bonnet tel un savant fou, déclame un monologue rythmé par l’ingurgitation orgiaque de médicaments : LSD, viagra, speed, ecstasy, poppers, GHB, cocaïne, kétamine…

A la lisière de la vie, le corps épris, il joue, essaie tout, chaque drogue devenant sa meilleure complice. Des drogues sources d’inventions, de créations mais aussi de douleurs. Tel une pharmacie ambulante, dans un état d’ivresse permanent, l‘artiste repousse les limites de son corps en frôlant sans cesse avec la mort.

Toutefois, il y a ces bulles de savon. Comme autant de bulles d’oxygène qui le protègeraient contre la mort, ou meilleur moyen d’occulter la réalité, Antony Rezzi souffle des bulles de savon. Des petites, des grandes. Il s’en amuse. Mais leur fragilité intrinsèque peut les faire éclater à tout moment. D’où la nécessité de vivre au jour le jour, de profiter de l’instant présent ?

Les yeux rivés sur le performeur, le spectateur devient presque envoûté, fasciné par tant d’exhibition, tant d’excès dégagés. Jan Fabre jouerait-il avec nos fantasmes les plus enfouis ? Ferait-il de nous des voyeurs, curieux de voir jusqu’où la prise de ces drogues peut emmener le performeur ? Il aborde autant de thèmes - drogue, sexe, extase, mort, violence ou désespoir - qui nous entrainent dans les tréfonds de la conscience humaine. Avec cette idée que, finalement, l’homme ne serait qu’une bulle de savon.

Une œuvre très physique, déstabilisante, tout autant dramatique qu’humoristique, taillée sur mesure pour Antony Rezzi, à voir au Théâtre La Chapelle.

Théâtre La Chapelle
Du 5 au 9 novembre / relâche 7 novembre / 20h

Crédit photo : Wonge Bergmann