Documentaire: Vivre sous terre (No place on earth)

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Par un dimanche ensoleillé et humide, mais empreinte d’une émotion grandiose, avait lieu la première représentation du documentaire Vivre sous terre, au Cinéma Du Parc de Montréal. Le film de la réalisatrice, Janet Tobias et de Chris Nicola, fut présenté à guichet fermé. La famille Stermer, parents et amis étaient tous présents dans la salle. J’étais assise parmi la famille Stermer, qui m’avait accueilli chaleureusement à m’asseoir près d’eux et ce fut donc un immense privilège. Il était difficile de me trouver un siège, tellement la salle était bondée et ils ont pourtant acceptés gentiment de me faire une place. Je tenais vraiment à être à cette représentation spéciale, même si j’avais déjà visionnée le documentaire avant mon arrivée.

«Encore une autre histoire sur l’holocauste?» me diriez-vous. Oui, sauf que celle-ci est toute particulière. Au départ, Janet Tobias s’est dite la même chose, sauf qu’elle explique ce qui l’a fait changée d’avis : « Lorsque j’ai entendu parler de cette histoire, je voulais faire attention avant d’entreprendre un autre film sur l’histoire de l’holocauste, parce qu’il y a de merveilleux directeurs primés de l’Académie qui ont fait des documentaires et des drames, mais au moment où j’ai rencontré les Stermers, je me suis dit que cette histoire mérite d’être racontée.»

La découverte

L’histoire débute avec un passionné des cavernes, Chris Nicola, qui s’aventura dans la grotte Verteba, en Ukraine. Il tomba sur des artéfacts anciens tels qu’une bouteille de médicaments, des multiples boutons et une petite chaussure pour femme. Chris était curieux de connaître à qui appartenaient ces objets et surtout, qui avaient vécu dans cette grotte. Chaque pièce constituait un morceau d’un casse-tête à reconstituer pour lui. Au moment où il était sur le point d’abandonner ses recherches, il tomba enfin sur la piste d’une famille juive, les Stermers, qui avait survécue à la gestapo qui avait envahi le petit village de Korolowka. Nicola a décidé de faire une reconstitution de cette histoire touchante et prenante tout en se basant sur les mémoires du livre d’Esther Stermer et des témoignages émouvants de ses fils Sam et Saul ainsi que de leurs nièces Sonia, Sima Dodyk et de leur neveu Sol Wexler.

L'histoire

Au cours de ses recherches, Nicola nous apprend qu’avant la deuxième guerre mondiale, l’Ukraine était le pays où la communauté juive était la plus grande de l’Europe. Lorsque la guerre éclata en 1942, les juifs étaient recherchés pour être arrêtés et amenés vers les camps de concentrations, donc des familles ont trouvées refuge dans des abris, mais ce ne fut que de courte durée, car il fallu trouver un autre endroit plus sécuritaire, afin de ne pas se faire repérer par les Allemands. C’est à ce moment que 28 personnes trouvèrent la grotte de Verteba, dont Esther Stermer et ses enfants, car il était trop tard pour s’échapper du pays en direction du Canada. La mère savait quel sort attendait à sa famille s’ils avaient décidés d’obéir les ordres en se rendant vers les camps dits de « travail ». La matriarche était dotée d’une force psychologique incroyable et refusa de se laisser abattre. C’est alors qu’ils se sont dirigés avec d’autres familles dans la première grotte. Les familles récoltèrent de l’eau qui tomba dans la grotte pendant la nuit et la récolta dans un verre. Cela devait durer une journée entière pour permettre de s’hydrater et de cuisiner. Les femmes restèrent à l’abri, pendant que les hommes sortaient de la grotte dans le but d’aller négocier pour l’échange de vivres contre de l’or ou de l’argent qu’ils en avaient sur eux, jusqu’au jour où ils furent découvert par la gestapo. Esther a même tenté de négocier avec la gestapo pour les convaincre de les laisser se cacher, plutôt que de se rendre et en évitant de démontrer de la peur à leur égard. Ils devaient à nouveau trouver un moyen de se mettre à l’abri et ce fut dans une autre grotte encore plus profonde et étroite, appelée Priest. Plus les jours avancent, plus l’eau et la nourriture se faisaient de plus en plus rares. Les hivers glacials de l’Ukraine étaient rudes. Leur survie ne dépendait que d’une seule chose : la détermination et l’espoir qu’ils pourront voir à nouveau la lumière du jour et revivre sur la terre ferme sans crainte d’être tués ou dénoncés.

C’est grâce à leur détermination, qu’ils se sont battus jusqu’à la fin pour leur survie ainsi qu’à de moyens plus qu’ingénieux. Esther Stermer a pris soin d’écrire ses mémoires et souhaitait qu’un jour, ses écrits seraient repris pour la production d’un film. Le hasard (ou le destin, cela va de soi) a bien fait les choses lorsque Chris Nicola a découvert les objets. Suite à des recherches approfondies, il dû se rendre à l’évidence que toutes les preuves étaient là, dans ces deux grottes. Il a permis de faire connaître, au grand jour, cette histoire émouvante. Les survivants ont acceptés de revenir en Ukraine pour retourner sur les lieux où ils se sont cachés durant la deuxième guerre mondiale.

Vers la fin de la séance, la famille Stermer : Sima, Sam, Sol et Yatta se sont approchés à l'avant pour la période de questions. La famille parue visiblement très émue devant l’ovation que les spectateurs leur offrait. Lors que Sima a prise le micro,elle a remerciée le scénariste Chris Nicola ainsi que la productrice Janet Tobias pour le travail. Ensuite, elle cita une note du livre (We fight to survive) que sa grand-mère a écrit : « ne serait-il pas merveilleux si un jour quelqu’un en ferait un film? » Et elle ajouta « nous ne faisions seulement qu’en parler, mais maintenant, la réalité est que nous avons notre film et je me sens comme si j’étais dans une pièce avec tous mes amis, afin de célébrer ce moment avec nous! » À cet instant précis, Sima demanda aux familles (parents de la famille Stermer) de deuxième et troisième générations de se lever debout sous une pluie d’applaudissement du public.

Ils se sont battus pour survivre.

Le documentaire Vivre sous terre sera à l’affiche, au Cinéma Du Parc, jusqu’au 13 juin.
Horaire: Tous les soirs 18h45 et 20h45 et les fins de semaine 15h15 et 16h30

Site web du documentaire http://www.noplaceonearthfilm.com/
Horaires Cinéma Du Parc http://www.cinemaduparc.com/affiche.php?id=noplaceonearth#top