Désarmante Mara

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18 juin 2010 - 00:00
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Dès les premiers accords de la pièce titre de l’album «Tu m’intimides», le courant passait de la scène à la foule et inversement. Des ondes de plaisir manifestement partagées. Mara rayonnante et son public, attentif. Des retrouvailles, en somme. «Il y a une grande fébrilité dans mon coeur, inhabituelle et délectable. Ça fait du bien...»

Programmée aux FrancoFolies l’an dernier, quelques mois après la sortie de l’excellent Tu m’intimides, Mara Tremblay avait dû tout annuler pour des raisons de santé. Vive contrariété pour la musicienne, et réelle déception pour le public qui avait particulièrement bien accueilli ce quatrième opus. Après plusieurs mois de convalescence, la rousse chanteuse a pu remonter sur scène en janvier et, depuis, a donné près d’une vingtaine de concerts un peu partout au Québec. Ce jeudi soir, au Club Soda, elle a enfin pu renouer avec le public montréalais.

Mise en lumière grâce à de remarquables éclairages feutrés et colorés, l’artiste multi-instrumentiste a principalement alterné entre la guitare et le piano, puisant dans le répertoire de chacun de ses albums. Interprété toute en sensualité, «Le printemps des amants» fut l’un des moments chavirants de la soirée.

Un concert intimiste et parfaitement réussi, également attribuable à la synergie qui unit les membres du groupes, Olivier Langevin, Pierre Fortin, Jocelyn Tellier et Guillaume Chartrain. Ces fidèles acolytes collaborent avec Mara Tremblay et ailleurs dans la sphère musicale depuis des lustres et créent ensemble une atmosphère enveloppante et harmonieuse en tous points. Tous sont excellents, entiers et imprégnés. Langevin, véritable transmetteur d’ondes, ne fait qu’un avec sa guitare lorsqu’il est sur scène. Quant à Pierre Fortin, il envoûte grâce à une façon mélodieuse et particulièrement sensuelle de manier la batterie.

Le spectacle a commencé sur une note aérienne, pour ensuite poursuivre vers un enchaînement de pièces à saveur country-rock, incluant «Le bateau», «Tout nue avec toi» (toutes deux tirées de l’album Chihuahua) et «Elvis» (de l’album Papillon). Car, faut-il le rappeler, la fougueuse Mara ne donne pas sa place quand vient le temps de casser la baraque. L’instant d’après, retour au registre planant du dernier album, le temps de quelques chansons inspirées et émouvantes. Il fallait être là pour contempler la candide satisfaction de l’artiste devant les fans chantant «Devant l’orage» à l’unisson, tout en douceur...

Le public a ensuite eut droit à trois pièces interprétées en solo, sobrement mais sûrement. D’abord au piano: «D’un côté ou de l’autre» (poignante ode à sa mère décédée), a déclenché une vague de frissons dans l’assistance absorbée et immobile - instants de grâce. Puis, seule à la guitare, la musicienne a offert les vibrantes «Grande est la vie» et «Les aurores» (tirées des albums Les nouvelles lunes et Papillons). Après quoi ses hommes sont revenus en force, livrant un dernier segment haut en couleurs, avec notamment «Tu n’es pas libre», «Poussières», et culminant en un long délire rock psychédélique avec «Le teint de Linda».

En rappel, les yeux fermés et en symbiose avec son violon, Mara a d’abord livré «Le voyage», une saisissante mélodie sans parole aux sonorités orientales. Le groupe a ensuite enchaîné dans un tout autre registre avec «Le Spaghetti à papa», pièce débridée du premier album. Elle a finalement choisi de clore la soirée avec la très touchante «Hydrocarbone», écrite par Olivier Langevin. Chaleureusement acclamée, elle a quitté la scène sans cacher sa déception de ne pouvoir jouer plus longtemps...

Grâce à un ensemble d’authentiques qualités, cette soirée orchestrée par Mara Tremblay fut à la hauteur des attentes. D’un naturel désarmant et admirable pour son immense talent, Mara a su captiver son auditoire. Elle a également su se laisser émouvoir par l’intensité du moment et son flagrant bonheur d’être là.

(Photo: Valérie Jodoin-Keaton)

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