Décès de John Szarkowski, conservateur du Museum of Modern Art de New York

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Un monument de la photographie disparaît avec l'Américain John Szarkowski, mort samedi 7 juillet 2007, à l'âge de 81 ans. Il était photographe, mais ce ne sont pas ses images qui resteront. Car cet homme à la fière allure et au jugement tranché a surtout été l'emblématique conservateur du Museum of Modern Art (MoMA) de New York pendant près de trente ans.

Le musée où il a officié, temple de l'art moderne, doit beaucoup à son influence. Mais la façon dont John Szarkowski a dirigé le département de la photographie n'a fait que hausser un peu plus le prestige du MoMA. Car c'est là, dès 1940, que s'est ouvert le premier département de photographie dans un musée.

Après des études à l'université du Wisconsin et plusieurs livres à succès, John Szarkowski succède, en 1962, au photographe Edward Steichen au MoMA. Par ses écrits fondateurs et ses expositions, il a imposé la photographie comme un art spécifique tout en l'inscrivant dans la modernité en analysant les formes d'une image. Mais il a aussi brouillé les frontières et les définitions établies, notamment en donnant ses lettres de noblesse aux photographes documentaires et en mettant au musée des auteurs anonymes.

Son exposition fondatrice, en 1967, s'intitule "New Documents". John Szarkowski y présente les travaux de trois jeunes photographes devenus des classiques : Diane Arbus, Lee Friedlander et Garry Winogrand abordent la réalité de façon frontale, sans chercher à la transfigurer. Dépassant le débat entre art et document, Szarkowski fait entrer définitivement le style documentaire au musée.
"Dans la décennie qui précède, une nouvelle génération de photographes a utilisé l'approche documentaire à des fins plus personnelles, écrit-il. Leur but n'est pas de réformer la réalité, mais de la connaître." A l'époque, la réception est tiède. Et pourtant, leur travail se révélera décisif pour plusieurs générations de photographes.

Le conservateur n'aura de cesse de réhabiliter le travail du photographe Eugène Atget, dans lequel il trouve les racines de ce mouvement. Il consacre au Français une somme en quatre volumes avec Maria Morris-Hambourg, qui sera publiée de 1981 à 1985.
En 1976, John Szarkowski se heurte encore à l'incompréhension lorsqu'il monte l'exposition "William Eggleston's guide" : pour la première fois, la couleur envahit les cimaises du musée, alors que cette dernière, jugée vulgaire, est jusqu'alors cantonnée à la publicité, à la mode et aux magazines.

Pour la critique, Eggleston ne montre que des photos banales et ennuyeuses de voitures, de pancartes et de parkings. Mais pour Szarkowski, l'artiste est le premier à voir à la fois "le ciel et le bleu", le motif et la forme - il sera un des pionniers de la photographie couleur.

John Szarkowski a donc été un découvreur de premier ordre. Il a par exemple redécouvert Lartigue, bien avant la France. Il n'a ignoré, parmi les grands photographes de son temps, que le travail mouvementé de William Klein.

John Szarkowski a aussi contribué à écrire l'histoire de la photographie, et surtout de la photographie américaine, à travers des livres comme The Photographer's eye (1964). Dans Mirror and Windows (1960), ouvrage qui accompagne une rétrospective de la photographie américaine, le conservateur distinguait deux traditions : celle qui use de la photographie comme d'un miroir où se regarde l'artiste, celle qui en fait une fenêtre pour découvrir le monde.

Son exposition Photography Until Now (1990) est un manifeste qui vise à retracer l'histoire de la photographie. C'est aussi une analyse brillante, qui met en avant des répertoires formels, et condense les convictions de John Szarkowski.

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