Daytona: le white trash, version québécoise

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Daytona

La galerie Antitube a organisé hier, au Complexe Méduse de Québec, une soirée de cinéma documentaire consacrée à la Floride. Les membres du collectif montréalais Amerika Orkestra ont présenté, pour une première fois dans la Vieille Capitale, leur œuvre choc intitulée Daytona (aussi lancée au Cinéma Ex-Centris de Montréal il y a quelques semaines). Nous avons eu droit à un regard très critique sur les relations qu'entretiennent les Québécois avec cet État américain, au moment précis où l'ouragan Frances s'apprêtait... à en dévaster les côtes!

Daytona suit, à la manière de la télé-réalité, les pérégrinations amorales et pathétiques d'une dizaine de jeunes québécois passant leur spring break sur les plages de la ville du même nom. Au menu: un gars musclé arborant des chaînes en or massives essaie de séduire les clones de Britney Spears qui pullulent dans les parages — sans succès car il est incapable d'articuler deux mots d'anglais — pendant que ses copains fument du pot au shotgun dans la cuisine de leur motel miteux. Une québécoise « frenche » une quinzaine d'américains l'un à la suite de l'autre... Toute la laideur et le malaise de l'Amérique sont exprimés par des prises de vues et un montage particuliers, qui font de cet opus un croisement cauchemardesque entre Elvis Gratton et Beavis & Butt Head, mais avec une trame sonore et un traitement esthétique rappellant le film écossais Morvern Callar présenté sur nos écrans l'an dernier.

Les attitudes des jeunes protagonistes ne sont pas sans rappeler le retour fulgurant du rappeur D-Natural à l'émission Dollaraclip l'an dernier. En effet, ces jeunes du « 83 » (région de la Rive-Sud de Québec où les numéros de téléphone commencent par 831, 832, etc.) — à l'instar des « 450 » de la région montréalaise — ne font qu'emplir le vide de leur existence par une adulation sans borne du rêve américain: gros chars paradant sur la plage, musique rap et casquettes de travers... Mais à mesure que le rêve tourne à la désillusion, une certaine nostalgie du Québec se fera sentir. Conclusion: « On s'est fait fourrer! ».

En guise d'introduction, nous avons eu droit à Voir Miami, un documentaire de Gilles Groulx datant de 1962. Un pur bijou de l'ONF, sur fond de Nouveau Cinéma et de musique jazz.

Pierre-Etienne Paradis