David Amram avec Normand Guilbeault et Pierre Tanguay au Festival de jazz de Montréal

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Pour une deuxième fois en carrière, David Amram nous présentait une nouvelle formule de son spectacle au « Upstairs », 1254 rue Mackay, dans le cadre du FJM. L’ambiance du lieu est agréable. On y retrouve quelque chose d’intime grâce à l’accueil du propriétaire, Joel Giberovitch, et la courtoisie du personnel qui fait du « Upstairs » une des maisons du jazz à Montréal.

J’ai eu la chance de voir Amram sur scène quelques mois plut tôt à Lowell, Massachusetts, lors de l’événement « Lowell celebrates Kerouac » commémorant le cinquantième anniversaire de la publication du livre-phare de Jack Kerouac : « On the road ».

Par un charme qui opère toujours, Amram que l’on connaît pour avoir composé « plus d’une centaine de pièces pour orchestre et musique de chambre, écrit de la musique pour Broadway et le cinéma » est encore le messager du temps qui l’a vu naître. L’homme mûr tient toujours au-devant le pas gagné de sa mémoire vivante. Il faut voir combien il se raconte avec générosité. Tous ses commentaires présentant ses compositions, ou leur contexte, font retour immédiatement depuis la parole, faisant l’effet d’un contrepoint parlé avec la musique qui suit.

Amram, formant trio avec Normand Guilbeault et Pierre Tanguay, arrive à bien faire ressortir la force rythmique d’une langue quand il s’exprime. Les mots de la rue, de partout, de tout un chacun. L’ordinaire, aléatoire, a des notes sublimes emportant l’évanescence. Le caméo de Nicolas Landré incarnant la lecture de Kerouac a souligné encore ce haut métissage de la soirée. Ce qu’une langue passe, au hasard des rencontres, est en elle-même ce qu’elle laisse en se donnant. Si les mots sont le souvenir d’un temps historique et d’un lieu, les mots voyagent moins que les mots sont voyagés d’un homme à un autre, renforçant dans la mémoire le lien de ce qui s’en va en durant.

L’improvisation propre au jazz chez Amram ressource la musique en son écoute, effaçant toute esthétisation de l’abandon, tout ce qui serait routine de la répétition, rapprochant encore le battement ,toujours près, du rythme fondamental, je dirais près de la pulsation du cœur presque le même, mais celui d’une antériorité toujours plus profonde que ses passions.

Le cœur reste fidèle malgré ses passions, son rythme est celui que l’on sent en respirant ou chantant. Si près de la musique qu’il inspire et à laquelle il aspire, il reste le lieu d’une épreuve- vivre et mourir- qui grise à l’instant- vivant, mourant. Avec le cœur, le jazz respire. Il n’est pas mû par une passion Idéale, mais une passion haletante dont l’appel du jazz n’est pas l’Art d’une autonomie de l’abandon. « It’s the beat generation. It’s beat. It’s the beat to keep. It’s the beat of the heart” (Kerouac).

Collaboration spéciale
J.-S.BOISVERT
jeansebb@hotmail.com

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