Danser Beethoven: un juste retour des Grands Ballets Canadiens?

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Les Grands Ballets Canadiens faisaient leur retour sur scène du 10 au 12 septembre dernier en présentant à nouveau Danser Beethoven, une programmation double dévoilée avant la pandémie à la Salle Wilfrid Pelletier de la Place des arts, mais cette fois-ci, sans orchestre.

Et alors que la rentrée culturelle 2021 est des plus excitantes, riches en surprises et en nouveautés, Danser Beethoven n’est pas forcément à la hauteur.

Il y a dans un premier temps la pièce contemporaine Complete de l’Américain Garrett Smith combinée à la Symphonie No 5 de Beethoven puis la création de l’Allemand Uwe Scholz avec sa classique Symphonie No 7. D’entrée de jeu, malgré la qualité technique des danseurs et danseuses sur scène, il y a un je ne sais quoi qui fait en sorte que la juxtaposition chorégraphique, musicale, scénographique et des tenues ne fonctionne pas.

Dans Complete, la scène savamment éclairée voit apparaitre à travers le temps une série de rideaux. En filigrane de part et d’autre des danseurs, au centre, découpant le champ de vision en deux, de couleur or en fin de parcours. L’attention y est et le résultat est des plus réussis.

Mais c’est sans compter l’ajout des tenues des danseurs. Pour les hommes, dans un premier temps, un complet noir et or avec franges et un tutu texturé de bronze pour finalement se transformer en torses nus avec tutu et legging noir. Les danseuses quant à elles sont dans un premier temps avec un body noir avec rubans mauves, ainsi que des collants à deux lignes verticales, tenue à laquelle s’ajoute un tutu court mauve par la suite. Le mélange des deux tenues fait mal aux yeux, surtout quand certains accessoires tels des boucliers noirs à deux textures se retrouvent dans les mains des danseurs…  

Ajoutez à cela une répétition entêtante de passages de la Symphonie No 5 : la place laissée pour la chorégraphie devient tout à coup restreinte, d’autant plus qu’elle ne soutient pas finalement l’objectif visé. Alors que le désir est de célébrer ‘’la puissance de l’acceptation de soi : une ode à la liberté retrouvée alors que les masques tombent’’, on est davantage en présence d’un ballet classique dont les codes restent les mêmes. Encore une fois, la qualité de la danse n’est pas à remettre en question : le corps de ballet mène grandement la danse et les solos ou duos sont effectués avec la rigueur classique que l’on connait au directeur artistique Ivan Cavallari. Mais ce n’est pas en mettant un tutu aux hommes, en ajoutant quelques pointes d’humour au scénario et en dévêtant certains personnages que l’on fait tomber des masques… Dommage.

Passé l’entracte, c’est désormais au tour de Symphonie No 7, héritage du chorégraphe allemand Uwe. De superbes portés, des sessions de groupe savamment exécutées. Une œuvre des années 70 immortelle qui résonne avec certaines scènes des JO de Montréal de 76. En la combinant à l’œuvre de Garrett Smith, le contraste détonne et dérange. D’un côté, une œuvre qui n’a pas bougé d’un cil. De l’autre, une composition contemporaine aux volontés résolument actuelles, mais qui manque sa cible.

La déception est de mise car en fin de compte : alors que 2020 marquait le 250e anniversaire de Beethoven et son empreinte sur le monde de la musique et des arts de manière générale, on reste sur notre faim avec ce programme double à la fois contemporain et classique qui ne livre pas forcément les promesses d’un renouveau de la danse. 

On espère que Les Quatre Saisons qui sera présentée du 14 au 23 octobre 2021 marquera la véritable rentrée culturelle des Grands Ballets Canadiens !  

Pour plus de renseignements sur Danser Beethoven des Grands Ballets Canadiens : https://grandsballets.com/fr/

Crédit photo : Sasha Onyshchenko