CRITIQUE - «Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent» au FTA sous la direction de Loui Mauffette

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Après un premier grand succès lors du (FIL) festival international de la littérature en septembre 2006, Loui maufette qui en fut l’instigateur, revisite sa formule dans le cadre du (FTA) festival transamériques. L’événement qui se veut une tribune faite à la poésie ne rappelle pas les récitals conventionnels, mais plutôt une « stonerie ».

La poésie ici se pénètre d’une théâtralité qui ne la rend pas affectée. Les comédiens et comédiennes, qui ont un autre rapport d’interprétation au texte que les poètes, plus près- eux- d’une pratique d’écriture, contribuent comme on nous l’a annoncé à « décomplexer » la poésie. Elle n’est pas dans une moindre mesure « qu’un pur plaisir de l’âme ». La charge sensuelle des poèmes par la voix des poètes trouvent chez les comédiens sa grande voie dans la traversée du corps.

L’espace de l’événement est un amphithéâtre circulaire à l’intérieur duquel trône une grande table conviant à un banquet. On est jetés en pleine réminiscence de l’Antiquité d’une « orgie » de mots ou d’une connexion au dionysiaque. Disons-le : une mise en voix ininterrompue de poèmes fait l’effet sans que fatigue s’en ressente d’une clameur de deux heures. Depuis le centre de la scène, les poèmes perdent leur linéarité à l’écrit au profit d’une énergie libre au cœur du son se communiquant par radiations dans le public. Les mots font irruption ou effraction.

La qualité de ce qui fait le poétique n’a pas de frontière ou de genre; le poétique est d’ici ou d’ailleurs et recouvre dans « poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent » ses formes essentielles : poème et chanson. Aucun extrait dramatique du répertoire universel de la dramaturgie n’a été retenu. Mais bon… il y a des choix à faire. Il faut néanmoins souligner le cas singulier – ludique?- d’Érik Satie qui annotait ses partitions musicales de vers ou d’indications poétiques pour mieux faire comprendre- entendre!- sa musique.

La lecture pénétrée et pénétrante de Loui Mauffette en maître d’ « œuvre » et de cérémonie, la lecture d’Henri Chassé et celle de Pascale Montpetit du « bateau ivre » constituent des moments forts du soir. Le chant de l’ordinaire réplique au sublime, et le grave à la forme. Il n’y a pas de « creux » à ce spectacle hétéroclite où les comédiens, comédiennes défendent moins le cri de leur poème qu’un appel à une plus vaste respiration.

Le tout se clôt sur une dégustation où les spectateurs sont invités à rejoindre les récitants autour du banquet- les nourritures délectant la vie de l’esprit « penchent » si près des nourritures terrestres.

Collaboration spéciale
J.-S.BOISVERT

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