CRITIQUE - «Petits fantômes mélancoliques» de Louise Bombardier au théâtre Prospero

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Dans le cadre du FTA (Festival transamériques : danse-théâtre), on nous propose une œuvre intime de Louise Bombardier (comédienne, poète nouvelliste, parolière, scénariste) qui s’est adjointe deux collaborateurs : les danseurs Louise Bédard et Paul-Antoine Taillefer.

Louise Bombardier qui est aussi professeure invitée au département de danse de l’UQAM est une touche-à-tout sans proportion avec le dilettantisme. « Sans proportion » c’est parce que son art est plein.

En l’observant, on se prend à penser qu’à la source de la création l’âme est le corps entier. Sur scène, le corps est le matériau de ce qui s’exprime ainsi que la voix et les mots. L’événement- l’ « event » - de ce qui a lieu, mais de ce qui sur-vient est un à-venir au delà de ce qui se donne en représentation (la danse, la littérature et la théâtralité).

Dans un souci d’approfondissement par l’hétéroclite –son hétéro-« généité »- l’œuvre parvient à révéler la tension créatrice au-delà d’une mise en relation factice de ces arts et de ces objets sur la scène. Une porte se meut dans l’espace. Un miroir embrasse la joue qu’il réfléchit. Beau clin d’œil à la mise en scène. On atteint ainsi à la rencontre du repli et de l’abandon face à des mots, qui en ouverture de spectacle, se résignent dans la généralité à la difficile coïncidence de l’extérieur et de l’intérieur.

L’éclairage pour ces « petits fantômes mélancoliques » souligne la brisure de ce qui relève du crépusculaire- ou ceux-ci près de s’anuiter, la douceur tamisée d’un espace lunaire.

« Les petits fantômes mélancoliques, ce sont les enfants autistes, qui n’apprendront peut-être jamais à communiquer avec leur entourage et dont l’univers nous est à jamais interdit. […] Louise Bombardier s’insinue dans leur espace mental et leur crée un imaginaire porteur de poésie […] ». Et plus loin : « […] afin, surtout, d’inviter ces petits dans une aire de jeu plus lunaire, là où la tendresse et l’humour permettent de parler des pires choses avec le sourire serein du survivant ».

Le texte est beau, d’une sensibilité bien écrite. L’expression laisse place à des silences qui soulignent le poids des mots, qu’ils soient graves, ludiques ou ironiques. Tous ces « petits fantômes mélancoliques » « qui chuchotent, au plus près de la blessure, les mots et les gestes du silence autiste » donnent presque la réplique au « dormeur du val » de Rimbaud dont on a senti passer le souvenir encore chaud.

« Petits fantômes mélancoliques » au théâtre Prospero jusqu’au 1er juin 2008

Collaboration spéciale
J.-S.BOISVERT
jeansebb[a]hotmail.com

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