CRITIQUE-« Patty Diphusa » au FTA dans une mise en scène de Philippe Drago

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On porte à la scène un corpus de chroniques rédigées par Pedro Almodovar qui a connu plus tard sa notoriété comme cinéaste. C’est l’hebdomadaire « La Luna » qui l’a sollicité. Almodovar sous le pseudonyme de « Patty Diphusa », star de romans-photos et de films porno, qui est aussi son alter-ego contemporain, se révèle à l’écriture.

Cette identification lui permettra d’exposer sans censure les obsessions vierges et le quotidien de son jeune talent : discothèques, drogues, le monde du cinéma, le cul. En effet, malgré l’impudeur du propos et l’irruption du corps sexuel bouleversant le récit, c’est comme si le sublime pressenti dans les entrailles inavouables de l’humain, en se retournant sur sa faille de tension exultait, nous jouait soudainement du charme- racoleur. Bénédicte Décary qui donne corps à son personnage y est pour beaucoup.

Même burlesque le ton est pompeux comme celle- Patty Diphusa – ou celui- Pedro Almodovar- qui atteint au battement de sa vie et le défend uniquement par l’engagement de son corps. C’est aussi par sa façon d’être pompeux, mais par là irrémédiablement près du souffle que le récit constitue dans sa respiration irrépressible une délivrance et une victoire de l’instant, tout livré à l’éphémère, sur les fractures historiques et psychologiques de l’individu, après le régime franquiste.

Dans la mouvance du pornographique, on surprend de façon plus marquée l’écriture du désir entre blessure et volonté. Bénédicte Décary ne se laisse pas avaler par l’impudeur qu’exige le rôle- appelons celui-ci : trou sans fond- pas plus qu’elle ne s’en effraie.

Une ligne de cœur étonnante et de beauté toute formelle par son jeu traverse continûment ce récit torride et touffu- comme une intimité de l’explicite.

Puisque ne peut prévaloir la fidélité de la traduction dans un contexte d’adaptation, disons que Philippe Drago nous en propose une traduction bien substantielle.

Rivalisant avec les blessures de l’absolu, le désir- à la limite de l’auto-sanctification, auto-sanctification que vient démentir la finale de la pièce- est aussi une aveugle nécessité nous éveillant à la libre circulation de ce que nous sommes hors de nous-mêmes, plus humainement à travers les autres.

« Patty Diphusa » au Théâtre d’Aujourd’hui dans le cadre du FTA jusqu’au 30 mai 2008

Collaboration spéciale
J.-S.BOISVERT
jeansebb@hotmail.com

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