CRITIQUE - « L'invisible » de Marie Brassard à l'Usine C, en collaboration avec Alexander MacSween et Mikko Hynninen

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Une œuvre complexe et touffue que ce nouvel opus de Marie Brassard. D’autant plus que cette complexité se redouble en se confondant par la transparence : d’où, de quoi nous vient-elle, vers où et vers quoi? Insaisissable transparence qu’elle explore- et l’exprimant.

Œuvre forte sur la notion d’altérité et de toute-altérité, à la relation du même à la différence, à travers les phénomènes de répétition, d’emphase, de balancements hypnotiques du corps et de la lumière. On porte aussi attention au cycle vibratoire du son ou n’est-ce pas plutôt le son qui emporte l’attention pour dessaisir l’oubli au cœur même de sa vigilance.

Temps et espace sont en relation plus profonde qu’à l’intérieur de l’Histoire où est inscrite notre vie. Une brèche se forme, entre les deux, qui ouvre la nature du lien, en le préservant, à une fécondité libre, non-organisée encore.

L’environnement dépouillé de la scène n’est pas accessoire au texte de Marie Brassard et à sa présence. Cet espace est coextensif à l’expression de l’artiste en proie à des répétitions archaïques où se départage mal, autant que d’en sentir l’unité, un appel intime à la vérité d’ « être » comme d’ « être-là ».

C’est à ce point que la transparence résiste- et indique quelque chose, elle qui n’est pas à travers ce qu’elle dévoile, elle-même que pur dévoilement. C’est parce que la transparence commence avec le trouble ou la limite de l’incarnation entre le ressenti et la connaissance – fut-elle même imaginaire.

Beau paradoxe où il faut « effacer » pour « voir », et jamais avec plus d’acuité qu’en effaçant la façon dont je « vois », où ce qui se voit est rattrapé par la forme que j’en vois, mais en l’embrouillant de transparence, et où la transparence n’arrivant à rien effacer de ce qui acquiert une apparence, elle-même objective, est le creusement en définitive de ce qu’elle voit. J’y vois une étroite relation de la transparence entre la vue et la vue de l’esprit.

« Je suis un autre. [« je » est un autre]. Je porte en moi d’infinies possibilités, une part invisible qui ne demande qu’à éclore, qu’à voir le jour, qu’à s’échapper de moi pour accéder à sa vie propre. » et comme il fut dit implicitement avant : « au risque d’un brouillage identitaire entre le soi et l’autre ».

« […] ces cas de dédoublement […] modelés avec des morceaux assemblés de nos désirs d’immortalité, […], qui échappent à la raison et au contrôle, à tout fantasme de manipulation, en disent long sur notre désir de créer, de se mettre au monde, de faire concurrence à Dieu et de parvenir ainsi à être nos propres créateurs. »

Dans sa quête d’étendre ses aspirations au réel, cette quête lisse de transparence pour l’artiste reste aussi, depuis l’autre versant, un vide plein qui ne fait pas abstraction de l’incarnation et de la mort, et par cela donne à cette œuvre radieuse par la justesse de sa forme un je-ne-sais-quoi, à la fois plus près et profond par une vertu de l’art- d’irradiant.

Collaboration spéciale
J.-S.BOISVERT

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