Critique : Le projet Andersen au TNM

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Jeudi 25 octobre au Théâtre du Nouveau Monde, soirée de la première du Projet Andersen. Après quelques heures de recul, pour mieux revenir de mon assourdissement face à l’écho essentiel, j’essaie de demeurer fidèle à mes impressions en égard du temps où l’écho est le plus près de l’événement brut de la suite.

Yves Jacques défend à lui seul le spectacle, endossant plusieurs personnages entre la scène et le lieu corporel d’un théâtre intime. La mise en scène qui compose la métasyntaxe d’un conatus entre les personnages rassemblés- ou apparentés- dans l’éclatement du lieu, du temps, de l’époque et de leurs vécus singuliers, soutient le jeu d’Yves Jacques dans le vertige de l’interprétation à l’intérieur d’un cohérence scénique et d’une fluidité. Cette cohérence scénique agit comme un amplificateur de son interprétation juste.

La technique anciennement ne mettait pas en œuvre librement un moyen dont l’utilité restait circonscrite au but à lequel elle s’appliquait. La technique ne nous apparaissait harmonieuse et intégrée qu’à l’usage de sa fonction. Avec Lepage, la technique (et plus largement la technique audiovisuelle, numérique) sort la technique de sa rigidité. Pour une simple raison : le moyen en scène n’apparaît pas qui nous permettrait d’identifier l’effet, ou le hiatus entre l’art et l’artifice. Bien sûr, il y a un sentiment de prouesse générale où la technique n’est plus séparable de l’art; un principe de vases communicants où l’art et la technique procèdent tour à tour l’un de l’autre indistinctement et où la technique or, au plus près d’une adéquation avec l’expression la transcende étonnamment comme ex-pression.

Réminiscence d’un « deus ex machina » à l’intérieur d’un ex machina : « un dieu apparu au moyen d’une machine » à l’intérieur d’une sortie plus radicale de l’étonnement par la machine? Dans la transition qui conduit du romantisme au modernisme, transposée dans le Projet Andersen et sur le mode de l’autofiction par surcroît, peut-être subsiste-t-il une préoccupation où la frange de l’étonnement résiste à l’évacuation unilatérale du sacré?

Ce qu’on y voit et entend à lire pour sa conscience ne diminue en rien la grande qualité du texte dramatique avec des moments d’humour fin, méditatifs et une fin poignante, ni n’éclipse l’excellence d’Yves Jacques, dans un continuum évitant le pathos. L’ordinaire est haussé à hauteur du sublime ou est-ce plutôt le sublime dont le symptôme se résorbe dans l’ordinaire?

Toujours est-il que s’il était loisible à mon intention de braver le respect que j’ai pour cette œuvre en isolant de son tout l’exemplaire fragment de totalité, le génie du traitement chez Lepage pour mes sens de spectateur révélerait par une inversion du théâtre connu jusqu’à présent la racine de son génie. Dans cette lignée d’esprit, Lepage avouait lui-même parachever ses pièces théâtrales en contexte de représentation comme ce soir peut-être. « C’est avec la représentation devant public que l’écriture commence véritablement. […] Une fois devant le public, je découvre le propos exact du spectacle mais aussi la forme spécifique dans laquelle s’inscrit le propos », s’exprime-t-il.

À tout le moins, l’idée suggère des ajustements signifiants au sens où le détail réduit par l’attention créatrice enclôt une vertu globalisante qui ne retrouve son destin d’ex-pression que dans la réception des spectateurs comme relais d’un théâtre vivant- global.

Le projet Andersen au TNM jusqu’au 10 novembre 2007
J.-S. BOISVERT
www.myspace.com/jsboisvert

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