CRITIQUE - « Il n'y a plus rien » de Robert Gravel au Théâtre du Rideau Vert, dans une mise en scène de Claude Laroche

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Début de l'événement

L’histoire d’ « Il n’y a plus rien » se déroule durant la période de Noël à Saint-Jacques-de-la-Providence, dans un hôpital pour vieillards où se côtoient personnel, bénéficiaires et les visiteurs.

On se retrouve face à une pléthore de personnages tout aussi insignifiants, séniles ou tarés les uns que les autres. « […] , l’auteur nous a forcés à jeter un regard cru et sans complaisance sur la nature humaine et la terrible solitude de chacun face à la mort. »

Si l’individu jetable n’a plus sa place dans le « système », on remarque parallèlement qu’il est aussi coupé de l’humanité de sa Culture car il n’est plus rien. Aucune spécificité propre ici par le joual ou la québécitude. La marginalisation est le corollaire d’une fragmentation sociale qui atteint l’humain dans son ensemble. On baigne en plein autisme social – peut-être la débilité universelle.

Proche du symbole, des plus vieux s’entretiennent de la mort, caressant une improbable nostalgie pour se rappeler à la vie. On n’attend plus rien. Se lire en commun les notices nécrologiques constitue un exercice de style au petit bonheur du moment. Une façon de tuer le temps en partage.

Les personnages atteignent tout juste au seuil de conscience de leur pensée ou de leur geste. Ce qu’on dénoterait chez eux d’immoral, d’obscène, d’égoïste – sans portée, se creuse de lui-même, se recouvre de lui-même comme le trou impossible à combler d’une inqualifiable insignifiance : l’ignorance crasse d’imbéciles heureux. Et surplombant cette scène un histrion pris à son crochet sublime déclame des stances ronflantes.

Qu’y a-t-il de plus à dire quand la proposition du titre est : « il n’y a plus rien »? Qu’attendre des personnages, sinon improviser, les réveiller de leur mort imaginée, secouer leur écriture scénique plutôt que de faire affirmation d’un surcroît de vide? La pièce n’est affectée d’aucun ton moralisateur. On ne décrie pas cette insignifiance. On la laisse, à l’inverse, parler.

Une désillusion sous-jacente au texte est en œuvre, n’accordant aucun prestige à la colère qu’elle pourrait susciter. Le registre demeure toujours moyen, à échelle des humeurs humaines : celui du cynisme.

Quelque chose a passé ou s’est perdu avec le temps. Il n’y a plus rien. « Il n’y a plus » de vérité historique dans l’acte de dénoncer ou revendiquer, en l’aveu a priori de l’absence effective de recours. Cela est usé – assimilé. Dénoncer justement peut encore sans tout à fait mentir s’abuser, car la haute tenue de la pensée risque alors à son insu de se ménager par un déni critique, se détournant alors, dans l’inattention braquée, de l’essentiel.

Le réalisme et le naturalisme de Robert Gravel demeurent une possibilité en ceci qu’il ne resterait, à partir de l’effacement du discours et de l’estompage des conventions théâtrales, que l’acquiescement à montrer en improvisant - sans fard, exposé à l’humilité parfois envahissante du mal ne parvenant qu’à grand-peine à s’énoncer par le pouvoir complice bien que transformateur de l’humour.

On rit et on rit jaune. Les comédiens sont fabuleux avec une mention spéciale pour Claudine Paquette (Madame Rose Caron) et Danièle Lorain (Thérésa Estrada Suarez).Claude Laroche et Claire L’Heureux signent une mise en scène sobre et efficace.

Avec : Marie Cantin, Sophie Caron, Louis Champagne, Jean-Pierre Chartrand, Émilie Gilbert, Stéphane Jacques, Marc Legault, Didier Lucien, Nicolas Pinson, Sylvie Potvin, François Tassé, Gilbert Turp.

Un bon moment.

Du 17 novembre au 19 décembre 2009

http://www.rideauvert.qc.ca